Saint Joseph

La figure de saint Joseph, en son humilité et malgré son silence, offre de multiples facettes,
suggérées par les lectures de la fête et les richesses de la Tradition :
Le charpentier, l’artisan, le serviteur fidèle
L’homme juste qui vit de la foi
L’époux de la Vierge Marie
Le gardien de la sainte famille
Le fils de David
Le protecteur de l’Église
et l’on pourrait prolonger la litanie...

Pour aujourd’hui, nous pourrions arrêter notre contemplation à la relation père-fils, fils-père, de Jésus à Joseph, voir au-delà des mots, un grand mystère : à la fois, tel père, tel fils, mais plus encore : tel Fils, tel Père, le passage de la minuscule à la majuscule.

Tel père, tel fils
Qu’est-ce que Jésus apprit de Joseph son père, que reçut-il de lui ?
Joseph n’était pas le géniteur de Jésus, il était comme l’ombre du Père de qui toute paternité tire son nom. Il est son père adoptif, un vrai père ; avec Marie, il a donné son nom à Jésus.
Comme tout bon père de famille, il a veillé sur Jésus, sa croissance, son éducation, pour en faire un bar mitsva, c’est-à-dire, un adulte responsable et libre ; une relation délicate de père à fils, que vit tout père et tout fils et qui rend le fils mature. Cela affleure dans la rencontre au Temple de Jérusalem au milieu des docteurs, quand Jésus avait douze ans : une distance-émancipation vis-à-vis de ses parents : «Ne le saviez-vous pas ? Il me faut être aux affaires de mon Père»(Lc 2, 41ss).
Joseph apprit à Jésus un métier d’homme, le travail du bois, la charpente ; «fils du charpentier», c’est un peu sa carte d’identité dans la société. Le travail des mains, l’outil, les gerçures, la peine, la fatigue, tout cela est vécu dans un esprit de prière, de silence, d’offrande, d’obéissance : «Confirme l’ouvrage de nos mains !» (Ps 90, 17).
Peut-être, Joseph lui avait-il fait confidence, en toute humilité – mais pourquoi le cacher ?, puisque cela avait été révélé par l’Ange lui-même – que dans ses ancêtres figurait le roi David. Cela devait aussi se savoir, puisqu’il se fera interpeller un jour par l’aveugle de Jéricho : «Fils de David, aie pitié de moi !» (Lc 18, 38). Ce titre prestigieux ne devait pas être un motif d’orgueil, mais plutôt de confusion, en constatant la déchéance d’une si haute lignée. Joseph assumait son rôle de père en étant la mémoire vivante, et, comme tout père juif, répondait aux questions de son enfant (qui en savait plus que lui !) : «Notre père était un araméen errant qui descendit en Égypte...» (Dt 26, 50s) et toute la Haggadah, l’histoire sainte déroulait son film. Le père, en effet, est caractérisé par la mémoire qui fait le lien entre les générations.
La relation père-fils se faisait dans l’obéissance, même à l’âge adulte, à trente ans et bien avant, elle avait opéré un passage et faisait de Jésus un «mutant» spirituel, «du fils soumis au coopérateur filial». Tel père, tel fils, mais aussi, inversement et divinement cette fois :

Tel Fils, tel Père
Comment Joseph voyait-il Jésus ?
Sous la lumière de l’Esprit Saint, le regard réciproque s’était transformé. Le juste qui vit par la foi allait au-delà des apparences et voyait l’invisible. Dans le fils du charpentier, Joseph contemplait l’Artisan de l’univers, qui fait tout avec «poids et mesure». Tout basculait. Il lui avait donné son nom, Jésus ; mais ce Jésus était aussi l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. À l’écoute des Écritures, Joseph contemplait la réalisation des prophéties le concernant, celle d’Isaïe en particulier, où il était dit que cet enfant qui avait grandi sous son regard, s’était fortifié, était aussi «le Conseiller-Merveilleux, le Dieu Fort» et même, qui le croirait, «Père-à-jamais» (Is 9,5). Loin de se brouiller dans son esprit, cette révélation apportait un surcroît de lumière.
«Vous êtes tous fils du Très-Haut» (Ps 82, 6), assurément ; mais lui, il l’était à un titre éminent : «Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut» (Lc 1, 32), lui avait chuchoté Marie. C’est la parole de l’Ange.
Ainsi, regardant Jésus, Joseph avait tout pour adorer : «Qui me voit, voit le Père», comme il le dira plus tard à Philippe (Jn 14, 9).
En Joseph, Jésus pouvait contempler un reflet, un miroir de la perfection de son propre Père du ciel, de sa sagesse de sa sainteté, en somme la plénitude de son Père, dont il était toujours le Fils. Il n’avait pas cessé d’être Dieu en devenant homme.
En voyant Joseph travailler, beaucoup travailler, Jésus pourra dire : «Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi je travaille» (Jn 5,17). De même que Jésus était initié au travail par Joseph et l’imitait, ainsi Jésus dira : «Le Père me montre ce que je dois faire... Tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement» ; «Le Fils ne peut rien faire qu’il ne le voit faire par le Père» ; «Le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait» (Jn 5,19s).
Jésus voyait aussi en Joseph une providence qui conduisait sa vie, lui donnait sa «provende», sa nourriture, l’éloignait des dangers, de la main d’Hérode en particulier. Au-delà, Jésus se remettait à la Providence divine, à la main de Dieu qui le dirigeait, sans pour autant le soustraire aux événements.
Ainsi, Jésus voyait en Joseph la juste qui vit de la foi, soumis en tout à la volonté de Dieu, de Dieu son Père. La grâce de Joseph pour Jésus fut de ne pas arrêter à lui-même le maître-mot d’Abba-Père, mais de le laisser filtrer au-delà de lui-même, son Abba, notre Abba. Amen.






Méditer la Parole

19 mars 2007

Magdala, Sologne

Frère Pierre

 

Frère Pierre

Lectures bibliques

2 Samuel 7,4…16

Psaume 88

Romains 4,13…22

Matthieu 1,16-21

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