2e semaine de l’Avent - A

Le temps de l’Avent est porte ouverte sur l’espérance. En ce deuxième Dimanche, elle se fait exigeante. Dans la Lettre aux Romains, Paul nous en avertit : «Les Livres saints ont été écrits pour nous instruire, afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Écriture.» Deux lectures, celle du Premier Testament et l’évangile campent les deux protagonistes : le Messie à venir ; Jean-Baptiste qui le prépare.

À suivre Isaïe, nous sommes projetés dans un cadre presque féerique : les fauves devenus végétariens ! Une paix universelle. Est-ce le premier Paradis, celui d’avant le péché, ou le dernier à venir ? À entendre Jean-Baptiste, le Royaume de Dieu serait tout proche, mais c’est une volée de bois vert administrée aux pharisiens comme aux sadducéens. À bon entendeur, salut ! Cependant, l’espérance n’est pas morte. Tous ces hommes qui accourent au désert, cherchent la source : ils s’immergent dans le Jourdain pour être lavés de leurs péchés.

L’invincible espérance est inscrite au plus profond du cœur de l’homme : une soif de justice, soif d’un monde qui, depuis les temps les plus reculés, va de mutations en mutations, des espèces animales qui se complexifient, pour se dévorer entre elles, jusqu’à l’homme, intraitable avec son frère, à la fois loup et rapace. La loi du plus fort, ce terrible struggle for life semble régir l’univers : survie du plus fort au prix de la disparition du plus faible, à tous les niveaux. Et l’on reste interdit. Non, ce ne peut être le dernier mot de la création.

Un jour devra venir, où il ne se fera plus rien de mal. On veut y croire envers et contre tout, non seulement sur la sainte montagne, en des lieux privilégiés, mais partout et pour tous ! C’est une lame de fond qui traverse toute la Révélation, un roulis dans nos profondeurs.

Après la belle aquarelle aux tons pastels du prophète Isaïe, la page est tournée : «La Parole frappera le pays et le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant». Ici se réveille en chacun, surtout les opprimés, le sens de la justice, d’un règlement de compte !

En sa récente encyclique Spe salvi, «Sauvés en espérance». Benoît XVI le rappelle avec vigueur : L’exigence de justice absolue réclame le jugement dernier pour que la souffrance du monde soit anéantie... Le passé humain est convoqué dans tout ce qu’il a de bon et de terrible. Le jugement de Dieu intervient comme le contraire d’une force d’oubli, car il est impossible au regard de Dieu que les méchants siègent indistinctement à la table des victimes, comme si rien ne s’était passé. Cependant, l’image du jugement dernier n’est pas une image terrifiante, mais image d’espérance. Pour devenir définitivement capable de Dieu et pouvoir prendre place à la table du ciel, il faut traverser le feu, «accueillir cette domination de l’amour de Dieu sur tout le mal dans le monde et en nous», une brûlure qui transforme.
Cette brûlure transformante a un nom : dans l’au-delà, le Purgatoire ; en notre vie présente : la conversion. «Convertissez-vous !» Jean-Baptiste en a pris le chemin, s’étant retiré au désert, vivant une pauvreté radicale dans la nourriture, le vêtement, le dénuement. Il se fait violence à lui-même. Il avoue qu’un «plus fort» viendra après lui, et déjà s’humilie devant lui : «Je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales». Ce «plus fort», en fait, le surpassera en humilité.

Une double image en est l’illustration : un rameau, un enfant.
Le rameau sort d’une souche : on pense à une frêle pousse ; mais le mot signifie aussi une verge, un bâton et il ne tardera pas à le montrer ! Il est surtout porteur d’une grande espérance, car il sort non pas d’une souche, mais de racines – la généalogie de Jésus élucidera ses profondeurs : Jessé, Abraham, Adam ! –, il y puise une sève nourricière d’humanité ensemencée d’Esprit. Il est porteur d’un dynamisme fécond, car l’Esprit aux sept dons non seulement «reposera» sur lui, mais surtout va fructifier.

La deuxième image est non moins évocatrice : c’est celle de l’enfant qui conduit un troupeau vers une création nouvelle, réconciliée, une œuvre qui surpasse radicalement les efforts humains, le loup cohabite avec l’agneau, le veau et le lionceau nourris ensemble ; bref, l’eau et le feu. Ici, reconnaissons Jésus lui-même dans l’enfant que Marie, dont nous venons de fêter l’Immaculée conception, porte en son sein. Il est l’attente des nations, la grande espérance pour le monde. Nous sommes sauvés en espérance, nous redit, au nom de Jésus, notre pape Benoît XVI. De cette espérance, soyons témoins.




 

Méditer la Parole

9 décembre 2007

Magdala, Sologne

Frère Pierre

 

Frère Pierre

Lectures bibliques

Isaïe 11,1-10

Psaume 71

Romains 15,4-9

Matthieu 3,1-12

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