Dimanche des Rameaux

La Passion Trinitaire

Tout est donc fini. Ou plutôt accompli (Jn 19,30).
C’est pourtant maintenant que tout commence.

Frères et sœurs, ce rappel de la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ
ne doit pas nous laisser dans l’abattement, la tristesse,
voire la culpabilité, la révolte… ou l’indifférence.
Nous voici devant la plus grande œuvre et la plus grande preuve d’amour
jamais données et manifestées au monde (Jn 15,13).
Car c’est l’œuvre et la preuve
de l’Amour le plus pur et le plus fort qui puisse être,
puisque c’est celui de l’Amour trinitaire.
un Amour révélé dans l’infini de sa plénitude divine (Col 1,19).

Oui, voilà le sommet de l’insondable mystère :
la Passion tout entière est trinitaire !
Et c’est bien pour cela qu’au long des ans et jusque dans l’éternité,
nous sommes appelés à en contempler, à travers le transpercé (Jn 19,37),
comme dit l’apôtre Pierre :
l’admirable lumière (1 P 2,9).

*


La Passion de notre Rédemption est d’abord la Passion du Père.
Nous savons mal le dire parce que nous savons si peu le voir.
Mais, comme il est vrai que le Père lui-même nous aime (Jn 16,27) !
Dès l’origine, il a mis en nous le plus beau de son amour,
en nous créant à son image et comme sa ressemblance (Gn 1,26).
Tu as du prix à mes yeux et moi je t’aime (Is 43,4),
redit tout du long à chacun de nous le Père des miséricordes (2 Co 1,3).
Il est allé, pour cela, jusqu’à payer le prix le plus fort
pour le coûteux rachat de nos âmes (Ps 49,9).
Oui, Dieu a tant aimé le monde
qu’il lui a donné son Fils unique (Jn 3,16).
Voilà ce que l’apôtre Paul n’hésite pas à appeler, de son côté,
la preuve que Dieu nous aime (Rm 5,8).

Mais ce qu’il nous faut bien comprendre, c’est que
ce Fils bien-aimé en qui nous avons la Rédemption (Col 1,13-14)
n’est autre qu’un autre lui-même.
Il est Sa Parole vivante, le Resplendissement de Sa Gloire,
l’Image de Sa divinité invisible (Jn 1,1-2 ; He 1,3 ; Col 1,15),
lui qui peut dire : Le Père et moi, nous sommes un (Jn 10,30).

Non, il n’y a pas un Père impassible et justicier, assis au plus haut des cieux,
séparé d’un Fils incarné, subissant, en mission d’expiation,
les affres de la croix, jusqu’à l’héroïsme de la résignation.
Le Père vit et partage le même sacrifice rédempteur,
vécu jusqu’à la pire déchirure au plus profond de son être.
Sachez une bonne fois que le Père est en moi
et moi dans le Père (Jn 10,38).

Il y a dans la hauteur et la profondeur de cet amour divin
où le plus haut des cieux est descendu
jusqu’au plus bas de nos enfermements (Ph 2,6-8),
un mystère d’amour que nous n’avons
la force de comprendre, avec tous les saints (Ep 3,18),
que quand Dieu lui-même nous en dévoile la lumière (2 Co 3,12-4,6).
Un mystère pourtant déjà annoncé par le prophète Isaïe disant :
C’est toi YHWH qui est notre Père.
Notre Rédempteur, tel est ton nom depuis toujours ! (63,14).
Et c’est d’abord cela qu’en ce jour, bouleversés par Sa tendresse,
nous pouvons contempler en redisant :
Voyez quel grand amour nous a donné le Père
pour que nous soyons appelés enfants de Dieu
car — par la grâce de sa passion — nous le sommes (1 Jn 3,1).



*


Il est, bien sûr, plus facile à comprendre combien
la Passion rédemptrice est, par excellence, l’œuvre du Fils.
Mais elle l’est aussi comme l’expression la plus touchante
de l’amour trinitaire. Comment cela ?

De lui-même Jésus se donne.
Non seulement, il nous donne tout ce qu’il a :
sa présence, son temps, sa lumière, sa compassion,
sa parole qui est vérité et les signes authentifiant qu’il est bien
Dieu parmi les hommes et l’amour incarné descendu du ciel,
mais encore il se donne.
Et il se donne au nom du Père, pour lui, avec lui et en lui ;
parce qu’il partage la peine infinie qui est dans son cœur,
à cause de l’éloignement de ces brebis perdues
et de ces fils prodigues que nous sommes.

Il veut donc, à tout prix lui aussi — et avec l’Esprit —,
rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés (Jn 11,52).
C’est donc bien pour nous exprimer cet amour divin
qu’il s’est fait en tout semblable aux hommes (He 2,27) ;
devenant ainsi l’aîné de la multitude des frères (Rm 8,29),
appelés dès lors au partage de la même gloire trinitaire (Jn 17,10.22.24).
Dans une liberté de pleine communion avec la volonté du Père (Mt 26,39 ; Jn 4,34).

En vérité je vous le dis, tout ce que fait le Père,
le Fils le fait pareillement.
Comme le Père en effet ressuscite les morts et les rend à la vie,
ainsi le Fils de l’homme donne-t-il la vie à qui il veut…
afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père (Jn 5,19-23).
Ainsi Jésus a-t-il communié jusqu’à la lie
à la Passion du Père pour nous rendre à la vie et à la liberté.
Car, nous dit-il, si c’est le Fils qui vous rend libres,
vous serez vraiment libres (8,34).

C’est donc bien sans quitter le sein du Père
qu’il nous a valu le salut et la vie éternelle.
Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme,
alors vous comprendrez que moi, JE SUIS (8,27).
Lui qui a quitté ses disciples, devenus ses amis (15,15),
en leur disant mes petits enfants (13,33),
ne pouvait donc venir à nous (quel beau mystère !)
que comme un Fils, pour faire de nous de vrais enfants du Père.



*


Il peut paraître plus difficile de voir
que la Passion rédemptrice est également l’œuvre de l’Esprit.
Une fois terminé le discours des adieux,
tout traduit son absence en effet.
Où donc est-il l’esprit de consolation
au long de cette montée du creux de Gethsémani au rocher du Golgotha.

Frères et sœurs, il est, lui aussi, dans le Père et dans le Fils,
sceau brûlant et lien d’amour qui les unit.
Il vit et pleure dans le sein du Père.
Il vit et compatit dans le cœur du Fils.
Jésus l’avait promis : Je prierai le Père et il vous donnera
un autre Défenseur pour être avec vous à jamais (Jn 14,16).
Mais il reste caché.
Il avait annoncé : L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom,
vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit (14,26).
Mais il demeure silencieux.
Et il avait même précisé : Il vous est bon que je m’en aille
car, si je ne pars pas, le Défenseur ne viendra pas à vous.
Mais si je pars, je vous l’enverrai (16,7).
Mais personne ne nous montre où il est.

L’Esprit Saint, lui aussi, attend donc son jour.
Mais il est là, dans la plénitude de l’Heure du Père et du Fils.
Il partage pleinement ce qui est en train de s’accomplir
et, une fois encore, sous son ombre (Lc 1,35).
Il est là, Esprit d’amour et d’unité,
vivant au plus intense la communion entre le Père et le Fils,
en éprouvant, à cette heure, cette déchirure d’amour
dont nous ne saurons que dans la lumière du ciel
ce qu’elle a pu être sur terre, à l’heure des ténèbres.

Mais comme il compatit, comme il participe !
Et comme il est, lui aussi, le Dieu sauveur et recréateur !
Il supporte le rejet de la Vérité, lui, l’Esprit de vérité (Jn 16,13).
Il subit le refus de la Vie, lui, le Donateur de toute vie.
Il est déchiré par la haine du monde (Jn 15,18.26),
lui dont le fruit est amour, joie, paix, serviabilité, bonté (Ga 5,22).
Il pâtit de notre esclavage de la mort et du péché,
car là où est l’Esprit, là est la liberté (2 Co 3,17).
Lui aussi en a été contristé.
Lui aussi a subi les assauts de l’esprit du mal.
Lui aussi s’est engagé dans la lutte contre le Prince de ce monde.

Il a donc vécu la Passion rédemptrice
en descendant jusqu’aux profondeurs divines
du Seigneur de la gloire expirant les bras en croix (1 Co 2,2-11).
Et quand l’heure est venue où Jésus, dans un grand cri,
a pu proclamer : Tout est accompli,
l’Esprit a été, tout à la fois, remis entre les mains du Père
et répandu à profusion dans nos cœurs (Lc 23,46 ; Rm 5,5),
couronnant ainsi le mystère du salut
tout illuminé par l’amour trinitaire.

*


Frères et sœurs, voilà comment Dieu, qui n’a jamais rien écrit,
a racheté notre Rédemption
en signant la cédule de notre dette (Col 2,14)
d’une seule croix
Mais de la croix d’un amour infini.
Triple et unique à la fois.
 

 

Méditer la Parole

20 mars 2005

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

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