Solennité de la Toussaint

Un ciel à fleur de terre pour une terre qui affleure le ciel

Dans une splendide préface, la liturgie de la Toussaint
nous rappelle avec force et clarté
le sens de la solennité de ce jour.
«Nous fêtons aujourd’hui la cité du ciel,
notre mère, la Jérusalem d’en haut ;
c’est là que nos frères les saints, déjà rassemblés,
chantent sans fin ta louange.»
Nous voici d’abord orientés
vers la claire et ultime vision de ce que nous célébrons.

«Et nous qui marchons vers elle, par le chemin de la foi»,
continue la préface, «nous hâtons le pas,
joyeux de savoir dans la lumière, ces enfants de notre Eglise
que tu nous donnes en exemple.»
Nous voilà ramenés avec vigueur
vers l’appel quotidien à la sainteté qui nous est ainsi adressé.

Laissons-nous donc, tout d’abord éclairer par la perspective
que la fête de Toussaint donne à nos existences ;
et nous verrons mieux, à cette lumière,
pourquoi et comment le Seigneur lui-même
nous appelle à devenir TOUS SAINTS.

*

La fête de Toussaint lève, pour nous,
le voile sur l’invisible (2 Co 4,18).
Elle est comme une fenêtre ouverte sur l’avenir définitif de nos vies.
A l’aide de ces révélations du livre de l’Apocalypse,
elle tourne nos regards, au-delà des horizons d’ici-bas.
Par-delà la perspective étroite de notre vie terrestre et mortelle,
elle nous invite à contempler un au-delà de béatitude éternelle.
A huit reprises, le Fils de Dieu descendu sur terre
pour nous ouvrir le chemin du ciel,
nous a dit combien nous sommes appelés à être heureux (Mt 5,1-8).
Heureux et éternellement heureux !

La fête de la Toussaint nous montre
quelle est l’orientation ultime de tous nos cheminements
et où se situe la vraie patrie qui nous attend (Ph 3,20-21).
Elle nous proclame qu’il y a un autre monde
où ne règneront que l’amour, la lumière et la paix.
La réalité d’une vie définitivement victorieuse
du péché et de la mort.

Elle nous proclame qu’un ciel existe
qui a déjà accueilli en son sein
la foule immense de ceux qui nous ont précédés (Ap 7,9).
Ces saints dont nous sentons si fort
la présence et l’intercession manifestées
par tant de miracles dont l’Eglise elle-même se porte garante
et tant de petits signes dont chacun de nous a le secret.

Ainsi la liturgie de ce jour tourne-t-elle nos regards
vers le grand cortège de tous ces proches, parents et ancêtres
qui nous ont engendrés et devancés.
Plus vivants que nous qui devons encore mourir,
grâce à leur pâque vers la vie éternelle à la suite du Christ ressuscité,
ils nous attendent là-haut.
Ils nous encouragent de leur prière, silencieuse
mais combien efficace, à marcher comme eux
sur les pas de Jésus, à l’écoute de l’Evangile
Ils deviennent par là même la preuve
que la Bonne Nouvelle du salut n’a pas été lancée en vain
et que la vérité proclamée par les béatitudes
conduit bien au bonheur sans partage.
C’est une telle grâce pour nous
que «la communion des saints» !

Cet «arbre généalogique» de tous nos devanciers
dont les racines plongent au plus profond de notre être
et dont les branches se ramifient dans le ciel,
nous montre combien nous sommes, comme eux et avec eux,
héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ (Rm 8,17).
Ainsi, dans son pluriel : Tous Saints
(qui nous dit l’universalisme du salut)
et dans son singulier : Toussaint
(qui nous dit combien est unique notre vocation commune, Mt 5,48),
la fête de ce jour nous remplit-elle, comme dit l’apôtre Paul,
d’une bienheureuse espérance (Tt 2,13) !

*

Mais revenons sur terre !
Si telle est bien la perspective ultime de notre vie,
que nous apprend aussi la Toussaint
au niveau de notre existence au quotidien ?

Elle nous redit tout d’abord l’appel impératif de Dieu lui-même
à devenir à notre tour, des saints.

Si vraiment nous croyons que Dieu est notre Père
et qu’il nous a créés à son image,
nous comprenons bien qu’il veuille que nous devenions
saints à sa ressemblance. Tant il nous aime !
Le Premier Testament l’affirmait déjà : Soyez saints puisque moi, le Seigneur votre Dieu,
je suis saint (Lv 19,2).
Cela devient plus pressant encore quand le Fils unique
vient lui-même nous dire : Vous donc, vous serez parfaits
comme votre Père du ciel est parfait (Mt 6,48).
Le comparatif de la similitude filiale : comme votre Père,
s’ajoute au causal de la volonté divine :
puisque Moi, je suis saint.
En d’autres termes, nous n’avons pas le choix !

*

Frères et sœurs, si nous prenons de telles paroles au sérieux,
avouons qu’elles ont de quoi nous plonger
dans l’hésitation, sinon dans la crainte !
Elles doivent cependant nous laisser
dans la confiance et dans la paix.
Pourquoi cela ?

Tout d’abord parce que l’amour parfait bannit la crainte (1 Jn 4,18).
Et que, si nous aimons filialement notre Dieu tout-puissant,
nous savons qu’il ne peut rien nous accorder que de bon
en nous demandant de faire de notre vie un chemin de perfection.
Si réelle dès lors que soit notre faiblesse,
nous savons que sa grâce peut toujours nous donner d’en triompher (2 Co 12,9).

Ensuite parce que la sainteté est avant nous.
En quelque sorte elle nous a déjà enfantés.
Elle nous précède plus encore qu’elle nous attend.
La Jérusalem d’en haut est libre et elle est notre mère (Ga 4,26).
Elle est en Dieu et n’est même qu’en lui.
Car il est le seul saint !
Notre sainteté, dès lors, consiste avant toute chose
à accueillir la sienne, filialement et humblement.
Mais réellement.
A devenir, comme le dit si bien l’apôtre Pierre,
participants de sa nature divine (2 P 1,4).

Comment cela ?
Par l’intermédiaire de l’Eglise qu’il a lui-même fondée (Mt 16,18),
le Christ a déposé en nous de vrais germes de sainteté :
à notre baptême, qui fait de nous des enfants de Dieu pour la vie éternelle ;
à notre confirmation, qui fait de nous un Temple saint de l’Esprit ;
par toutes nos eucharisties, qui nous constituent en corps du Christ ;
et par tous ces pardons reçus qui nous lavent,
nous relèvent et nous embellissent l’âme de plus en plus !
Il suffirait en somme de se laisser sanctifier
en coopérant simplement mais vraiment
à l’omniprésence et à la toute-puissance de de sa grâce (Rm 6,20).
Car, ne l’oublions jamais : C’est par grâce que vous êtes sauvés (Ep 2,25).
On peut dire dès lors que, si la sainteté nous sera demandée
au terme de notre route,
celle-ci est déjà aussi devant nous.
Dès maintenant, écrit saint Jean, oui,
dès maintenant nous sommes enfants de Dieu.
Et il ajoute : Ce que nous serons
ne paraît pas encore clairement (1 Jn 1,2*3).

Nous pouvons donc, forts de cette sainteté,
déjà donnée en germe au départ,
et déjà promise au terme, en plénitude,
nous mettre en route, au jour le jour,
en prenant la voie des béatitudes.
Les saints que nous fêtons en ce jour, ont connu, comme nous,
la tentation et le péché, les épreuves et les défaillances….
La grâce de Dieu les a peu à peu transformés.
Leur a donné d’avancer, de tenir, de monter.
Du ciel où ils sont arrivés, ils nous disent
que nous aussi, nous pouvons y parvenir.

*

Ici, pont nécessaire de grands conseils de morale
ou de longs discours dogmatiques.
L’Evangile nous dit clairement, et au jour le jour,
comment vivre en suivant la voie de l’amour
à l’exemple du Christ (Ep 5,2).
Fais cela et tu vivras, nous redit Jésus qui,
par la route des béatitudes, nous conduit à la Béatitude (Lc 10,28).

Il nous suffit de bien faire ce que nous avons à faire
selon notre propre état de vie.
A travers chacun d’eux, Dieu peut nous sanctifier.
Car la sainteté (la fête d’aujourd’hui nous le rappelle avec force)
s’adresse à tous, partout, du premier au dernier jour.

Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mt 5,48).




Méditer la Parole

1er novembre 2006

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Apocalypse 7,2-4.9-14

Psaume 23

1 Jean 3,1-3

Matthieu 5,1-12

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