2e semaine de l’Avent - A

L’Avent du salut déjà venu et toujours attendu

La vision enthousiaste du prophète Isaïe
annonçant un monde à venir
parfaitement réconcilié avec lui-même
où tout se vivrait dans la joie de la convivialité et de la paix,
serait-elle trop idyllique pour ne pas dire utopique ?

Huit siècles plus tard, en tout cas,
voici qu’un rameau issu de la souche de Jessé
est annoncé en la personne de Jésus.
Comme un rejeton jailli de ses racines,
un enfant du nom d’Emmanuel est attendu
en qui on pourra reconnaître le Sauveur du monde Jn 4,42).
Sur lui doit reposer l’Esprit du Seigneur,
avec la plénitude de ses dons (Is 11,1-3)….

Mais c’est dans les solitudes arides du désert de Juda
que la liturgie de ce jour nous ramène pour écouter la suite !
Et là, c’est une voix qui crie à travers le désert
que nous entendons retentir encore (Is 40,3 ; Mt 33 ; Jn 1,23).
Pourquoi redescendre en ces profondeurs (Ps 129,1) ?

*


Le désert de Juda !
C’est là que coule, au fond de la dépression du Jourdain
le fleuve le plus bas du monde.
Et c’est là aussi qu’est descendu
pour vivre parmi les solitudes
depuis Jérusalem, la ville sise au sommet des monts,
où il a grandi, le fils d’Élisabeth et de Zacharie.
Son nom est Jean (Lc 1,60 ; Jn 1,6).

Ce fils de la descendante d’Aaron
et du prêtre préposé au service de l’autel, dans le Temple,
resté longtemps muet après l’apparition de l’ange,
aurait-il définitivement choisi de s’isoler et de se taire ?
Mais rien n’attire plus les hommes
qu’un authentique fou de Dieu !
Cette lampe qui brille dans la nuit (Jn 5,35)
a un tel éclat de sainteté qu’on en perçoit vite la lumière
depuis les remparts de la cité.
Alors, nous est-il dit, Jérusalem, toute la Judée
et toute la région du Jourdain viennent à lui (Mt 3,5).
Et la voix du Précurseur
reprenant textuellement celle du prophète,
monte à nouveau du désert et crie :
Préparez les chemins du Seigneur,
aplanissez sa route (Is 40,3 ; Mt 3,1-2).
Convertissez-vous,
car le Royaume des cieux est tout proche (Jn 1,23).

Aux pieds du Précurseur, venu comme témoin
pour rendre témoignage à la lumière,
sans être pour autant lui-même la lumière (Jn 1,8) ;
les voilà donc tous rassemblés :
les prêtres qui célèbrent dans le Temple,
les lévites qui servent à l’autel,
les scribes qui interprètent les Écritures,
les docteurs de la Loi qui cherchent,
les Pharisiens qui veulent vivre en justes,
les Sadducéens qui contestent, arc-boutés sur la tradition,
les publicains, les soldats et toute une foule de gens,
tous en attente du salut annoncé.

Nous pouvons donc à notre tous, frères et sœurs,
prendre place au milieu d’eux !
Jean-Baptiste n’est-il pas toujours là
pour nous désigner le Christ ?
Et voici que la voix de celui qui a vu l’Esprit
tel une colombe, descendre du ciel
et demeurer sur lui (Jn 1,32),
remonte effectivement jusqu’à nous.
Alors, nous aussi, ouvrant les yeux de notre cœur,
dégageant de ce qui l’encombre la route de notre âme,
au-delà de nos peurs, de nos doutes, de nos médiocrités,
nous regardons du côté de ce ciel ouvert.
Et, comme Jean, éclairés par la lumière de notre foi,
nous pouvons redire que nous croyons
que c’est lui le Fils de Dieu,
le Rédempteur de l’homme (Jn 1,34 ; Is 63,16).

*


Mais à voir le monde tel qu’il est
et nos vies comme elles cheminent,
peut-on dire que le salut est arrivé pour autant ?
Oui, nous sommes sauvés, comme le rappelle si bien,
en citant saint Paul, le pape Benoît XVI,
dans sa toute récente encyclique ;
mais c’est en espérance que nous le sommes .
Isaïe ne s’est donc pas trompé en annonçant la venue
de l’Emmanuel, Conseiller Merveilleux, Dieu Fort,
Père Éternel, Prince de la paix (7,14 ; 9,5).
Certes le loup et l’agneau, le veau et le lionceau,
la vache et l’ourse, l’enfant et le cobra n’ont pas encore
retrouvé la convivialité de la première création !
L’homme lui-même, comme on ne peut hélas que le constater,
demeure encore souvent «un loup pour l’homme».
Et, de partout, sévit toujours «la lutte pour la vie»,
ou contre la vie .

Mais le salut est en marche (He 5,9) !
Et sa marche ne s’arrêtera pas.
Le Christ en a posé les fondements (1 Co 3,11).
On peut bâtir dessus !
Le Messie annoncé est bien venu.
Nous avons ses paroles de vie éternelle (Jn 6,68).
À sa lumière, nous pouvons marcher dans la lumière (Jn 12,35-36).
Il nous a tous rendus à la fraternité universelle,
en nous révélant que Dieu, son Père, est vraiment notre Père ;
et qu’en lui, avec lui et par lui,
nous sommes réellement tous frères (Mt 23,8).
L’écoute de sa Parole nous conduit à la vérité.
Et l’accueil de cette vérité nous ouvre à la vraie liberté (Jn 8,22).

En Jésus-Christ, le péché est déjà pardonné,
et la mort, en lui, a été vaincue,
une fois pour toutes (Rm 6,10 ; He 7,27).
Nous voici renouvelés par sa grâce rédemptrice,
et tous promis au partage de sa gloire éternelle.
À chaque eucharistie, qui est mémorial de notre salut,
l’Église nous désigne le Christ Jésus en proclamant :
Voici l’Agneau de Dieu
voici celui qui enlève le péché du monde.
Et le Seigneur en personne
vient établir sa demeure en nos cœurs.

*


Mais le mal est toujours là !
Nous restons tiraillés, déchirés, comme Paul le reconnaît,
entre un mal que nous ne voulons pas
et commettons quand même,
et un bien que nous désirons
et n’arrivons pas à accomplir (Rm 7,14s).
Même sauvés, le monde reste blessé et l’homme meurtri.
Mille tentations nous assaillent et tenaillent nos vies.
La foi est un combat.
La charité exige un effort de chaque instant.
Nous espérons ce que nous ne voyons pas
et devons tous avancer en assumant l’épreuve
d’un Dieu que nous n’entendons ni ne voyons pas encore…

Frères et sœurs, tout cela est également vrai.
Mais le dernier mot – et c’est le cœur du message de l’Avent –
appartient toujours à l’espérance.
L’apôtre Paul nous a bien rappelé tout à l’heure que
tout ce que les livres saints ont dit avant nous
est écrit pour nous instruire
afin que nous possédions l’espérance
grâce à la persévérance et au courage
que donne l’Écriture (Rm 15,4).

Nous ne sommes donc pas réduits
à ne croire que dans la nuit de la foi.
Non ! elle illumine nos âmes !
Ou à espérer contre toute espérance !
Elle est la force de nos cœurs.
Avec la grâce du ciel, nous pouvons aimer Dieu
de tout notre cœur, de toute notre âme,
de toute notre force et de tout notre esprit
et notre prochain comme nous-même (Lc 10,27).
Nous pouvons accomplir du mieux possible notre devoir d’état
en travaillant honnêtement et en marchant avec droiture (Mi 6,8).
Mais Jean Baptiste, aujourd’hui, nous invite
à aller plus loin encore et à en faire davantage.
Convertissez-vous, nous crie-t-il,
car le Royaume des cieux est tout proche !
Et cela, non plus depuis les profondeurs du Jourdain,
mais depuis le ciel où il est entré dans la gloire.
Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez la route (Mt 3,1-3).

Voilà l’Avent, frères et sœurs !
Le Seigneur attend de nous que nous collaborions activement
à son œuvre de salut.
Oui, le Sauveur est venu. Mais il nous faut encore et toujours
l’accueillir au plus profond de notre cœur.
Et révéler sa Présence à ceux qui l’ignorent alentour
en leur redisant : Au milieu de vous,
il est Quelqu’un que vous ne connaissez pas ! (Jn 1,26).

Oui, voilà l’Avent !
Nous convertir encore et toujours à vivre selon l’Évangile
en devenant par là des messagers de ce même Évangile
Quel pas en avant le monde ferait
si tous les chrétiens du monde, à chaque Avent,
s’éveillaient, comme il nous l’est demandé
par le Dieu Sauveur en personne,
à un peu plus de prière, de justice, d’amour,
de droiture de vie, de joie partagée
et de paix vécue au fond des cœurs !

*


Comme il serait beau que ce temps de grâce
puisse rapprocher, dans l’attente partagée du même salut,
tous les hommes de bonne volonté.
Le penseur juif Edmond Fleg
pensant au premier Israël, toujours en attente du Messie
et à l’Église de Dieu,espérant toujours le retour du Messie,
a dit cela d’une belle manière :
«Et maintenant, tous deux vous attendez,
toi, le juif, qu’il vienne, et toi, le chrétien, qu’il revienne.
Mais c’est la même paix que vous lui demandez.
Et vos deux mains, qu’il vienne ou qu’il revienne,
dans le même amour que vous les lui tendez.
Qu’importe donc ! De l’une ou l’autre rive,
faites qu’il arrive, faites qu’il arrive !

Maranatha, oh oui, viens, Seigneur Jésus !




 

Méditer la Parole

9 décembre 2007

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 11,1-10

Psaume 71

Romains 15,4-9

Matthieu 3,1-12

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