Saint Martin

Aujourd’hui, l’Eglise fête, en la personne de saint Martin,
le fondateur du premier monastère de la Gaule chrétienne
au milieu du IVe siècle.
Aujourd’hui, la France recueillie se souvient de la paix
arrachée au terme de la guerre la plus meurtrière de son histoire.
Et aujourd’hui le Christ nous rappelle dans l’Evangile
que ce que nous avons fait au plus petit des hommes
qui sont tous frères,
c’est à lui que nous l’avons fait.

*

Nous célébrons aujourd’hui un des saints les plus populaires de l’Eglise de France.
Le jeune Martin, né en Europe centrale vers 317,
partait à seize ans s’enrôler dans l’armée
afin d’y faire carrière.
Il partait sans trop se soucier des autres,
pour profiter de la vie et pour faire la guerre.

Or voici qu’il rencontre un jour, au cours de ses campagnes,
l’évêque Hilaire de Poitiers,
un des plus grands théologiens de l’Antiquité occidentale.
A peine âgé de vingt ans, le jeune soldat devient catéchumène.
Il veut se préparer au baptême.
L’Evangile du Christ qu’il découvre,
parle partout de charité :
Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères,
c’est à moi que vous l’avez fait.

Un jour, au bord d’un chemin, près d’Amiens,
Martin rencontre un pauvre qui grelotte de froid.
Il est encore militaire.
Pris de compassion et en pensant aux paroles de Jésus,
il lui donne ce qu’il a ;
et, dans un geste que l’histoire va immortaliser,
il tranche en deux d’un coup d’épée sa grande cape de laine
et en donne la moitié au pauvre.
On raconte que, quelques jours plus tard,
le Christ lui apparut en songe sous les traits de ce même pauvre,
disant aux anges l’entourant :
« Martin, qui n’est encore que catéchumène, m’a couvert de ce vêtement ».
On ne pourrait illustrer plus clairement la parole évangélique.

*
Baptisé, Martin choisit de ne plus servir qu’un seul Maître,
ce Christ qui lui est apparu.
Retiré dans la solitude du Poitou,
le voici bientôt amené à fonder un premier prieuré.
Ce sera le premier monastère sur le sol de France
près de Poitiers, à Ligugé.

Pour imiter la douceur du Maître,
Martin a rejeté la puissance des armes.
Pour le suivre dans son humilité,
il a repoussé les honneurs de la carrière.
Pour s’attacher à Dieu,
il s’est délié de l’attrait des fausses libertés.
Mais voici que l’Eglise a besoin de lui.
Il manque un évêque sur le siège de Tours.
La ferveur populaire pousse à sa nomination à la tête de cette Eglise.
A partir de ce jour, le zèle que Martin avait mis dans sa prière monastique,
se décuple en énergie, au niveau de l’annonce de l’Evangile.
Et quelle énergie n’a-t-il pas déployée pour renverser les idoles et les temples païens !
L’influence de Martin a été décisive pour l’évangélisation
de la Touraine, du Poitou, de la Saintonge, du Berry
et même de l’Auvergne et du Parisis.
On peut dire en ce sens qu’il a été « le plus grand apôtre des campagnes gallo-romaines ».

Si le christianisme en effet s’était déjà propagé dans les villes,
depuis l’époque de saint Irénée, le long des voies romaines,
c’est grâce à saint Martin qu’il a vraiment pénétré dans nombre de villages,
comme peuvent encore en témoigner ces foules d’églises, de chapelles, de prieurés,
3.600 au total, un peu partout dédiés à son nom.
Le nom le plus répandu en France, même, dit-on !

Cela n’a pas empêché Martin de s’occuper aussi
de l’évangélisation des villes
puisqu’au cœur de la cité de Tours et à sa périphérie,
moines et moniales, cénobites ou ermites, entourés de laïcs consacrés,
se sont rassemblés à son appel, pour chanter, avec lui, la louange de Dieu
et s’adonner à l’exercice de la charité.
Comme le faisait, quelques années avant lui, saint Basile à Césarée,
et comme allait le faire, quelques années après lui,
saint Jean Cassien à Marseille.
On ne saurait mieux rappeler comment, dès les origines,
le monachisme a été aussi citadin !

*

Quand vint, pour Martin, l’heure de quitter ce monde,
entouré des siens, emporté par la vieillesse et la maladie,
il dit simplement en regardant le ciel :
« J’entre dans le sein d’Abraham ».
Comme son entourage redoublait de prière pour qu’il puisse se relever,
Martin répéta ce qu’il avait toujours dit :
« Seigneur, si je suis encore nécessaire à mon peuple,
que ta volonté soit faite.
Je ne refuse pas le labeur ».
Le fameux : Non recuso laborem,
écho direct de la parole de Paul entendue tout à l’heure, dans sa lettre aux Philippiens.

C’est saint Martin de Tours,
premier moine d’Occident.

*

Frères et sœurs, en ce 11 novembre, où l’on évoque le jour
où la paix a été rendue au cœur même de notre Europe meurtrie,
prions pour que cette même paix
demeure entre les peuples et les nations.
Et que la paix du Seigneur qui surpasse toute connaissance,
s’établisse plus encore au fond de nos cœurs.

En ce jour du 11 novembre où l’Eglise fête saint Martin,
réentendons le Seigneur nous inviter
à vivre le vrai partage de la charité.
Ce que nous faisons au plus petit de nos frères,
c’est à Dieu même que nous le faisons.
Et qu’il nous fasse aussi la grâce
de vivre ce qui est bien et qu’il réclame de nous,
comme dit le prophète Michée :
rien d’autre que pratiquer la justice,
aimer la miséricorde
et marcher humblement avec lui, notre Dieu (Mi 6,8).
Voilà ce qu’a fait de la plus belle manière
celui que l’Eglise universelle fête en ce jour.

Prie pour nous, saint Martin de Tours !




Méditer la Parole

11 novembre 2006

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Philippiens 1,20-24

Psaume 88

-

Matthieu 25,31-40

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