Samedi Saint

Notre-Dame du Samedi Saint

Le voile du Temple s’est déchiré
quand Jésus a remis son esprit.
La terre s’est entrouverte pour accueillir
en son sein Jésus, l’Envoyé du Père.
Et la pierre du tombeau a été roulée.
Comme une page qui se tourne.
Comme la nuit qui tombe au soir du jour.
En ce matin, jour de sabbat à Jérusalem,
il ne reste plus que le poids du silence,
de l’absence.

Chacun est retourné chez soi.
Jésus aussi retourne au Père.
Mais il y en a une qui ne revient pas chez elle :
c’est Marie, la mère de Jésus.
Obéissant à l’ultime parole de Jésus
– Voici ton fils –, elle a rejoint
la demeure du disciple que Jésus aimait.
Silence du grand sabbat où Jésus
visite ceux qui sont endormis dans la mort
et où Marie frappe à la porte
de tous ceux qui croient en son Fils,
à la porte de notre cœur pour y faire sa demeure.

À la croix, quand Jésus est tout tendu
vers cet Autre, son Père, il donne à sa mère
un autre fils.
Ce que ni la chair ni le sang ne peuvent réaliser,
le Christ mourant l’accomplit.
À sa mère, appauvrie même de son enfant,
il donne une autre maternité
Silence du grand sabbat où Jésus
se présente à ceux qui gisent dans la mort
comme l’aîné d’une multitude de frères
et où Marie se découvre
mère de tous les hommes.
Marie est associée à l’heure de son Fils.
Le cri de Jésus : Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m’as-tu abandonné ?
s’entrechoque en son cœur
avec la parole de l’ange Gabriel
à l’Annonciation :
Tu enfanteras un fils. (…)
Il règnera sur la maison de Jacob
et son règne n’aura pas de fin (Lc 1,31-33).
Dieu aurait-il repris sa promesse ?
Marie croit contre toute espérance.
Elle sait que rien n’est impossible à Dieu (Lc 1,39).
Silence du grand sabbat
où Jésus se tait
et où Marie se laisse purifier jusque dans sa foi
comme l’or au creuset.

Marie a approché la mort de près
en restant debout au pied de la croix,
quand le glaive a transpercé son âme.
Personne n’a pu suivre Jésus
jusque dans sa mort,
pas même ceux qui étaient prêts
à donner leur vie pour lui.
Silence du grand sabbat
où Jésus est ce grain de blé
jeté, seul, en terre et où Marie
communie à son Fils
par l’offrande d’elle-même et la prière.

Marie n’assiste pas à la pâque de son Fils.
Elle y participe et en est toute transformée.
Déjà rachetée dès avant sa conception,
elle est rachetée de surcroît au calvaire.
Déjà morte avec Jésus hier,
elle ressuscite déjà avec lui.
Docile à Jésus, elle s’est laissée déposséder
jusqu’à maintenant disparaître des Écritures.
L’ultime mention de sa présence
sera pour notifier sa place
au milieu des croyants au Cénacle.
Silence du grand sabbat où Jésus
descend au plus bas de notre humanité
et à Marie s’abaisse jusqu’à s’effacer
avec humilité, cédant le pas
à l’autre Marie, celle de Magdala,
qui, au matin de Pâques, verra le Ressuscité
et deviendra l’apôtre des Apôtres.
Sainte Vierge Marie, Notre-Dame du Samedi Saint,
Notre-Dame de l’espérance,
Notre-Dame de la foi nue,
prie pour nous maintenant
et à l’heure de notre mort. Amen.






Méditer la Parole

7 avril 2007

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

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Matthieu 27,57-66

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