1e semaine de l’Avent - A

Au premier jour de l’année liturgique,
nous contemplons la fin de l’Histoire.
Nous sommes tournés vers le Christ total,
en son avènement de gloire,
quand il prendra possession de son règne.
Au premier jour de l’Avent,
nous admirons le Jour du Fils de l’Homme.
Ce n’est que peu à peu que nous plongerons
dans les profondeurs de l’Histoire
pour remonter le cours d’une longue attente,
pour revisiter notre mémoire,
pour gorger notre espérance d’un désir plus continu,
plus pressant, plus ardent.

Pour l’heure, nous sommes placés au seuil.
Sur la crête la plus haute.
À la pointe la plus avancée.
Et nous regardons l’immense.
Au rivage ultime où la liturgie nous transporte,
nous voyons s’avancer vers nous
Celui qui est, qui était et qui vient.
Bientôt la rencontre.
Bientôt l’étreinte.
Bientôt l’embrasement.
Bientôt l’éveil,
quand toute chair dira : «Abba !»
Car tout se rapporte à ce Nom.
Dans le tumulte des siècles,
dans le choc des planètes,
dans l’évolution des espèces,
un soupir frissonne,
un frémissement balbutie Le Nom
éternellement contenu dans Le Verbe :
«Abba !»

Contemplons donc ce que la liturgie nous montre.
Contemplons pour comprendre.
Ayant compris, discernons à quoi nous sommes invités.

*

Le prophète Isaïe peint un ébranlement universel des peuples.
Jérusalem surélevée «en tête des montagnes»,
son temple sera le point de mire de «toutes les nations».
Un désir unique portera cette gigantesque progression,
cette majestueuse ascension :
«connaître les chemins de Dieu,
et suivre ses sentiers».
En clair, faire accéder la liberté à son ordre,
l’établir en son siège : le Bien.
Alors tout le génie déployé pour la guerre
sera investi dans la paix :
«De leurs épées ils forgeront des socs de charrue.»
La Parole de Dieu en effet aura été entendue,
elle qui «vient de Jérusalem».

Contemplons cette sorte d’assomption de tout l’humain.
Trouvons la paix à voir ce soulèvement
qui achemine l’humanité
vers le lieu d’où vient la Parole de Dieu.
Jérusalem s’efface derrière la bouche du Très-Haut.
Car toute parole sort de la bouche du Très-Haut.
La bouche du Très-Haut est sur Sa face.
Les peuples montent vers la Face de Dieu.
Il a déjà tourné vers nous Sa face.
Son regard attire vers un face à face.

Saint Paul, lui, nous met au bord d’un basculement.
«C’est le moment !»
«L’heure est venue.»
Non pas un moment de plus dans la durée ;
pas davantage un instant d’exception
dans le temps mesuré, quantifié.
Mais l’irruption d’un temps qualifié.
Le temps de la gloire.
L’heure définitive où tout sera transfiguré.
Où rien d’obscur, de nocturne
ne subsistera dans Le Jour.
Alors le feu reconnaîtra le feu.
Alors la lumière participera à la lumière.
Alors l’amour entrera dans l’amour.
Jour de délivrance
pour les cœurs de feu, de lumière et d’amour.
Jour de colère
pour les cœurs de glace, de ténèbres et de jalousie.
«C’est le moment !»
«Revêtez le Seigneur Jésus-Christ !»
Habillez-vous, tout entiers,
à l’intérieur comme à l’extérieur,
de l’«Amen» filial.
Un ébranlement universel chez Isaïe ;
un basculement imminent chez saint Paul .
Un glissement subreptice, enfin, dans l’Évangile :
le monde va son train.
On achète, on vend, on mange, on bâtit, on se marie.
On ne s’aperçoit de rien.
«Deux sont aux champs : l’un est pris, l’autre laissé.»
Comme fond la cire en face du feu,
ainsi fondent les impies devant la face de Dieu.
La densité réelle de toutes choses est manifestée
par une unique pesée, celle de l’amour.
«Mon poids, c’est mon amour» (Saint Augustin).
Tu as été pesé, tu as été trouvé léger,
le vent t’emporte comme de la bale.
Le feu dévore la paille, il respecte l’or.
Comme la rose que la nuit tient close
mais que le jour fait éclore,
sans bruit, sans déchirure,
ainsi le bouton fermé du monde
livrera sa fleur en ce Jour.

Un ébranlement qui est assomption ;
un basculement qui est illumination ;
un glissement qui est éclosion, naissance :
voilà ce que ce premier jour de l’Avent
nous donne à contempler.

*

Comprenons donc que Noël
vers quoi nous nous acheminons
est un des actes par lesquels Dieu notre Père
réalise son dessein bienveillant.
Quel est-il ?
Nous conférer l’adoption filiale.
Faire de nous des fils en Jésus-Christ, le Fils unique.
S’il a envoyé son Fils dans le monde,
c’est pour le soulever vers Lui
dans un élan de grâce,
dans une énergie d’amour qui contrebalance sa pesanteur,
son orientation vers la mort et vers la nuit,
pour le restituer au jour.

C’est en nos vies,
en notre chair que l’ébranlement doit frémir,
que le basculement se prépare,
que la nouvelle naissance,
l’éclosion de vie doit se produire.
*

C’est pourquoi nous sommes invités
à discerner ce qui convient.
Nous sommes appelés à dépouiller le vieil homme,
à abandonner notre ancien genre de vie
pour nous renouveler
par une transformation spirituelle de notre jugement,
et revêtir l’homme nouveau,
créé selon Dieu dans la justice
et la sainteté de la vérité.

L’essence de la vigilance – «Veillez !» - est là.
Il ne s’agit ni d’abord de piété,
ni de dévotion, de théologie ou de morale,
il s’agit de vivre selon ce que nous sommes :
des prophètes du Seigneur.
Des êtres renouvelés dans le Saint Esprit,
porteurs pour le monde
d’une parole libératrice et régénérante,
une parole qui se dit d’abord dans le signe de la vie.
Nous serons prophètes si nous vivons
comme des fils du Jour,
comme des héritiers de la Résurrection,
comme des gens qui n’ont plus peur
parce qu’ils connaissent l’amour de leur Père.
Nous serons prophètes
de cette Paternité qui est le terme de tout
si nous vivons dans la fraternité.
Vivant du même amour qui nous engendre,
nous le signifierons en le partageant sans réserve
ni exclusive.
En portant les fardeaux les uns des autres,
comme de vrais frères,
nous accomplirons la loi du Christ.
Nous serons prophètes du Jour
si nous faisons disparaître toute rivalité de pouvoir
pour vivre dans l’accueil d’un amour en excès
qui transforme nos vies en geste de don.

*

Dieu d’amour,
Père des lumières,
envoie ton Verbe prendre chair en nous,
envoie ton Esprit transfigurer notre chair,
pour que ton Règne vienne !






Méditer la Parole

2 décembre 2007

Saint-Gervais, Paris

Frère Patrick

 

Frère Patrick

Lectures bibliques

Isaïe 2,1-5

Psaume 121

Romains 13,11-14

Matthieu 24,37-44

Imprimer l'homélie

Télécharger la version pdfTélécharger la version pdf