3e semaine de l’Avent - A

Exultons de Joie !

Nous avons sous les yeux une magnifique icône.
Un visage sobre,
sévère mais sans dureté,
exigeant mais serein,
présent et intériorisé,
lumineux et paisible :
Jean Baptiste.
Celui dont Jésus nous dit
qu’il est le plus grand
parmi les enfants des femmes (Lc 7,28).

Un homme qui ne ressemble pas à un roseau.
Il ne plie pas à tout vent de doctrines (Ep 4,14).
Il ne se laisse pas manipuler et influencer
par le courant et les modes
y compris les courants les plus religieux.
Un homme qui ne porte pas
– littéralement – d’habits moelleux,
ne vit que de l’essentiel et pour l’essentiel.
Un homme de Dieu !
Un homme fidèle à son Dieu et fidèle à Lui-même,
fidèle à sa mission.

Avec une foi inouïe,
il proclame que le Royaume de Dieu est proche.
Avec un courage et une liberté extraordinaires,
il prêche la conversion et baptise les foules.
Et il annonce avec clarté
celui qui vient (Mt 21,9),
celui qui baptise dans l’Esprit Saint (Jn 1,33)
et dans le Feu.
La pelle à vanner dans la main
il purifiera son aire
il rassemblera son blé dans le grenier.
la bale, il la brûlera au feu jamais éteint (Mt 3,12).
Oui, Jean annonce ce «baptême» de Feu,
il annonce le jugement imminent
il annonce la colère de Dieu
jusqu’à dire aux pharisiens et aux sadducéens :
«Qui vous a suggéré de fuir
loin de la colère qui vient ?» (Mt 3,7).

Jean est grand, le plus grand.
Jean est prophète et plus que prophète,
et pourtant, il est un plus petit dans le Royaume
qui est plus grand que lui (Mt 11,11).
Jean est grand, très grand,
mais il doit s’effacer – et il veut s’effacer –
devant ce «plus petit» qui vient derrière lui !
Jean doit s’effacer pour que paraisse ce plus petit,
pour que paraisse Celui qui va s’abaisser extrêmement,
et même divinement.

Jean s’efface, mais il s’efface en Jésus,
il s’efface pour nous conduire à Jésus.
Il n’a d’autre désir que de nous mener à Celui qui vient.
Comme un fleuve vient se jeter
et comme s’effacer dans l’océan,
Jean vient se jeter et nous jeter en Jésus.
Il consent à se perdre en Jésus.
Il laisse même ses propres paroles,
sa propre prédication
se jeter dans le mystère de Jésus
qui ne cesse de le surprendre.

*



Souvenons-nous :
Jean est en prison,
dans le cachot macabre de Machéronte
livré au bon merci d’un despote
fils d’un tyran sanguinaire et fou.
Là, Jean apprend par ses disciples
que Jésus multiplie les signes
et qu’il vient de ressusciter
le fils unique d’une veuve à Naïm.

En Jésus, la visite de Dieu
s’avère être une visite de miséricorde extraordinaire !
Le Fils de l’Homme
est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Lc 19,10):
On n'entend parler que de malades guéris,
de possédés délivrés
de lépreux purifiés,
de veuves consolées,
de pécheresses pardonnées,
de mort qui ressuscitent !
Où est la pelle à vanner ?
Où est la cognée qui doit faire tomber les impies ?

*



Es-tu celui qui doit venir
ou devons-nous en attendre un autre ? (Mt 11,3).
Cette question que Jean adresse à Jésus
est la question du vrai disciple
qui veut être conduit par Jésus
jusqu’au bout de la vérité.
C’est aussi notre question.

La réponse de Jésus est surprenante :
Jésus ne fait que confirmer
ce que Jean avait déjà appris :
«Allez rapporter à Jean
ce que vous voyez et entendez :
les aveugles voient,
les boiteux marchent,
les lépreux sont purifiés,
les sourds entendent,
les morts ressuscitent
et la Bonne Nouvelle
est annoncée aux pauvres» (Mt 11,4-5).

Non, nous n’avons pas à en attendre un autre.
Le Salut n’est pas ailleurs
et ne sera jamais ailleurs.
Le Salut est cette explosion de miséricorde
qui fait déborder de joie le cœur des pauvres !

La colère de Dieu
n’est pas une colère contre l’homme blessé,
mais une colère
contre ce qui le défigure.
Une colère d’amour
qui veut restaurer l’homme dans sa beauté
et le conduire à sa vraie identité d’enfant de Dieu !

Et Jésus ajoute : «Heureux celui
qui ne se scandalisera pas à cause de moi !» (Mt 11,6).
Heureux celui qui ne se scandalisera pas
devant la miséricorde…
Jonas s’est scandalisé, (cf. Jon 4,1-2)
le fils aîné s’est scandalisé (cf. Lc 15,28).
Les pharisiens de Jéricho se sont scandalisés (cf. Lc 19,7).
Et combien d’autres encore,
et nous peut-être qui préférerions
que le pécheur soit condamné plutôt qu’il soit sauvé ?

Heureux celui qui ne se scandalise pas
devant l’humilité de Dieu,
devant l’abaissement de Dieu.
Heureux es-tu Jean parce que tu as confessé
que Jésus est l’Agneau de Dieu
qui enlève le péché du monde (Jn 1,29).

L’Agneau : celui qui vient non dans la violence
mais dans la faiblesse,
celui dont la vie est déjà offerte,
déjà donnée, déjà livrée !
L’Agneau qui enlève le péché du monde
c’est-à-dire qui le prend,
qui le porte, qui s’en charge !

Heureux es-tu Jean le Baptiste
parce que tu ne t’es pas scandalisé
et tu es allé jusqu’au bout du témoignage !
Tu as accepté que le baptême de feu que tu annonçais
ne soit pas un baptême qui consume le pécheur,
mais qui consume le péché !
Un baptême qui plonge une humanité de pauvres
dans la miséricorde divine !

Jean-Baptiste a laissé son propre enseignement
comme lui «échapper»
découvrant en Jésus le véritable sens
des paroles qu’il prononçait
s’émerveillant devant la voix de l’Époux,
de Jésus,
qui dévoilait le mystère
dont il était le serviteur fidèle.

Oui Jésus est vraiment Celui qui doit venir.
Il est le seul qui puisse dégager l’humanité
des liens les plus profonds qui nous tenaient captifs.
Jésus est Celui qui vient accomplir
la prophétie extraordinaire du prophète Isaïe :
«Prenez courage, ne craignez pas,
voici votre Dieu,
c’est la vengeance qui vient,
la revanche de Dieu» (Is 35,4).
La vengeance ?
Oui la vengeance de Dieu !
Et Isaïe poursuit :
«Il vient lui-même et va vous sauver».
Dieu vient pour une vengeance
et Dieu vient pour nous sauver ?
Oui, l’un et l’autre sont vrais !
Le salut est une vengeance de Dieu
qui vient détruire non le pécheur,
mais le péché.
Il sépare le péché du pécheur
pour anéantir le péché
et glorifier le pécheur libéré !
La colère de Dieu devient colère en acte,
elle devient vengeance :
c’est la destruction du péché
et la destruction de la mort.
C’est la fin du règne de Satan.
Voilà la vengeance de Dieu :
c’est la libération de ses enfants,
la libération de la création,
parce que Dieu prend sur lui
le mal qui nous abîmait !

Les images qu’emploie le prophète Isaïe
nous disent le fruit de cette libération,
de ce salut qui guérit l’homme
jusqu’à la racine de son être:
«Le désert et la terre aride exultent.
La steppe se réjouit.
(La steppe) fleurit, fleurit comme une amaryllis
et elle exulte au-delà de la gaieté et de la jubilation» (Is 35, 1-2).

Le fruit du salut est la joie.
Non pas ‘une joie’ mais «la Joie»,
c'est-à-dire la joie qui saisit tout notre être.
Ce n’est pas une joie d’autruche
qui se réjouit à condition de mettre la tête sous terre
et de ne plus regarder la réalité.
Non, c’est une joie qui saisit tout ce que nous sommes
à commencer par ce qui en nous et dans le monde est faible,
ce qui en nous est malade,
malsain, vicié, rebelle, colérique, vengeur…
parce que l’Amour,
parce que la miséricorde
vient transformer ces déserts en nappes d’eau.
«Les rachetés du Seigneur reviennent,
ils viennent à Sion en jubilant
portant avec eux une joie éternelle.
La joie et l’allégresse les accompagneront
la douleur et les plaintes cesseront» (Is 35,10).

Là où aujourd’hui nous avons envie de pleurer,
de crier, de gémir, de hurler, de nous révolter,
c’est là que le Seigneur vient
avec sa douceur et sa miséricorde.
Là où nous nous sentons inexorablement seuls et angoissés
face à nos misères, à ce que nous ne contrôlons pas,
à ce qui en nous et en l’autre nous terrorise,
c’est là qu’Il vient nous offrir son salut qui est notre guérison.

*



Oui, Seigneur, tu es celui qui doit venir,
nous n’avons pas à attendre un autre !
Tu es notre guérison,
tu es notre salut !
Désormais notre terre est ensemencée
de ta victoire,
de ton salut !
Certes il nous faut la patience du paysan
parce que la pleine moisson
ne viendra qu’à la fin des temps, (cf. Jc 4,7-8)
mais en même temps
nous savons que tout, déjà, est accompli.
Ta venue est le salut de notre humanité,
de notre modernité, de notre temps,
de nos rues et de nos avenues.

Aussi nous n’avons de cesse
de nous exposer à ta venue,
de nous exposer à ton Incarnation,
et de nous y ré-exposer sans cesse
pour que ton amour qui se fait chair
nous baigne de son salut.
Nous avons besoin de nous exposer
à ta venue dans la chair, dans l’histoire :
nous avons besoin de Noël !
C’est vital pour tous nos frères et sœurs en humanité !
Il ne nous reste que dix jours
mais ce n’est pas trop tard pour le dire autour de nous ;
ce Noël qui vient
c’est une nouvelle exposition à l’Amour incarné.
Le souffle puissant de l’Esprit
va ciseler en nous
une nouvelle rencontre avec l’Agneau de Dieu
et donc une nouvelle joie.

Dirige notre joie, Seigneur,
vers la joie d’un si grand mystère.
vers LA vraie Joie !
vers TA joie !




 

Méditer la Parole

16 décembre 2007

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isaïe 35,1-6a,10

Psaume 145

Jacques 5,7-10

Matthieu 11,2-11

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