Dimanche de la Sainte Famille - A

Un 'oui' qui ouvre au dessein de Dieu

Iousef, Myriam, et Ieoshua.
Une jeune famille vient d’arriver quelque part
dans une ville ou un village d’Égypte.
C’est une famille d’immigrés, de réfugiés
venus trouver en Égypte un asile politique.
Ils viennent de la Province romaine de Judée
confiée par l’empereur de Rome
à la juridiction tyrannique d’Hérode le Grand.

C’est une famille comme les autres.
Une famille modeste,
éprouvée par l’exil,
éprouvée par un départ précipité en pleine nuit
pour échapper à la violence sanguinaire du roi Hérode.

C’est une famille ordinaire,
aujourd’hui en Égypte, demain à Nazareth.
Une famille vraiment humaine.
Mais cet ordinaire abrite une richesse inouïe :
une richesse d’humanité qui est proprement divine.
Il suffit, pour la percevoir,
de contempler la qualité des relations
qui lient ce père, cette mère et cet enfant.

Regardons simplement le «oui»
qu’ils se donnent les uns aux autres.

Le oui de Jésus tout d’abord.
Le oui du Verbe de Dieu
à la personne de Marie de Nazareth
de qui il accepte de recevoir
jusqu’à son propre corps d’homme.
Et son oui à Joseph, ce juste de Galilée,
de qui il reçoit l’inscription
dans la lignée royale de David.
Le Verbe de Dieu dit oui à naître de cette femme,
à recevoir son nom de cet homme
et à naître et grandir au cœur de leur couple,
de leur alliance, de leur foyer.
C’est un oui divin à leur être bien concret,
bien charnel, bien historique.
Et ce oui il le redonne dans sa volonté humaine
et cela tout particulièrement à l’âge de 12 ans
où il choisit pour accomplir la volonté du Père
de «descendre à Nazareth» avec Marie et Joseph
et à leur être durablement «soumis» (cf. Lc 2,15).
Oui à Marie.
Oui à Joseph.
À ce qu’ils sont, à ce qu’ils deviennent.
Un oui brûlant d’amour à ce couple de la terre.

Il y a aussi le oui que Marie donne à Jésus et à Joseph.
Ce fut d’abord le premier oui donné à Joseph
quand ils furent liés par les épousailles
selon la tradition du peuple d’Israël.
Puis est venu le grand oui qui a bouleversé la vie de Marie.
Son fiat, son amen à l’ange Gabriel
et à travers lui, à la volonté du Père.
C’est un oui à l’enfant qui, par l’Esprit Saint,
sera conçu en elle, en son propre corps,
et qu’elle nourrira de son sein.
Un oui à cette personne divine
qui est le propre fruit de sa chair.
Un oui à son destin déconcertant, crucifiant,
que bientôt lui révèle le vieillard Syméon
et dont elle fera la première expérience
en perdant son enfant adolescent de 12 ans,
pendant trois jours qui furent un véritable supplice.

Mais le oui de l’Annonciation
mène aussi Marie à un nouveau oui à Joseph,
en qui elle découvre l’homme,
le père de cette terre,
que le Dieu d’Israël a choisi
pour donner à cet enfant la généalogie et la paternité
dont il a besoin pour grandir
et pour exercer sa mission de Messie, Fils de David.

Oui à Jésus,
oui à Joseph.
À ce qu’ils sont, à ce qu’ils deviennent.
Un oui qui est bien plus
qu’un oui psychologique, qu’un oui affectif.
C’est un oui qui repose sur la foi,
un oui qui a des profondeurs divines.
Et nous savons que le oui de Marie
sera purifié jusqu’au passage de l’épée
dans le cœur de la Vierge.

Il y a enfin le oui de Joseph.
Son premier oui à Marie,
jeune fille lumineuse qui devient son épouse.
Un oui qui le plonge dans une épreuve terrible
quand il découvre que son épouse est enceinte
et qu’il ne voit d’autre issue que de se retirer
devant ce mystère impensable.
Mais Joseph, visité par l’ange,
entre dans un nouveau oui qui est,
comme pour Marie,
un oui qui procède de la foi :
oui à cette femme objet d’un dessein divin
dépassant tout ce que l’histoire d’Israël
a connu jusque là.
Oui à Marie, la Vierge qui enfante une vie venue de Dieu !

Et oui à cet enfant
un oui total, plénier à ce petit d’homme
qui bouleverse toute sa vie
le jetant dans l’aventure d’une paternité virginale
qui doit être une paternité réelle, authentique.
Oui à ce Jésus à qui lui-même donnera son nom
parce qu’il est désormais
le vrai père de cet enfant sur cette terre.
Oui que Joseph renouvellera par la suite
quand il faudra en pleine nuit quitter Bethléem
pour l’exil en Égypte !

Oui à Marie.
Oui à Jésus.
À ce qu’ils sont, à ce qu’ils deviennent.
Un oui plein d’abandon,
un oui de foi,
un oui qui a des profondeurs divines
et qui ouvre à un amour inouï.
Cette famille très ordinaire
que nous voyons en Égypte ou à Nazareth
abrite ainsi un échange de consentements extraordinaires.
Le oui donné à chacun est total
et s’enracine dans l’obéissance au dessein lui-même de Dieu.
Chacun accueille l’autre dans son mystère propre,
dans sa vocation propre, dans sa «personne»
et cela dans une commune obéissance au dessein du Père.

On pourrait aussi contempler
combien chacun dit oui
à être accueilli dans ce qu’il est
comme personne unique.

Il y a aussi un autre oui que tous donnent :
chacun dit oui à sa propre mission,
sa propre vocation dans cette sainte famille.
Marie dit oui à sa maternité
et l’assume pleinement.
Joseph dit oui à la paternité
et la vit réellement.
Jésus dit oui à sa condition d’enfant, de fils
qui se soumet à l’autorité,
à l’éducation de ses parents.

Chacun selon sa vocation participe ainsi
à la circulation de l’amour et de la joie
dans cette sainte famille.
Chacun met sa propre identité,
sa propre personne
au service du dessein du Père.

*



Et c’est ainsi que germe sur la terre
non seulement l’Homme nouveau qu’est Jésus
mais la Famille nouvelle.
La nouvelle création qui apparaît avec l’Incarnation
se traduit d’emblée
par l’apparition d’une famille nouvelle.

L’Esprit Saint qui a présidé
à la conception virginale de Jésus
préside Lui aussi à la germination d’une famille nouvelle.

L’Esprit Saint qui est le Fruit
de l’union des personnes divines,
l’Esprit Saint qui scelle l’Amour du Père et du Fils
vient sceller l’amour de cette famille de la terre.
Il y fait régner cette charité sans limite,
ce oui réciproque,
ce don total de soi à l’autre
vécu dans le plus quotidien, dans le plus ordinaire.

En d’autres termes, l’irruption du Fils de Dieu
dans la vie du jeune couple de Nazareth
fait apparaître sur l’horizon de l’histoire
la famille chrétienne au plein sens du mot.

Cette famille où la communion des personnes
est le plus bel écho sur la terre
de la Famille trinitaire.
Un écho, et plus qu'un écho :
comme un sacrement.
La famille est désormais menée
à une vocation nouvelle :
celle d’être comme un sacrement
de la communion trinitaire,
de la joie trinitaire, de la fécondité trinitaire.

*



Frères et sœurs,
quand nous nous approchons de ce grand mystère
pour reprendre les termes de l’apôtre Paul
à propos des époux chrétiens, nous comprenons
que la Sainte Famille de Joseph, Marie et Jésus
est plus qu’un modèle de vertus à imiter.
Elle est comme un sacrement,
un signe posé dans l’histoire
et une source de grâce offerte à toute l’histoire,
offerte à toute famille.

Désormais toute famille est appelée
à être comme un sacrement de la communion surabondante
d’amour et de fécondité qu’est la Trinité.
Cela, non pas à travers un héroïsme irréaliste,
mais par la grâce du sacrement de mariage.

Le sacrement de mariage greffe les époux
sur la Pâque de Jésus.
Il rend les époux capables d’un amour
bien au-delà des seules ressources naturelles.
Il dépose en eux un amour qui se répand
jusque dans les blessures de la vie conjugale
pour y répandre un élan nouveau,
une tendresse nouvelle.
Il donne aux époux une fécondité
qui englobe et dépasse la fécondité naturelle :
une fécondité spirituelle
qui transmet la vie de Dieu
dans la famille et autour de la famille.

*



Frères et sœurs, la grâce de notre temps,
la grâce qui germe
dans la nuit de la famille que nous connaissons
n’est-elle pas de découvrir
la vocation extraordinaire
à laquelle ouvre le sacrement du mariage ?

L’Église à travers Pie XI avait proclamé – en 1930 –
que les époux sont «fortifiés et comme consacrés»
par un sacrement spécial.
Le Cardinal Ouellet suggère que l’heure est venue
de faire tomber le «comme»
pour une reconnaissance plus complète
du charisme matrimonial
au sein du peuple de Dieu. (Divine Ressemblance, p. 130)

N’est-ce pas une véritable «consécration»
et un véritable «envoi»
que reçoit la famille chrétienne ?
C’est, je crois, ce que nous voyons aujourd’hui
dans des familles
qui se laissent saisir par Jésus,
qui s’ouvrent ensemble à la personne de Jésus
et à l’effusion de l’Esprit Saint
et deviennent comme des sacrements
de l’échange fécond d’amour et de joie
des personnes divines.

La virginité consacrée, elle, est au-delà du sacrement :
elle anticipe ce que nous serons
au jour des noces éternelles,
au jour où nous participerons éternellement
dans la communion divine.
La famille consacrée, elle, est comme un sacrement.
Elle est pour ici-bas signe et rayonnement
de la communion et de la fécondité de Dieu.

On a canonisé beaucoup d’hommes et de femmes
tout au long de l’histoire.
Que ce serait significatif
que l’on canonise plus souvent des communautés
comme on l’a fait pour les 7 Servites de Marie
ou les Carmélites de Compiègne.
Mais aussi que l’on canonise ces familles
dont la communion des personnes
et le débordement d’amour
dans l’évangélisation et le service des plus petits
sont comme des sacrements de la communion trinitaire.

Ces familles-là sont des familles très ordinaires,
laborieuses, insérées dans le quotidien,
mais où chacun donne aux autres
un oui plein de foi et d’Esprit Saint
et où chacun assume dans ce même Esprit
la vocation qui est la sienne
à commencer par la maternité et la paternité.

Prions pour les familles
qui sont ici en notre communauté eucharistique.
Prions pour nos familles.
Prions pour toutes les familles de l’Église.
C’est bien dans l’Eucharistie
qu’elles trouveront la source de cette sainteté
dont le monde a besoin
comme de foyers dans la nuit.


 

Méditer la Parole

30 décembre 2007

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Siracide 3,2-6.12-14

Psaume 127

Colossiens 3,12-21

Matthieu 2,13-15.19-23

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