1e semaine de Carême - C

Le Soleil divin qui brille caché dans les ténèbres

Votre Père qui est dans les cieux
fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons,
et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes (Mt 5,45).
C’est vrai !
Quand viendra le beau soleil de printemps
qui fera germer la vie et réjouira nos cœurs,
il brillera sur les «méchants» comme sur les «bons» !

En méditant ces paroles
si simples et si lumineuses de Jésus,
gardons-nous bien de les interpréter
à la manière du pharisien de la parabole :
Seigneur, je te rends grâce
de ce que tu fais lever ton soleil
pas seulement sur nous
mais aussi sur les mauvais !
Gloire à toi pour ta miséricorde
dont «ils» ont tellement besoin (cf Lc 18,9-14) !

Non !
Nous sommes tous parmi les mauvais
parce que nous avons beaucoup
à nous faire pardonner,
et nous sommes tous parmi les bons
parce que le Seigneur
nous a donné beaucoup
et pardonné beaucoup !

Alors cette parole de Jésus
devient brûlante comme un soleil d’amour.
Sur moi qui suis lépreux de mon péché,
Père, tu fais lever ton soleil !
Ton amour vient brûler mon cœur
comme le soleil en plein midi.
Et ce n’est pas seulement le soleil de ta création
que tu fais lever sur nous :
c’est aussi le soleil de ton Verbe,
l’Astre d’en haut
qui vient illuminer ceux qui demeurent
dans les ténèbres et l’ombre de la mort (Lc 1,7).

Comme un époux qui sort du pavillon,
ton soleil qui est ton Verbe,
se réjouit, vaillant, de courir sa carrière.
À la limite des cieux, il a son lever
et sa course atteint à l’autre limite
et rien qui puisse échapper à sa chaleur (cf Ps 18(19),6-7).
Oui, le Père nous donne son Fils
qui est le visage lumineux de sa miséricorde
qui vient illuminer
tout ce que nous vivons,
tout ce que nous sommes
et rien n’échappe à sa chaleur.
Tout en nous peut être guéri
par le rayonnement de son amour,
car il est le soleil de justice
qui brille avec la guérison dans ses rayons (Mal 3,20).

Nous exposer en ce Carême à la croix de Jésus,
c’est nous exposer à ce Soleil divin
qui brille caché dans les ténèbres
qui couvrent le Golgotha,
de la 6e à la 9e heure.
Il est le Buisson ardent tout incandescent
caché dans la faiblesse inexprimable de la croix.

Tout le pardon offert au monde entier,
à l’histoire entière, est contenu
dans le dernier souffle de Jésus crucifié,
dans le cœur de Jésus abandonné et glorifié.

La croix est le phare
qui nous fait retrouver
la route de notre sainteté,
la source infinie de lumière
qui explose silencieusement dans la résurrection.

Tout notre être exposé à la croix
est purifié par ce feu d’amour
qui brûle dans l’obscurité.
Toutes les misères
que nous n’osons pas dire ni à nous-mêmes,
ni aux autres, ni même à Dieu
deviennent scintillantes de lumière
car en elles se reflètent plus qu’ailleurs,
la miséricorde de Dieu.

Tout en nous est «miséricordié»,
c'est-à-dire pardonné, et plus que pardonné :
la misère devient incandescence d’amour.
Ce que je cachais devient ma gloire
puisque la gloire de Dieu y est venue !

Alors la miséricorde,
me saisissant dans mon être profond,
me transforme,
elle me désarme,
elle fait tomber mes peurs,
et je deviens miséricordieux
d’une miséricorde qui vient d’au-delà de moi.

La vieille division entre les proches – que j’aime –
et les ennemis – que je hais –
tombe d’elle-même.
C’est le soleil qui m’habite
le soleil de Dieu,
qui ne peut se lever que sur tous,
les méchants comme les bons.

Oui, c’est par la miséricorde
que nous deviendrons parfaits
comme le Père du Ciel est parfait !

Le Carême, n’est-il pas cela ?
Le temps béni pour renoncer à toutes les «perfections»
que nous avons en tête
et qui nous font multiplier les jugements
contre nous-mêmes parce que nous sommes imparfaits,
contre les autres parce qu’ils sont imparfaits,
contre l’Église parce qu’elle est imparfaite.
Nous renonçons à toute cette idolâtrie
pour entrer dans La perfection dont parle l’Évangile,
celle de la miséricorde.
Perfection qui naît en nous dans la mesure
où nous laissons le soleil du Dieu crucifié
nous consumer d’amour.

Demandons cela au Seigneur en nous confiant à Marie
avec une belle prière écrite par don Andrea Santoro,
prêtre italien assassiné il y a quelques mois en Turquie.

«Marie, femme de Jérusalem
où tu t’es offerte avec Jésus aux pieds de la croix ;
Marie, femme du Cénacle
où tu as recueilli le souffle de l’Esprit Saint ;
Marie, femme d’Éphèse
où tu te rendis avec Jean, ton fils (Jn 19,26)
envoyé en mission par l’Esprit,
prie pour nous.

Marie, mère des brebis hors du bercail,
mère de ceux qui ne connaissent pas ton Fils,
mère de ceux qui ne savent pas ce qu’ils font,
prie pour nous.

Marie, mère des âmes qui sont sans vie,
mère des esprits qui sont sans lumière,
mère des cœurs sans espérance,
mère des fils qui tuèrent ton Fils,
mère des pécheurs,
mère du larron qui ne s’est pas repenti,
mère du fils qui n’est pas revenu,
prie pour nous.

Marie, mère de ceux qui n’ont pas suivi ton Fils,
mère de ceux qui l’ont renié,
mère de ceux qui sont retournés en arrière,
mère de ceux qui n’ont pas été appelés,
prie pour nous.

Marie, mère de ceux qui vont, comme Jean,
à la recherche des enfants de Dieu dispersés,
mère de ceux qui descendent aux enfers
pour annoncer la vie aux morts,
prie pour nous.

Marie, viens vivre avec moi :
viens dans la maison où tu me demandes d’habiter,
viens dans la terre où tu me demandes d’aller,
viens parmi les humains que tu me demandes d’aimer,
viens au milieu des divisions que tu me demandes de soigner,
viens dans les cœurs que tu me demandes de visiter,
viens chez-nous pour être ma mère,
viens, Marie, me donner ton cœur de mère,
Marie, Mère de tous les peuples,
prie pour nous.»






Méditer la Parole

3 mars 2007

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Deutéronome 26,16-19

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Matthieu 5,43-48

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