Fête de l’Épiphanie

Ils savent
et ils ne savent pas.

Ils sont savants.
Mais ils n'ont pas toute science.


Ils tirent leur science d'un livre bien obscur et lointain :
le livre de la nuit.
Ce grand voile sombre et profond
laisse entrevoir
à travers ses mailles
un au-delà de lumière.
Vu d'en-bas, d'en-deçà du voile,
le piquetage étincelant, splendide et mouvant,
n'est-il pas à déchiffrer comme un message ?

Ils sont mages.
Ils ont la science nocturne.
Du silence astral, ils ont patiemment écouté l'oracle.
De cette symphonie muette, immense et cyclique,
un timbre nouveau, un éclat inconnu renouvelle l'harmonie.
Une étoile s'est levée !
Un homme est né !
Un roi s'apprête !

Pour qui ? Pour les Juifs,
ce peuple sage et intelligent comme aucun peuple,
vivant selon la Loi de Dieu, merveilleuse sagesse,
ce peuple qui dispose chez lui de la demeure du Dieu des dieux,
du souverain des rois de la terre.

Ils savent.
Un roi est né.
Le roi des Juifs.
Pour un règne nouveau, dont la trace est déjà écrite au ciel,
règne divin peut-être ?
La nuit en a livré le signe : l'étoile.
Ils l'ont vue.
Il faut aller voir ce roi, lui rendre hommage.
Mais où ?
Ils ne savent pas.
Chez les Juifs, oui, mais où ?
Où se prosterner ?
Comment savoir ?
Où trouver au pays juif celui que le ciel universel
annonce de nuit,
par un rai de lumière ?

Allons à Jérusalem.
Interrogeons Jérusalem.
Jérusalem sait.


*

Jérusalem dormait.
Jérusalem vivait éveillée
plongée en plein sommeil spirituel.
Jérusalem n'avait pas gardé sa lampe allumée
dans les longues veilles de la nuit.
Elle attendait sans plus attendre.

À la question des étrangers, des mages - ces païens - :
«Où est le roi des Juifs ?»,
Jérusalem ouvre en sursaut Le Livre de lumière.
Le Livre écrit d'encre sombre,
un livre de la terre,
qui fait danser dans le cœur de l'homme
les flammes vives de l'Esprit qui, seul,
dispense les secrets du ciel et de la terre,
les secrets du jour et de la nuit,
de la mort et de la vie.

«Où est le roi des Juifs ?»
Jérusalem ouvre Le Livre.
Dans Le Livre, il est écrit :
«À Bethléem en Judée».
Et Jérusalem referme Le Livre,
inquiète et aux aguets,
tirant sur elle un rideau de nuit.

Elle s'était accoutumée à ses rois
qu'elle flattait et qui la flattaient.

Leur règne était accommodant et bien accommodé. A Jérusalem régnait la médiocrité, pompeusement parée.
Alors, la perspective d'être gouvernée d'En-Haut
par le Messie annoncé,
l'implacable Justicier,
l'Envoyé qui doit renverser les puissants de leur trône
et renvoyer les riches les mains vides,
restaurer la dynastie légitime, la maison de David,
pour un règne qui ne passera pas...
Hérode et tout Jérusalem avec lui fut pris d'inquiétude.
Allez vous renseigner précisément à Bethléem,
puis revenez m'informer.

*

Ils savaient maintenant.
Jérusalem avait parlé.
C'est à Bethléem qu'il faut aller.
Ils quittent Jérusalem.
Ils partent.
Et l'étoile les saisit !
Elle les fascine et les réjouit !
Ils la suivent car elle les guide.
Les mène-t-elle à Bethléem ?
Certainement, mais, curieusement,
cela ne nous est pas dit.
Il nous est dit qu'elle vint s'arrêter
au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant.
Où est ce lieu ?
Certes à Bethléem,
et certainement ailleurs.
L'étoile est en mouvement jusqu'au lieu où se trouve l'enfant.
Le lieu où se trouve l'enfant est le lieu de l'étoile.
Là elle s'arrête.
Elle n'a plus à bouger, elle est en son lieu.

Ce lieu où se trouve l'enfant est une maison.
Là où l'étoile se fixe, c'est le lieu de la maison.
Le lieu sans nom et sans lieu qui est une demeure,
un lieu habité.
Car là se trouve l'enfant.

Ils sont au seuil de la maison,
au seuil du lieu au-dessus duquel l'étoile s'est arrêtée.
Il faut entrer.
En entrant dans la maison,
par l'acte d'entrer,
dans le mouvement même de l'extérieur vers l'intérieur,
simultanément à ce mouvement,
en entrant dans la maison, donc,
ils virent l'enfant.

Voir l'enfant.
Tout s'achève en cela.
Ils virent l'enfant !
L'écoute attentive de la symphonie du monde
au silence de la nuit,
la soif d'une science introuvable mais pressentie,
l'étape de Jérusalem avec son Livre où tout est déjà écrit,
le voyage à l'étoile vers le lieu où se trouve le petit,
l'ultime seuil - celui d'une maison - étant franchi,
tout est achevé maintenant : ils virent l'enfant.
Ils le virent avec Marie, sa mère,
et, tombant à genoux,
se prosternèrent devant lui.

Puis ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Celui de l'enfance ?...
*

Frères et sœurs, ce récit nous est donné comme la manifestation,
l'épiphanie de Dieu pour toutes les nations.
Étonnante manifestation
qui n'est pas une démonstration de Dieu par lui-même,
mais une découverte de Dieu
en celui qui Le manifeste : l'enfant.
L'enfant est le manifeste de Dieu.
L'enfant Jésus,
avec Marie, sa mère.

Pour trouver le Dieu vivant et sauveur,
qui se laisse trouver par ceux qui le cherchent,
ceux qui ne le connaissaient pas l'ont cherché, trouvé,
et se sont inclinés devant sa manifestation : l'enfant.

Au Royaume de Dieu,
le roi est enfant.
Devant lui, les savants de ce monde inclinent leur science à terre.
Voir cette divine enfance est l'achèvement de toute science.

Sur terre, le Royaume des cieux est ouvert.
Ceux qui deviennent comme des petits enfants y entrent.
Car le Royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent
.

Méditer la Parole

7 janvier 2007

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Patrick

 

Frère Patrick

Lectures bibliques

Isaïe 60,1-6

Psaume 71

Ephésiens 3,2-3

Matthieu 2,1-12

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