2e semaine de Carême - C

La croix, la coupe, la rançon

Dans son message pour le Carême 2007,
Benoît XVI cite un des grands auteurs
des premiers siècles de l’Église, le Pseudo-Denys.
Celui-ci parle de l’amour en évoquant la force
«qui ne permet pas à l’amant de demeurer en lui-même,
mais le pousse à s’unir à l’aimée».

Celui qui aime ne peut plus rester confiné en lui-même,
il est habité par une force intérieure
qui le pousse à s’unir à l’aimée.
S’unir c'est-à-dire se donner,
se perdre pour l’autre
et inséparablement recevoir, accueillir l’autre
dans sa singularité, dans son altérité, dans son mystère.

*

Frères et sœurs, n’est-ce pas avec cette clé
qu’il nous faut lire l’Évangile d’aujourd’hui ?

«Voici que nous montons à Jérusalem» (Mt 20,18).
Qu’est-ce que cette montée
sinon un «exode» d’amour du Verbe de Dieu ?
Brûlé par l’amour, Jésus ne peut pas demeurer en lui-même ;
l’Amour le pousse à s’unir à l’aimée.
Jésus monte à Jérusalem pour s’unir à nous.
Jésus monte à Jérusalem pour l’épouser.
«Un court instant je t’avais délaissée,
ému d’une immense pitié, je vais t’unir à moi» (Is 54,7)
dit le Seigneur à Jérusalem, à l’épouse.

C’est l’Amour,
et rien d’autre que l’amour
qui anime chaque pas de Jésus
sur cette route laborieuse et caillouteuse
qui le mène à la ville sainte
«où tout homme est né» (Ps 86(87)6).
«Jérusalem, regarde vers l’Orient,
et vois la joie qui te vient de Dieu» (Ba 4,36)!
Le Seigneur vient t’épouser
et «montrer ta splendeur partout sous le ciel»(Ba 5,3).

Nous voici donc appelés aujourd’hui
à contempler cet exode sans retour de Jésus,
de l’Époux qui confesse :
«Tu me fais perdre le sens ma sœur, ô fiancée,
tu me fais perdre le sens par un seul de tes regards» (Ct 4,9).
Si grande est la Passion de son Amour
qu’il déclarera qu’il est venu pour être baptisé d’un baptême :
«et combien je suis oppressé
jusqu’à ce qu’il soit accompli» (Lc 12,50).

*

Et que pouvons-nous dire de cet exode d’Amour
en puisant dans l’Évangile d’aujourd’hui ?
Retenons trois mots :
la croix, la coupe, la rançon.

La croix, dévoilée pour la première fois par Jésus aux siens,
nous dit comment Jésus va se perdre pour nous.
La montée à Jérusalem
est par nature une montée cultuelle, un pèlerinage
qui culmine dans le sacrifice.
Pour Jésus, le sacrifice est celui de la croix
où s’abattent sur lui le rejet d’Israël
et la dérision des païens.
Mais l’Amour fait de ce déferlement de haine
le lieu où viennent au grand jour
la tendresse et la miséricorde de Dieu.
Celui que nous humilions à mort
nous épouse pour l’éternité.

La coupe nous dit ensuite
ce que cet exode coûte à Jésus :
«la coupe que je vais boire» (Mt 20,22) dit-il,
parlant de sa Passion et de sa mort.
Cette coupe qu’en son humanité,
il voudrait voir «passer loin de lui» (cf Lc 22,42)…
La coupe dans l’Écriture signifie la coupe de vin
qui rend l’homme ivre-mort.
Elle évoque donc l’homme mené
à l’impuissance, à l’humiliation, à la déréliction.
Jésus sait qu’il ne peut s’unir en nous
qu’en connaissant la déréliction
et jusqu’à l’abandon de Dieu.
«Il a voulu s’unir à nous jusqu’à endurer comme siennes
les conséquences de nos propres fautes»
(Benoît XVI. Message pour le Carême 2007).

La croix, la coupe et la rançon.
Le Fils de l’Homme, dit Jésus,
«n’est pas venu pour être servi, mais pour servir
et donner sa vie en rançon pour beaucoup» (Mt 20,28).
Jésus est venu pour servir.
Il est le serviteur :
tout ce qu’il fait est pour nous.
Mais il y a plus :
non seulement tout ce qu’il fait est pour nous,
mais tout ce qu’il est,
est pour nous, est à nous.
Il donne sa vie en rançon pour beaucoup.
La rançon est ce qu’il faut payer
pour racheter, pour libérer, un prisonnier ou un esclave.
Combien Jésus a-t-il payé
pour que nous soyons libérés, pour que nous soyons libres ?
Il n’y a pas de «combien»
car son don ne se mesure pas.
C’est un don sans mesure !
Il est lui-même la rançon.
Pour moi, pour toi, pour la multitude,
il n’a pas donné ce qu’il avait :
Il a donné ce qu’il est !

*

Seigneur Jésus, ton amour ne t’a pas permis
de demeurer en toi-même,
mais t’a poussé à t’unir à nous sur la croix,
au prix de la coupe de la déréliction,
pour nous rendre libres,
pour que, libres, nous puissions nous jeter dans tes bras ;
pour que, libres, nous nous ouvrions à ton Corps.
Ton Corps mystique qui est la multitude rachetée en toi ;
ton Corps eucharistique,
ton Corps glorieux.
Loué sois-tu !






Méditer la Parole

7 mars 2007

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Jérémie 18,18-20

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Matthieu 20,17-28

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