15e semaine du Temps Ordinaire - C

La parole de douceur et de vie
qui sauve nos cœurs

Un parallèle étonnant peut être fait entre
la première lecture rappelant l’Exode et l’Évangile de ce jour
nous mentionnant la fuite de Jésus de devant ses ennemis.
Les Pharisiens se réunirent contre Jésus,
nous dit saint Matthieu,
pour voir comment le faire périr (Mt 12,14).
Pharaon et son armée étaient dressés contre le peuple élu
pour le maintenir asservi, nous dit le livre de l’Exode.
Jésus, l’ayant appris, quitta cet endroit.
Beaucoup de gens le suivirent et il les guérit tous (Mt 12,15).
Les fils d’Israël partirent
de la ville de Ramsès en direction de Succoth…
Une multitude disparate les accompagnait (Ex 12,37).

Le parallélisme est frappant.
Jésus, nouveau Moïse, est bien le libérateur
de ce peuple nouveau que nous sommes.
Le peuple des sauvés que sa parole, sa lumière et sa vie
conduisent à la liberté.

Ce qu’annonçait le prophète Isaïe s’est réalisé en vérité.
Dieu, disait à travers la voix du prophète :
Voici mon serviteur que je choisis,
mon Bien-aimé en qui j’ai mis toute ma joie.
Je ferai reposer sur lui mon Esprit ;
aux nations il fera connaître le jugement.
Et, un jour, sur les bords du Jourdain,
une voix venue du ciel a retenti en effet,
au moment même où l’Esprit descendait sur lui :
Celui-ci est mon Fils bien-aimé
en qui j’ai mis mes complaisances. Écoutez-le.
Aujourd’hui encore, à tous ceux qui ont voulu
lui ouvrir les oreilles de leur cœur,
comme ces gens dont parle l’Évangile,
marchant à sa suite,
il partage la grâce de sa lumière
et son pouvoir de guérison.

Frères et sœurs, c’est cette voix, cette Parole,
vivante et éternelle,
cette Parole ancienne et toujours nouvelle
que nous écoutons encore en ce jour,
dans le secret de notre foi.
Et la suite de l’Évangile nous donne à comprendre
de quelle manière en effet se laisse entendre cette voix :
Il ne protestera pas ;
il ne criera pas ;
on n’entendra pas sa voix sur les places publiques.
Il n’écrasera pas le roseau froissé,
il n’éteindra pas la mèche qui faiblit,
jusqu’à ce qu’il ait fait triompher le jugement.

*

De fait, depuis vingt siècles,
cette prophétie se réalise également !
On n’entend pas,
on n’entend plus la voix du Christ proclamer,
crier ou protester, comme cela a pu être le cas
sur l’esplanade du Temple ou sur les routes de Galilée.
Nous n’avons pas à nous en étonner et moins encore
à nous en désespérer ou nous en scandaliser.
Cela était prévu ! Cela était écrit et annoncé !

Mais sa Parole, de fait, traverse encore les siècles
et, une fois de plus, elle nous rassemble,
car c’est celle d’un Dieu de paix et d’unité.
Elle ne secoue pas les carrefours cependant.
Elle ne retentit pas avec force dans les rues.
Elle ne résonne plus sur les chemins.
Mais elle fait mieux ; elle touche les cœurs
qui veulent bien s’ouvrir à l’appel de cette voix.
Car c’est la voix d’un Dieu d’amour.

Et elle anime nos vies
qui, à leur tour, vont marcher dans les rues,
traverser les places, croiser les carrefours,
parcourir les routes,
pour témoigner de son amour pour nous
et annoncer la Bonne Nouvelle du salut
qui nous libère au fond des cœurs.
Et là, il n’est pas demandé
d’écraser le roseau froissé,
d’éteindre la mèche qui faiblit.
Mais au contraire, de fortifier les âmes hésitantes,
de réconforter les cœurs meurtris, les esprits abattus,
et de souffler sur les braises de l’amour endormi. ?
Le ciel et la terre passeront.
La Parole du Christ ne passera pas.

*

Et de fait, nous voyons, là aussi, se réaliser la promesse !
Les siècles ont disparu.
Les places publiques ont été envahies de cris,
souvent superficiels, parfois agressifs ;
les rues, de roulements de chars
ou de défilés provocateurs ou dérisoires ;
les carrefours ont résonné
du bruit des bottes et des airs de fêtes…
La terre entière a retenti de mille bruits.
Les empires ont croulé ;
les révolutions se sont éteintes.
Les pouvoirs et les idéologies se sont succédés ;
les armées sont passées ;
les générations ont trépassé.
Tout s’est passé. Tout a passé (1 Co 7,30).
Les mille cris de la vie qui naît, souffre et meurt,
qui aime, se bat, pleure, triomphe,
les mille cris de la vie qui exulte ou désespère
se sont tus. Et, à travers tout cela,
Dieu n’a pas abandonné son peuple.
Il a même entendu nos cris de joie et y a consonné,
et nos cris de peine et y a compati.

Mais, par dessus tout,
demeure le murmure d’une brise légère (1 R 19).
Il demeure le son de la voix du serviteur choisi.
Du Bien-aimé en qui le Père a mis toute sa joie (Mt 12,18).
Du Christ, doux et humble de cœur,
qui nous conduit, au fil des ans, vers la vérité tout entière
et renouvelle pour nous,au long des jours,
le don surabondant de son amour
et de cette vie qui sera un jour éternelle.

Si faibles que nous soyons,
il ne froissera pas le roseau de notre cœur.
Si éteints que nous soyons,
il n’éteindra pas la mèche de notre foi.
Il est dit aussi, tout à la fin de l’Évangile de ce jour :
Les nations païennes
mettront leur espoir en son nom (Mt 12,21).
C’est à la fois une promesse d’avenir
et la constatation d’une réalité présente !

Oui, frères et sœurs,
Dieu veut vraiment que tous les hommes soient sauvés,
à commencer par ces pharisiens et docteurs de la loi
qui ont tout fait pour l’arrêter !
La douceur de sa parole
n’a pas fini de posséder la terre de nos cœurs (Mt 5,4) !






Méditer la Parole

21 juillet 2007

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

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Matthieu 12,14-21

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