Fête de l’Épiphanie - C

La route de l’Épiphanie divine

Puisque tout est en marche
dans la liturgie de ce jour de fête :
les nations vers la lumière (Is 60,1-6),
les générations passées vers l’annonce de l’Évangile (Ep 3,2-4)
et les mages vers l’enfant de Bethléem (Mt 2,1-12),
prenons la route à notre tour.
En cinq étapes successives (si l’on peut dire)
vers la pleine manifestation de la lumière du Seigneur.

*


La première étape est celle de la Révélation,
une révélation depuis longtemps en marche.
Dès l’abord, nous sommes surpris en effet.
Le cortège est déjà lancé.
Nous ne sommes pas seuls sur la route.
Nous voici même précédés,
entourés d’une grande nuée de témoins (He 12,1).
Nos pères dans la foi sont là, tendus vers l’espérance.
Adam, Abel, Noé, Abraham, Isaac et Jacob,
avançant en confessant qu’ils sont
étrangers et voyageurs sur la terre ;
Moïse, cheminant comme s’il voyait l’invisible ;
et tout le peuple conduit par les juges, les rois, les prophètes,
les grands prêtres et les sages.
Tous lancés sur ces routes bibliques de l’Alliance
en quête de la promesse (Ac 2,39 ; Rm 9,4 ; He 6,12 ; 11,39)
tant de fois annoncée.

Lève les yeux aux alentours et regarde :
tous se rassemblent et viennent à toi…
apportant de l’or et de l’encens
et chantant les louanges du Seigneur ! (Is 60,4.6).
Tous ont cheminé jusqu’à lui.
Et les pas de Cyrus et les pas d’Alexandre et les pas de César,
eux aussi, pour le redire avec Charles Péguy, ont marché pour lui.

Frères et sœurs, notre première étape nous conduit à constater cela :
en avançant, recueillis, comme en secret
vers l’intimité de la crèche de Bethléem,
nous découvrons tout un monde déjà rassemblé autour de cet enfant.
Le Christ, notre plénitude,
qui reste au centre de toutes choses (Col 1,19),
est, avant même sa venue, l’objet de mille convergences.
L’Épiphanie est d’abord dans la manifestation,
millénaire, de cette préparation.
Tout le Premier Testament nous conduit aux portes du Nouveau.

*


La deuxième étape nous invite à la compréhension.
La compréhension de ce que Paul appelle le mystère (Col 2,26-27).
Car le mystère aujourd’hui révélé
a lui aussi des racines historiques.
Nous ne sommes pas sans pays, sans généalogie ni sans livre.
Non ! Nous avons une Terre, une Écriture et une Histoire.
Trois fois saintes.

Ne restons donc pas plus longtemps sans comprendre, sur la route
de nos Emmaüs, comme ces pèlerins à qui Jésus a dit :
Esprits sans intelligence, lents à croire
tout ce qu’ont annoncé les prophètes
et la Loi de Moïse et les psaumes ! (Lc 24,25-44).
Les scribes avec leurs écritures
et le roi Hérode avec ses informateurs
n’ont rien compris. Et donc ils n’ont rien vu (He 7,18 ; Jn 12,40) !
Pourtant tout était écrit de lui
Et tout était créé par lui et pour lui (Col 1,16).

Le mystère de cette révélation du Christ,
enveloppé de silence aux siècles éternels,
est aujourd’hui manifesté, proclame l’apôtre Paul.
Par les Écritures qui le prédisent selon l’ordre du Dieu éternel,
il est porté à la connaissance de toutes les nations
pour les amener à vivre dans la foi (Rm 16,25-26).
Oui, ce qui éclate aujourd’hui,
dans la lumière des temps accomplis (Mc 1,15),
a déjà été préparé dans la pénombre des siècles (Is 9,1 ; 1 P 1,3-12).

Dieu qui parle en ce jour, en toute clarté,
avait déjà parlé à maintes reprises
et de bien des manières (Rm 1,2 ; He 1,1).
Mille paroles annoncées ont préparé le chemin du Verbe
aujourd’hui pleinement manifesté.
La lumière véritable qui éclaire tout homme de ce monde
est précédée de tout un cortège de lampes allumées (Jn 1,9).
Et, en ce jour, où ses premiers visiteurs et adorateurs
sont des mages païens, venus de l’Orient le plus lointain,
il devient clair que ce mystère, resté caché
depuis des siècles et des générations,
est manifesté à tous les hommes de bonne volonté (Lc 2,14).

Voilà ce que nous devons comprendre :
Ce mystère du Christ, dont nous devons avoir,
comme dit Paul, l’intelligence :
les païens que, hier encore, nous étions tous,
oui, nous, ces païens convertis au Christ,
nous sommes admis, aujourd’hui, au même héritage,
membres du même corps, bénéficiaires de la même promesse,
dans le Christ Jésus, par le moyen de l’Évangile (Ep 3,4.6).
L’Épiphanie est bien également dans la claire approche
de cette compréhension du mystère du salut universel.

*


La troisième étape nous fait entrer dans sa contemplation.
Les mages voulaient savoir et comprendre.
Une fois qu’ils ont vu et compris, les voici invités à contempler.
Les scribes du peuple n’ont pu le faire
parce qu’ils n’étaient que savants.
Hérode et tous les grands prêtres n’ont pu y parvenir
parce qu’ils voulaient rester puissants.
Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre,
d’avoir caché cela aux sages et aux puissants
et de l’avoir révélé aux tout-petits (Mt 11,25).
C’est que, pour reconnaître Dieu dans un petit enfant,
il faut s’incliner, s’abaisser,
se mettre en quelque sorte à sa portée.
Et là, on peut contempler le mystère
ainsi manifesté dans la chair (1 Tm 3,16).

Car aujourd’hui Dieu est descendu.
Le Verbe s’est fait chair (Jn 1,14).
Le Soleil de Justice s’est fait petite lampe dans la nuit.
Mystère d’immanence : Le Christ est parmi nous ! (Col 1,27).
Nous pouvons le contempler.
Mystère de transcendance : le Fils de Dieu est au-dessus de nous !
L’étoile qui brille dans le ciel est comme l’attirance du Père
vers le Fils qui s’est fait homme (Jn 6,44.65).

Joie de la présence aimante et toute-puissante de Dieu
qui illumine les yeux de notre cœur (Ep 1,8).
Joie de découvrir la vérité du trésor de son amour
au firmament de notre propre vie ! (Mt 6,20-21).
Joie qui n’est pas que de la terre et passagère,
mais du ciel (Jn 17,13),
au point que rien ni personne ne peut plus nous la ravir (Jn 16,22).
Et l’espérance de voir un jour ce Dieu de tendresse et de lumière
nous ramène sans cesse au désir de le contempler déjà ici-bas,
avec les yeux de la foi (1 Co 13,12).
Car à Sa lumière déjà, nous voyons LA lumière.

*


La quatrième étape qui suit la contemplation
est celle de l’adoration.
Comme Marie méditant
et conservant tout cela dans son cœur (Lc 2,19),
comme les mages tombant à genoux et se prosternant (Mt 2,11),
nous voici tournés nous aussi vers l’enfant.

Mystère de l’Incarnation ! L’Éternel irradie le temps.
et le temps découvre la plénitude intemporelle
de l’aujourd’hui de Dieu.
Celui qui nous est enfin pleinement révélé en ce jour,
n’est pas un Dieu de puissance, de force, de majesté.
On ne peut pas voir ce Dieu-là sans mourir (Ex 23,20).
Or le Seigneur n’est pas venu pour nous faire mourir
mais pour nous faire vivre.
Toute sa gloire demeure donc voilée.
Il est venu pour nous apprendre à aimer, dans la charité,
et à nous laisser aimer, dans l’humilité.
Alors, il s’est fait petit enfant.

Devant un tel abandon, une telle simplicité, un tel abaissement,
que pouvons-nous faire que pouvons-nous dire ?
Rien d’autre que de laisser fondre notre cœur !
Non pas dans l’émotion, mais dans l’adoration.
Car c’est bien là ce que veut le Père (Jn 4,23).
Épiphanie veut littéralement dire : monstrance.
Et une monstrance, c’est littéralement un ostensoir.
Jésus est donc bien là pour nous manifester une Présence.
Non pas symbolique et fugitive, mais réelle.
Le petit enfant aujourd’hui révélé dans la chair, sur la terre,
c’est le Dieu éternel
qui se manifestera un jour dans la gloire au ciel.
Avec la liturgie du ciel, et unis à celle de la terre,
nous pouvons donc chanter : Venez, adorons-le !

*


La dernière étape de notre cheminement
nous pousse enfin à reprendre la route.
Après le temps de l’adoration,
vient le temps de la proclamation.
C’est l’heure du témoignage.
Le Christ n’est pas venu susciter des rêveurs,
mais appeler des témoins !
On ne peut en effet bénéficier d’une telle grâce de Révélation
sans se sentir appelés à l’annoncer
en vivant de ce qu’elle nous dit.

Nous avons ouvert devant le Dieu-fait-homme
les coffrets de la foi, de l’espérance et de la charité.
Nous les avons offerts.
Et voici que nous recevons en retour
encore plus de foi, plus d’espérance et plus de charité.
Comment ne pas les partager ?
À l’exemple des mages, repartant par un autre chemin,
c’est-à-dire éclairés par la foi au Christ
qui est alors devenu leur Route (Jn 8,12 ; 14,6).
Non, nous ne pouvons garder pour nous seuls
les merveilles que Dieu nous donne d’entendre,
de comprendre, de contempler et de goûter !
L’adoration, d’elle-même, nous pousse à l’évangélisation.
Voilà pourquoi la Parole de Dieu ainsi entendue
est aussitôt proclamée, chantée et partagée,
comme nous le faisons ici même à chaque liturgie.

Il faut qu’à partir de cette source de lumière qu’est l’Emmanuel,
nous puissions rayonner vers ce monde que Dieu a tant aimé,
pour y briller comme des foyers de lumière,
en lui présentant la Parole de Vie (Ph 2,15-16).

En attendant le jour, Épiphanie suprême,
où ce que nous serons, qui n’a pas encore été manifesté,
atteindra son plein accomplissement.
Quand nous verrons enfin Dieu tel qu’il est
parce que nous lui serons semblables.
Transfigurés dans la Lumière du Christ (Ph 3,21),
par l’action du Seigneur qui est Esprit (2 Co 3,18),
en la maison du Père (Jn 14,2).
Alors ce sera la pleine Théophanie trinitaire.



 

Méditer la Parole

7 janvier 2007

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 60,1-6

Psaume 71

Ephésiens 3,2-3

Matthieu 2,1-12

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