3e semaine de l’Avent - A

Deux notes dominantes peuvent nous mettre dans la tonalité de ce dimanche : joie dans la foi, fermeté dans la patience.

La première note est donnée dès l’antienne d’ouverture : «Soyez dans la joie !» Gaudete. Ce mot a donné son nom à ce troisième dimanche de l’Avent : le Dimanche du Gaudete, le dimanche de la joie. Celle-ci éclate dans la première lecture tirée du Prophète Isaïe, une véritable hymne à la joie : «Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse ; qu’il exulte et crie de joie !» Et dans l’évangile : «La Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi.». Oui, ce dimanche est jour de fête, jour de joie : Un bonheur sans fin illuminera les visages. Un jour, douleur et plainte auront pris fin.

Cette joie est promise, bien que filtrée, sous le boisseau, pour Jean-Baptiste, dans le cachot sombre de la prison de Machéronte, où Hérode l’a relégué. Le Baptiste n’est cependant pas privé de toute lumière, puisqu’il envoie des disciples s’enquérir au sujet de Jésus : «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?» Sa question nous donne la mesure des doutes qui le taraudent : Aurais-je travaillé en vain ? Ces foules qui venaient à moi au désert pour le baptême, serait-ce un leurre ? N’ai-je pas fait fausse route ? Et ce Jésus, que j’ai baptisé... son étoile montait. Le grand prophète que je pressentais en lui, l’était-il en vérité? Il augurait un grand bonheur, qu’en est-il advenu ?

Jean est dans l’attente d’une réponse sur Jésus, pour lui, pour les hommes, pour les pécheurs que nous sommes. Sa patience semble être à bout. L’épreuve de la foi est cruciale, quand on ne voit pas le bout de la nuit : nuit du sens dans un tunnel, où les feux sont éteints ; dans ce cachot, nuit de l’esprit qui s’en prend à Dieu lui-même, lorsqu’il ne comprend plus rien. Jusques à quand ce marasme ? J’aspire à l’air libre à un vrai bonheur pour moi-même et pour autrui.

Jean tient bon, espère et prend patience. Son attente est forte, sans être fébrile. Il nous presse d’entrer, avec lui, dans la bienheureuse espérance, à l’attendre et à la préparer dans la patience.

Le bonheur, dit Dante, est «ce doux fruit que sur tant de rameaux va cherchant le souci des mortels». Et chacun tente de le cueillir en se mettant sur la pointe des pieds pour tâcher de l’appréhender, tout de suite, avant la saison, n’attendant pas qu’il soit mûr... Certes, cet élan vers le haut, de soi, n’est pas malsain : il procède d’un grand désir ; l’attentisme, à l’opposé, serait stérile, mauvais conseiller, pourvoyeur d’une passivité coupable : Dieu ne répond pas à mon attente, eh bien ! je me passerai de lui, je m’organiserai sans lui, je ferai ma vie : horizon borné, qui laisse insatisfait, et, en fin de compte, ne rend pas heureux. Ces deux extrêmes conduisent à une impasse : l’impatience devance l’heure de Dieu, fait murmurer contre la Providence ; l’attentisme, lui, est un vide que l’homme tente de combler par des faux-fuyants, des ersatz. «Patience et longueur de temps valent mieux que force et rage», dit le fabuliste ; sagesse tout humaine, mais pertinente.

Laissons-nous plutôt éclairer par la Parole de Dieu : «Sois calme devant le Seigneur, attends-le», conseille le psalmiste ; saint Jacques, aujourd’hui, délivre une parole de sagesse : «En attendant la venue du Seigneur, ayez de la patience. Voyez le cultivateur : il attend les produits de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la première et la dernière récolte. Soyez fermes, vous aussi, car la venue du Seigneur est proche.»

Au fond de sa prison, Jean s’interroge moins sur lui-même que sur le Christ ; par la bouche des émissaires envoyés par lui, il reçoit la réponse de l’Esprit-Saint qui a parlé par les prophètes : les promesses se réalisent en Jésus, le Grand Prophète. Dieu ne ment pas. Sa Parole est sûre. Le projet de Dieu sur l’humanité par lui s’accomplit, puisque «les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent et même les morts ressuscitent». Et c’est bien ce que nous sommes, par intermittence, à un moment ou à un autre ! La Vie est là. Le Règne de Dieu, celui que j’ai annoncé et préparé, se manifeste. Voilà donc bien présent le Désiré de tous les peuples, l’Époux, dont je suis l’ami, et qui a droit à la première place, celui pour qui j’ai préparé le chemin. C’est là ma joie. Elle est parfaite.

Toi aussi, prends patience, tiens bon : Sa venue ne saurait tarder. Il se fait proche. Maranatha, viens, Seigneur Jésus !




 

Méditer la Parole

16 décembre 2007

Magdala, Sologne

Frère Pierre

 

Frère Pierre

Lectures bibliques

Isaïe 35,1-6a,10

Psaume 145

Jacques 5,7-10

Matthieu 11,2-11

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