3e semaine de l’Avent - A

Magnificat !

À l’avant-veille de la Nativité du Christ,
le chant d’action de grâces de Marie
prend des résonances toutes particulières.

*



Nouvelle Ève, elle parle d’abord au nom de tous les hommes.
Elle se fait le porte-parole de la longue suite millénaire
dont la généalogie de Luc, si humaine et si universelle,
nous rappelle l’attente depuis les origines (Lc 3,13-38).
Il va donc venir le Christ nouvel Adam
dont la Nativité sera le salut du premier Adam
et de tous ses descendants sur cette terre assoiffée de salut.

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Fille d’Israël, Marie parle ensuite
au nom de tout le peuple de Dieu.
Elle se fait porte-parole de la longue suite séculaire
dont la généalogie de Matthieu, avec la mention
de tous les ancêtres du Christ, se fait aussi l’écho.
Il va donc venir au terme de ces six grands «jours» symboliques,
dont chacun d’eux, est-il écrit, est comme mille ans.
Oui, il va venir au terme de cette «semaine» inaugurale,
le nouveau Maître du nouveau sabbat.
Et elle le salue aujourd’hui, dans la lumière de la foi,
avant même le premier cri de son premier jour,
lui qui est, avant qu’Abraham apparût (Jn 8,58).
Car Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,
de la promesse faute à nos pères
en faveur d’Abraham et de sa race à jamais (Lc 1,54-55).

*



Porteuse de celui qui porte tout, Marie parle au nom de Zacharie,
témoin, dans ses vieux jours (après la disparition progressive
des prophètes, des sages, des juges et des rois),
témoin de ce dernier petit reste
de l’espérance du sacerdoce, encore fidèle au poste.
Les temps sont accomplis. On est à l’avant-dernière heure.
Zacharie peut rester muet Bientôt c’est le Verbe qui va parler.
Le nom de Jean est donné, disant la gratuité du don de Dieu.
Marie aujourd’hui célèbre déjà,
dans l’offrande du fruit de ses entrailles,
le Christ Souverain Prêtre compatissant et rédempteur (He 2,17)
dpnt la miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent (Lc 1,50).

*



Elle parle au nom d’Élisabeth,
dernier témoin dans sa vieillesse et sa stérilité
de ce peuple élu, usé par son attente humaine
et ses infidélités à Dieu.
Car aujourd’hui l’espérance d’Ève et le rire de Sarah ;
les soupirs de Rébecca , les larmes de Rachel, les rêves de Ruth ;
les prières d’Anne offrant déjà avec son fils Samuel
les prémices du pain et du vin ;
les cris de Judith, les peurs d’Esther
et les insomnies de la Sulamite,
cherchant partout le bien-aimé dans les rues de la ville,
trouvent enfin leur point d’achèvement.

La nouvelle alliance salue l’ancienne.
Au signe que porte Élisabeth se joint le témoignage de Marie.
Et la bonne nouvelle reçue
devient déjà la bonne nouvelle annoncée :
Élisabeth a exulté. Marie, elle, peut exalter le Très-Haut
dont elle porte en elle le Fils très saint (Lc 1,35).
Dans la joie et l’humilité, pleine de charité, elle peut chanter :
Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.
Il s’est penché sur son humble servante,
désormais tous les âges me diront bienheureuse.

*



Au nom de Joseph, elle peut rendre grâce.
Lui qui a été tourmenté dans son cœur à cause d’elle,
lui qui a été bouleversé dans son âme comme elle,
lui qui a été déchiré dans son esprit tout près d’elle,
il a fini par accepter le plus grand amour,
la plus haute justice et la foi impossible.
Mais rien n’est impossible à Dieu.
Il est bien le père de Jésus,
puisqu’il lui donnera son nom (Mt 1,21-25).
Il est bien son époux à elle puisqu’il consent, comme elle,
à la pleine volonté du Père par quoi se donne
toute vraie filiation (Ep 3,14-15).
Il pourra librement grandir en taille, en sagesse et en grâce,
devant Dieu et devant les hommes, ce Jésus,
le fils du charpentier (Mc 6,3 ; Jn 6,42)
et le fils de Marie qui loua le Père du ciel en disant :
Le Puissant fit pour moi des merveilles,
saint est son nom (Lc 1,49).

*



C’est ainsi, frères et sœurs,
que Marie a rendu grâce et tressailli de joie
à l’aurore des temps nouveaux.
À l’heure ultime de cette nuit la plus longue
dans l’histoire de notre salut,
de cette nuit dont chaque 22 décembre, au solstice d’hiver,
se fait comme un vibrant écho.

Laissons-la donc porter
notre supplication et notre action de grâce
puisqu’elle est notre mère, la première rachetée ;
et qu’elle a trouvé grâce aux yeux de Dieu (Lc 1,30).
Celui qui déploie la force de son bras
et disperse les superbes,
Il renverse les puissants de leur trône,
Il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides (Lc 1,51-53).
Il est la Parole. Il est la Lumière. Il est la Vie.
Nous allons bientôt pouvoir entendre son Verbe.
Nous allons bientôt pouvoir marcher à sa Lumière (Jn 12,35-36).
Nous allons goûter à sa Vie,
en recevant tous de sa Plénitude (Jn 1,16).

*



Il nous suffit pour l’heure de retenir nos voix ;
d’avancer encore un peu dans l’ombre,
en espérant la Vie éternelle promise.
Marie, aujourd’hui, chante en notre nom à tous,
depuis Adam jusqu’à Zacharie,
avec Abraham, David, Élisabeth et Joseph,
toutes les saintes femmes, tous les sages,
tous les prophètes, tous les prêtres, tous les rois
et tout le peuple des anawim.
Elle chante, avec tous ceux et celles qui la précèdent,
le Cantique que chaque jour reprendront
tous ceux et celles qui la suivent, d’âge en âge (Lc 1,50).
Redisant avec elle : Maranatha !
à Celui qui est déjà venu et qui revient.
Ceux et celles qui, avec elle et pour elle, chaque soir,
comme nous-mêmes ce soir encore, redisent à Dieu :
Magnificat !

Le Seigneur fit pour nous des merveilles ;
saint est son nom !



 

Méditer la Parole

22 décembre 2007

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

1 Samuel 1, 24-28; 2, 1a

Psaume 33

-

Luc 1,46-59

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