Saint Pierre et Saint Paul - C

Le «secret» du renouveau de l’Église

Quel bonheur de fêter aujourd’hui
ces deux colonnes de l’Église que sont Pierre et Paul.
Deux hommes qui, avec leurs fragilités et leurs pauvretés,
sont devenus des colonnes
parce qu’ils sont devenus un avec Jésus.
Deux hommes qui se sont livrés corps et âme
à l’Évangile jusqu’à verser leur sang à Rome
pour Pierre sur la colline du Vatican
et pour Paul, au-delà des portes de la ville, à Trefontane.

Nous nous confions à leur prière
pour que nous aussi nous perdions notre vie pour l’Évangile,
pour que nous servions par toute notre vie
la germination du Royaume
qui est la seule vraie espérance de notre modernité ;
pour que nous servions le Royaume en Église,
par l’Église,
en vivant du mystère de l’Église,
en l’aimant et en le servant.

Pour cela, laissons-nous enseigner
par les lectures de ce jour,
à commencer par les deux premières
qui sont de la main de Luc et de Paul lui-même.

Il y a dans ces deux lectures un contraste frappant,
Les Actes des Apôtres, d’abord,
nous conduisent à Jérusalem
au cœur de l’Église naissante.
Jacques, l’un des Douze, frère de Jean
vient d’être exécuté par Agrippa I,
petit-fils d’Hérode le Grand.
Ce dernier, voyant que cette exécution
faisait plaisir aux Juifs,
décide d’arrêter une autre figure marquante
parmi les apôtres de Jésus : Pierre.

Pierre se retrouve donc en prison,
dans le palais d’Hérode sans doute,
l'ancienne citadelle de David.

Que fait alors l’ekklesia, c'est-à-dire l’Église,
littéralement celle qui est «convoquée», «appelée» ?
Luc nous dit qu’une assemblée assez nombreuse
s’était réunie et priait (Ac 12,12)
dans la maison de la mère de Jean surnommé Marc,
très probablement le troisième évangéliste.
Ils s’étaient réunis et priaient.
Luc précise :
Tandis que Pierre était ainsi gardé en prison
la prière de l’ekklesia s’élevait pour lui
vers Dieu ardemment. (Ac 12,5)
Qu’il est beau ce peuple en prière pour son pasteur !
Ardemment hommes et femmes intercèdent pour l’apôtre.
Cela en dit long sur leur amour pour leur pasteur,
et sur leur sens de l’ekklesia.
Ils ne veulent pas être privés de celui
qui au milieu d’eux manifeste, signifie
la présence de Jésus.

*

De la main de Paul qui écrit à Timothée
son disciple bien-aimé,
nous avons l’écho d’une situation bien différente.
Nous sommes quinze ou vingt ans plus tard à Rome.
Paul s’y trouve dans une sorte de liberté surveillée
que lui vaut sa citoyenneté romaine.
Il proclame le Royaume de Dieu, raconte saint Luc,
et enseigne ce qui concerne le Seigneur Jésus
avec pleine assurance et sans obstacle (Ac 28,31).
Nous connaissons la hardiesse, la parrèsia
de Paul qui proclame l’Évangile
à temps et à contre temps (2 Tm 4,2).
On peut enchaîner Paul, mais
on ne peut enchaîner la Parole de Dieu (2 Tm 2,9).
car l’amour du Christ le presse (cf. 2 Co 5,14)!

Mais voici Paul jeté à nouveau dans l’épreuve
mais je n’en rougis pas, écrit-il à Timothée,
car je sais en qui j’ai mis ma foi (2 Tm 1,12).
Paul fait l’expérience de la solitude :
Tous ceux d’Asie, parmi lesquels Phygèle et Hermogéne,
se sont détournés de moi (1,15).
Et il confie à Timothée :
La première fois que j’ai eu à présenter ma défense,
personne ne m’a soutenu.
Tous m’ont abandonné.
Et d’ajouter : Qu’il ne leur en soit pas tenu rigueur.
Le Seigneur, lui, m’a assisté et m’a rempli de force
afin que par moi le message fut proclamé (2 Tm 4, 16-17).

Tous m’ont abandonné :
nous voilà dans un contexte bien différent
de celui de l’Église de Jérusalem qui soutenait Pierre
en plein feu de l’épreuve.
D’un côté voici le pasteur aimé, soutenu, porté par l’Église ;
de l’autre le voici seul, abandonné de l’Église.

Et nous frères et sœurs,
quel attachement avons-nous vis-à-vis des pasteurs
que le Seigneur nous donne ?
Est-ce que nous aimons nos pasteurs et prions pour eux ?
Non pas parce qu’ils nous plaisent
et que nous les considérons à notre goût,
mais parce qu’ils sont ceux que le Seigneur nous a donnés.
Non pas parce qu’ils sont parfaits et sans reproche
– Pierre ne l’était pas, loin de là ! –
mais parce qu’ils sont porteurs d’un appel
et d’une grâce particulière
qui se déploie dans leur faiblesse.

Cette fête de Pierre et de Paul
est une belle occasion
pour accueillir dans notre cœur et dans notre prière
les pasteurs que le Seigneur nous donne :

le successeur de l’apôtre Pierre, l’évêque de Rome
– lieu du martyre de Pierre –
qui préside à la charité des Églises, Benoît XVI,
et le successeur des apôtres
à qui le Seigneur a confié son ekklesia qui est à Montréal.
Notre évêque Jean Claude,
archevêque parce que Montréal doit exercer
un service d’unité vis-à-vis des diocèses voisins;
Cardinal parce qu’il a été appelé par l’évêque de Rome
pour être parmi ses proches conseillers
pour le bien de l’Église tout entière.

Et on pourrait ajouter les évêques auxiliaires:
Mais aussi les prêtres et les diacres
qui sont les collaborateurs de notre évêque
pour servir tout un peuple.

Suivez tous l’évêque comme Jésus-Christ suit son Père
écrivait saint Ignace d’Antioche, au IIe siècle,
et le presbytérium comme les apôtres,
quant aux diacres, respectez-les comme la loi de Dieu.
Que personne ne fasse en dehors de l’évêque
rien de ce qui regarde l’Église (cité par C.E.C. n° 896).

Oui, aujourd’hui remercions le Seigneur pour nos pasteurs
et prions pour eux !
Nous avons besoin de pasteurs :
nous avons besoin d’hommes à qui nous obéissons avec amour,
grâce auxquels nous faisons très concrètement l’expérience
que l’Église, nous ne pouvons nous l’approprier
comme si elle était à nous.
Il nous faut bannir de notre langage l’expression :
«mon Église».
N’est-ce pas ce à quoi nous invite
le titre même de la lettre de Paul VI
Ecclesiam Suam de 1964 ?
Ni le pape, ni un évêque,
ni nous-mêmes ne pouvons dire «mon Église» !

Quel malheur ce serait pour nous
si nous façonnions une Église
qui soit selon nos goûts, nos idées,
nos modes, nos théologies changeantes…
L’Église, nous la recevons comme un don de Dieu !

Personne ne peut se conférer à lui-même la grâce :
elle doit être donnée et offerte,
nous rappelle le Catéchisme de l’Église catholique (n° 875).
Cela suppose des ministres de la grâce
autorisés et habilités de la part du Christ.
De Lui, ils reçoivent la mission et la faculté
d’agir in persona Christi capitis.
Nous avons besoin d’hommes
qui manifestent la présence
du Christ-époux en face à face,
en union nuptiale,
avec l’Église-Épouse.
Nous avons besoin d’hommes
qui manifestent le Christ-tête
qui conduit dans l’amour et la vie
le corps tout entier.
Nous avons besoin d’eux
parce que nous avons besoin de Jésus !
Parce que nous vivons de Jésus
et que nous ne voulons pas être à nous-mêmes
notre propre loi, notre propre source de vie :
ce serait mourir asphyxié !

Tu es Pierre, dit Jésus à Pierre aujourd’hui,
et sur cette pierre je bâtirai mon Église (Mt 16,18).
C’est le choix de Jésus ;
c’est la volonté du Père ;
c’est l’œuvre de l’Esprit Saint.
L’Église est l’Église de Jésus,
et lui seul peut dire «mon Église».
c’est Lui qui la bâtit
prenant comme pierre le fragile Simon,
et cette Église, il nous la donne
pour que nous y devenions
des hommes et des femmes de communion.
Il nous la donne pour que nous nous y donnions.

Qu’elle est belle l’Église, frères et sœurs !
Belle dans le dessein de Dieu
que nous contemplons dans la prière ;
belle dans sa réalité en perpétuelle conversion
où la grâce de Dieu se déploie dans la faiblesse des humains.

La foi, la foi vive, ouvre nos yeux sur la beauté de l’Église.
C’est ce que Paul VI disait en ces termes :
«La conscience du mystère de l’Église
est le résultat d’une foi mûre et vécue.
Elle produit dans l’âme ce sens de l’Église
qui pénètre le chrétien grandi à l’école de la Parole divine,
nourri de la grâce des sacrements
et des inspirations ineffables du Paraclet» (E S, Ch. 3).
Ensemble choisissons, rechoisissons
l’attitude aimante, filiale, priante des chrétiens de Jérusalem
à l’égard de l’apôtre Pierre !
Ensemble choisissons cette obéissance
adulte et libre à l’égard des pasteurs.

Est-ce que cela fera obstacle au renouvellement intérieur
et à la conversion des pasteurs et de nous tous ?
Non, tout au contraire !
Paul VI était convaincu du contraire
et cela a porté les fruits que l’on sait.
Il écrivait en août 1964 :
«L’Église trouvera une jeunesse renouvelée
bien moins par un changement
dans l’appareil extérieur de ses lois
que grâce à une attitude prise à l’intime des âmes,
attitude d’obéissance au Christ
et du même coup de respect des lois
que l’église s’impose à elle-même
afin de suivre les traces du Christ.
Là, gît le secret de son renouveau,
là sa véritable ‘conversion’,
là son travail de perfectionnement.

La règle morale, (…) qui toujours se caractérisera
comme ‘la voie étroite’ dont nous parle Notre Seigneur,
nous demandera à nous, chrétiens modernes,
autant et même plus d’énergie morale
qu’aux chrétiens d’hier.
Elle devra nous trouver disposés à une obéissance
toute aussi nécessaire que par le passé
et peut-être plus difficile,
mais sûrement plus admirable,
fondée qu’elle sera sur des vues surnaturelles
plutôt que sur des motifs d’ordre naturel »
Et Paul VI concluait cet appel
à une obéissance adulte, libre, intelligente
à Jésus et à l’Église par ces termes :
«Le chrétien n’est pas un être mou et veule,
mais une personnalité ferme et fidèle» (ES, Ch. II).

Saint Pierre et Saint Paul,
pasteurs fidèles,
devenus obéissants jusqu’à la mort
et la mort du martyre,
priez pour nous,
apprenez-nous à prier pour nos pasteurs,
afin que nous devenions ensemble
de vrais enfants de l’Église
qui portent au monde l’Évangile de l’obéissance
qui est l’Évangile du Salut,
l’Évangile de la Résurrection.






Méditer la Parole

29 juin 2007

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Actes 12, 1-11

Psaume 33

2 Timothée 4, 6-8. 16-18

Matthieu 16,13-19

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