Dimanche des Rameaux

Au seul nom de l’amour

Alors, s’étant assis, ils restaient là, à regarder (Mt 27,36).
Nous savons à présent le pourquoi de cette mort
qui dépasse, à l’évidence, toute explication humaine.
Ce n’est pas parce que tout un monde s’est dressé contre lui
que Jésus a dû subir le supplice de la croix.
Même si, tour à tour et en même temps, le grand prêtre, le Sanhédrin, Hérode, Pilate
se sont ligués contre lui (ac 4,27).
Certes, il y a eu la trahison de Judas, l’abandon des apôtres,
les hurlements de la foule et un ordre de crucifixion.
Mais tous se sont renvoyés l’un à l’autre
la responsabilité ultime de cette mise en croix.

L’explication ultérieure, nous le savons, n’est pas là.
Et c’est Jésus lui-même qui nous la révèle :
Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne (Jn 10,18).

 

 

*



Quelle lumière, soudain, sur la ténèbre du Golgotha (Mt 27,45) !
Ce n’est qu’en contemplant
l’infinie liberté de ce don sans mesure
que nous pouvons avancer dans la compréhension de ce mystère.
La compréhension de ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur
de cet amour du Christ qui surpasse toute connaissance (Ep 3,18-19).
Oui, Dieu seul peut nous faire la grâce
de sentir, un peu, pourquoi
c’est par la folie du message
qu’il a plu à Dieu de sauver les croyants (1 Co 1,21).

Tel est bien notre drame en effet.
Nous devons tous mourir du fait que nous sommes tous pécheurs (Rm 5,12)
et que le salaire du péché c’est la mort (Rm 6,23).
Mais Dieu est Vie et Dieu est Amour (1 Jn 4,8 ; 5,12).
Par amour pour nous, il a donc tout rempli de sa vie.
Et comme nous étions enfoncés dans les eaux de la mort,
il a plongé pour nous au plus profond de cette mort.
S’étant comporté comme un homme,
il s’abaissa plus encore
en se faisant obéissant jusqu’à la mort
et à la mort sur une croix (Ph 2,7-8).
Il est vraiment descendu jusqu’au plus bas de nos enfers.

 


*



Suprême liberté ! Immensité de la compassion !
Débordement de tendresse. Manifestation de Toute-Puissance !
Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé (Rm 5,20).
Regardez : Le Père nous a donné son Fils,
pour que nous devenions enfants de Dieu (Rm 8,16.32).
Le Fils nous a donné sa vie,
pour que nous puissions offrir la nôtre,
comme des vivants revenus de la mort (Rm 6,13).
La vie du Christ nous a valu l’Esprit,
pour que nous puissions renaître à une vie nouvelle
et pouvoir dire : Abba, Père.
Ainsi Celui qui est descendu nous chercher au plus profond
est remonté pour nous entraîner à sa suite
au plus haut des cieux (Ep 4,10).

Indicible merveille !
Non seulement le Dieu-Créateur
s’est fait parmi nous le premier-né de toute créature ;
mais encore le Dieu-Sauveur
s’est fait pour nous le premier-né d’entre les morts (Col 1,15.18).

 


*



Dès lors, la mort n’est plus mortelle !
Le Fils de Dieu l’a remplie de sa présence.
Elle n’est plus un trou noir, au terme de nos routes.
Le Seigneur l’a illuminée au feu de son amour.
Elle n’est plus la fin qui clôture notre existence.
Elle est une naissance au Jour de Dieu.

Oui, Dieu a tant aimé le monde
qu’il lui a donné son Fils unique
pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas
mais obtienne la vie éternelle (Jn 3,16).
Voilà la pleine lumière et la vérité tout entière.
La preuve, cette fois, comme dit l’Écriture,
non pas que Dieu existe — ce que toutes les religions savent —
mais qu’il nous aime ; puisque le Christ,
alors que nous étions pécheurs, est mort pour nous (Rm 5,8).

 


*



Quel lumineux mystère !
«La source de la vie est venue jusqu’à nous, dit saint Augustin,
elle est morte pour nous.
Va-t-il nous refuser la vie,
Celui qui, pour nous, a offert de mourir ?
Non, le Sauveur est venu.
Il est mort et il a tué la mort.
En lui, il l’a assumée et il l’a tuée.
Où donc est maintenant la mort ?
Cherche-la dans la Christ, continue saint Augustin.
Elle n’y est plus. Elle y a été, mais elle est morte en lui.
O Vie ! ô mort de la mort !
Frères, reprenez courage, la mort mourra aussi en vous.
Ce qui a été accompli en Christ, Tête de tout le Corps
s’accomplira aussi en vous, les membres de son Corps» .

 


*



Oui, frères et sœurs, notre espérance va jusque-là.
Même si le salaire du péché reste la mort
— et nous devons tous encore mourir un jour, c’est vrai —
le don gratuit de Dieu c’est la Vie éternelle
dans le Christ Jésus notre Seigneur (Rm 6,23).

Si nous vivons donc dans la foi et l’amour (Ga 5,6),
nous ne finirons pas dans la mort ;
c’est la mort qui mourra en nous !
Le jour où nous la subirons nous la vivrons !
Le jour où elle nous saisira, c’est Dieu qui nous accueillera.
Nous n’entrerons dans la nuit de l’agonie
que pour passer dans l’au-delà de lumière.
Nous aussi nous pouvons le chanter :
Si nous mourons avec le Christ, avec lui nous vivrons.
Si nous souffrons avec le Christ, avec lui nous régnerons (2 Tm 2,11).
En vérité, en vérité je vous le dis,
si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort (Jn 8,51).
Le tunnel apparent se transformera en chemin de Pâques.
Qui croit en moi, fût-il mort, vivra.
Et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais (11,25-26).
L’adieu à cette terre sera un salut au jour sans fin.

 

 

*



Nous savons maintenant pourquoi Jésus,
l’Envoyé du ciel, le Fils du Père, le Dieu d’avant les siècles
a voulu, par fol amour, assumer notre humanité
jusqu’à épouser notre mort corporelle.
Nous comprenons à présent pourquoi,
dès l’instant où le Christ a vécu sa mort,
c’est le triomphe de la vie qui a jailli de sa croix.
À peine a-t-il donné sa vie, que se passe-t-il en effet ?
Les rochers se fendent. Les tombeaux s’ouvrent.
Les morts se relèvent. La terre tremble.
Quelle théophanie !
Et la Ville sainte entend un centurion païen
proclamer la foi nouvelle :
Vraiment celui-ci était Fils de Dieu ! (Mt 27,51-54).
Quelle profession de foi
en l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ Notre Seigneur (Rm 8,39) !

 


*



Béni sois-tu, ô Fils de Dieu, qui as triomphé de la mort.
Et béni sois-tu, ô mort, qui nous as révélé l’amour du Fils de Dieu.
Ta mort nous a donné la preuve de ton divin Amour.
Que notre mort nous ouvre au partage de ce même Amour !
 

 

 

Méditer la Parole

28 mars 1999

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 50, 4-7

Psaume 21

Philippiens 2, 6-11

Matthieu 26-27

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