3e semaine de l’Avent - A

Jean Baptiste et Jésus.
Le Précurseur et le Sauveur.
Deux voix qui retentissent.
Deux interrogations qui se croisent.
Par-delà les siècles qui passent, elles remontent jusqu’à nous
et, une fois de plus, interpellent nos vies.

La première qui parvient jusqu’à nous en ce jour,
monte des profondeurs d’une prison (Mt 11,2).
Elle a donc toute la valeur du témoignage
de celui qui sait que ses jours,
ses heures peut-être sont comptés.
Mais elle est longue la nuit qui plonge dans la ténèbre
l’espérance et la foi du témoin de la lumière (Jn 1,17) !
Et les bruits du dehors qui parviennent à son cachot,
Jean ne sait plus comment les interpréter,
dans le noir de sa solitude.
Il envoie donc demander à la lumière du dehors,
ce qu’il n’arrive plus à comprendre dans sa propre nuit,
ou que ses disciples ne parviennent pas à comprendre encore,
dans le plein jour (Lc 7,1825) :
Es-tu celui qui doit venir
ou devons-nous en attendre un autre ? (Mt 11,3).
Dans cette question est contenue toute la substance
de l’interrogation ultime qui marque les plus grands saints,
et la démarche ultime de toute vie de foi.
Un jour, c’est vrai, Jean a vu l’Esprit, tel une colombe,
descendre du ciel et demeurer sur lui (Jn 1,32).
Ce jour-là, le ciel s’est ouvert,
et la voix du Père lui-même
l’a désigné à ses oreilles comme le Fils bien-aimé (Lc 3,22).

Mais que fait donc aujourd’hui Jésus,
l’Elu de Dieu (Jn 1,34) ?
Celui qui vient derrière moi est plus puissant que moi,
avait proclamé Jean en parlant de celui
qui tient dans sa main la pelle à vanner
et porte la cognée à la racine des arbres (Mt 3,10-12).
Mais alors, pourquoi le pays occupé n’est-il pas encore libéré,
si ce Jésus est l’envoyé du Tout-Puissant ?
Pourquoi le règne de justice et de paix
annoncé par les prophètes
avec la venue du Messie, n’est-il pas encore instauré,
s’il est le messager du Dieu Très Haut ?
Et si,
dans l’illumination de sa contemplation du Verbe incarné,
Jean a reconnu en Jésus, plus spirituellement encore,
le véritable Epoux, jusqu’à en être ravi de joie (Jn 3,29),
que peut-il encore en penser aujourd’hui ?
Ne viendra-t-on jamais le délivrer ou le visiter dans sa prison ?
Et ainsi, aussi, au dehors, s’interrogent,
et peut-être plus encore, les disciples du Baptiste.
Le mal est sournois. Le Tentateur est tenace.
Et le silence est long et lourd
entre les murs nus d’une cellule carcérale.
Et c’est comme à tâtons que nous cheminons tous dans la foi
et qu’au coeur de nos épreuves
nous nous interrogeons en face du silence de Dieu.

Au soir d’une rude vie de difficultés,
sainte Bernadette elle-même en arrivait,
sûre pourtant d’avoir vu et entendu la Vierge Immaculée
lui apparaître plus de dix fois sur le rocher de Massabielle,
à murmurer : «Et si je m’étais trompée ?»
C’est dans la persévérance que se forge la sainteté !
Le saint curé d’Ars lui-même,
témoin tout au long de sa vie
de tant de prévenances de la grâce omniprésente de Dieu,
s’entendait parfois interroger :
«Et s’il n’y avait rien après ?»
C’est dans le refus du doute que l’âme grandit et s’affermit !
Et sainte Thérèse de Jésus, si comblée pendant des années,
en arrive à dire trois mois avant sa mort :
«Mon âme est exilée, le ciel est fermé pour moi
et du côté de la terre c’est l’épreuve aussi».
C’est par la mort du vieil homme que l’on entre dans la Vie !
Saint Jean de la Croix que nous fêterons demain,
comme tous ceux
qui s’efforcent de s’approcher de Dieu,
le sait bien.
On ne peut monter vers la pleine lumière
qu’au travers de « la nuit » et des « nuits ».
De la nuit des sens, de la nuit de l’intelligence
et de la nuit de l’esprit.
Ainsi, pas à pas, le feu de Dieu purifie-t-il nos âmes.

*

Frères et soeurs,
voici 2000 ans que le Christ est né,
que le Sauveur nous a été donné,
annonçant et instaurant un règne de Justice,
de Vérité, d’Amour, de Lumière, de Douceur et de Paix.
A voir le monde tel qu’il est, on pourrait se prendre parfois,
sinon à désespérer, du moins à s’interroger :
Es-tu celui qui doit venir
ou devons-nous en attendre un autre ?
Oui, est-il pour nous celui qui devait venir et doit encore venir
ou sommes-nous encore à en attendre un autre ?
Et peut-être, qui sait, à ne plus attendre rien d’autre ?
La réponse de Jésus aux envoyés du Baptiste
vaut encore autant pour nous
que du jour où il a dit de la rapporter à Jean.
Et quelle est cette réponse ?
Les aveugles voient, les boiteux marchent,
les lépreux sont purifiés, les sourds entendent,
les morts ressuscitent
et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres (Mt 11,5).

Il est vrai que le monde reste toujours
aussi marqué par la faim, la violence, l’injustice et la division.
Et, à la vérité, le règne de la paix est loin d’être établi !
Mais est-ce bien là
tout ce que nous voyons et entendons (Mt 11,4) ?
Frères et soeurs, écoutons donc et regardons !
Nous étions tous, de quelque manière,
aveugles, boiteux, sourds, lépreux et pauvres.
Et peut-être parfois comme morts !
Comment, par nous-mêmes,
aurions-nous pu découvrir la lumière ?
Comment aurions-nous pu avancer seuls sur la bonne route ?
Entendre la vérité ? Guérir de nos fautes ?
Nous enrichir d’une Bonne Nouvelle ?
Retrouver le goût d’une vie immortelle ?

Et voici, nous en sommes témoins,
que le Christ est passé en nos vies.
Oui, après tant d’autres qui, depuis 2000 ans,
se sont mis à voir, marcher, entendre,
être guéris et enrichis, à revivre,
voilà que quelque chose d’essentiel a changé
sur la face de la terre et au plus profond de nos coeurs.
Oui, notre grand Dieu et Seigneur Jésus Christ
a réellement fait voir des aveugles,
entendre des sourds, marcher des boiteux ;
il a vraiment guéri des lépreux et évangélisé des pauvres.
Et que d’âmes mortes, par suite du péché, ont pu,
dès ici bas, ressusciter !
Actuellement encore, et ici même,
il nous donne à tous de voir, d’entendre, et de marcher.
D’être enseignés et pardonnés.
De revivre dans une promesse d’éternité.
Il nous faut savoir reconnaître et proclamer
la réalité de cette merveille !
Tours les jours, en nos propres vies et en celles d’autrui,
nous en sommes témoins.
Et en cet aujourd’hui,
nous nous plaisons une fois de plus à en rendre grâces.

*

Après la question de Jean Baptiste
éclairée par la réponse de Jésus,
alors et enfin, vient la question sur Jean Baptiste,
toujours posée par Jésus.
Elle vaut encore pour nous.
En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes,
il n’en a pas surgi de plus grand que Jean Baptiste (Mt 11,11).

Frères et soeurs,
ce n’est pas en vain que Jésus nous désigne ainsi,
parmi tous les hommes,
l’exemple incomparable de saint Jean Baptiste.
Car il a toujours quelque chose de capital à nous dire ;
un rôle essentiel à jouer dans nos vies.
L’Avent nous redit chaque année de ne pas l’oublier.

Il nous faut regarder Jean Baptiste.
Il nous faut le suivre et l’écouter.
Si le Seigneur, à la plénitude des temps (Ga 4,4),
a choisi ce petit enfant,
pour en faire le prophète du Très Haut (Lc 1,76),
c’est parce qu’il a voulu que ce précurseur
continue à préparer les voies du Seigneur (Mt 3,3)
pour la suite des temps.
Nul mieux que lui ne peut nous désigner l’Agneau de Dieu.
Nul mieux que lui ne peut nous enseigner
à faire décroître le moi en nous,
afin que le Christ grandisse (Jn 3,30).
Et nul comme lui ne saura mieux nous révéler
le secret de cette joie parfaite
dont il est le premier au monde à avoir su si bien parler.
En ce dimanche de Gaudete nous pouvons le supplier
d’intercéder pour nous auprès du Christ,
pour qu’il nous la donne, à nous aussi, cette joie,
comme promis, en plénitude (Jn 15,11 ; 16,22 ; 17,13).

Au seuil de la dernière année de ce millénaire,
il y a sans nul doute une grâce toute particulière
à revenir à l’écoute du plus grand des prophètes.
C’est lui qui nous montrera vraiment pourquoi
le plus petit dans le Royaume des cieux
est encore plus grand que lui
- lui, le plus grand des enfants des femmes (Mt 11,11) -,
car ce plus petit, le plus petit des tout petits
c’est - quel mystère - le Dieu éternel
devenu pour nous petit enfant.

Dans un an, cela fera 2000 ans.
Et dans quelques jours, ce sera aujourd’hui.
L’aujourd’hui du Dieu de toujours.





Méditer la Parole

13 décembre 1998

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 35,1-10

Psaume 145

Jacques 5,7-10

Matthieu 11,2-11

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