Dimanche de l’Epiphanie

Cinq étapes et trois vúux pour l’Épiphanie de Dieu

Tout est mouvement dans l'Epiphanie.
Tout est marche en avant dans la vie chrétienne.
Tout est ascension dans la vie contemplative.
On peut noter comme cinq «étapes» successives
dans cette mise en mouvement suscitée par la manifestation du Christ.
Cinq "étapes" qui marquent bien, au fond,
l'itinéraire de notre vie chrétienne ;
et (disons-le plus spécialement en ce jour de profession)
de la route monastique.

La première étape est celle de l'accueil de la Révélation.
Une révélation depuis longtemps en marche
où tout, depuis des siècles, converge vers la plénitude des temps.
Nous ne sommes pas seuls sur la route !
Au pied du Messie promis, nous voici précédés en effet,
entourés d'une grande nuée de témoins
qui ont avancé en confessant qu'ils sont
voyageurs et étrangers sur la terre (He 12,1 ; 11,13).
Tout un peuple biblique,
conduit par ses prêtres, ses prophètes et ses rois,
est déjà ici rassemblé autour du Sauveur.
D'un Sauveur venu pour faire de toutes les nations, justement,
un peuple de prêtre, de prophètes et de rois.

Lève les yeux aux alentours et regarde :
tous se rassemblent et viennent à toi (Is 60,4).
"Et les pas de Cyrus... et les pas d'Alexandre... et les pas de César...
dit Charles Péguy, avaient marché pour lui."
Voilà la Révélation !
Le Christ, source et terme de toutes choses, est,
avant même sa venue, objet de mille convergences.
Et l'Epiphanie est d'abord comme la manifestation millénaire
de cette préparation et de cette attirance.

La deuxième étape nous invite à la compréhension du message.
Les scribes, avec leurs saintes Ecritures,
et le roi Hérode, avec ses nombreux informateurs,
n'ont rien compris.
Et donc ils n'ont rien vu !
Pourtant le Mystère de cette révélation du Christ,
enveloppé de silence aux siècles éternels,
est aujourd'hui manifesté, proclame l'apôtre Paul.
Et il ajoute : Par les Ecritures qui le prédisent,
selon l'ordre du Dieu Eternel, il est porté à la connaissance
de toutes les nations pour les amener à vivre dans la foi (Rm 16,25-26).

Voilà pourquoi les premiers visiteurs et adorateurs
de cet Enfant-Sauveur sont des mages païens
venus de l'Orient le plus lointain.
C'est que le Mystère resté caché est à présent manifesté
à tous les hommes appelés à en avoir l'intelligence.
Car, aujourd'hui, tous sont admis au même héritage
et bénéficiaires de la même promesse,
dans le Christ Jésus, par le moyen de l'Evangile (Ep 3,6).
L'Epiphanie est bien également pour nous
dans la claire approche de cette compréhension
de ce qui nous est ainsi montré et annoncé.

La troisième étape nous fait entrer dans la contemplation du mystère.
Les scribes de Jérusalem n'ont pu le faire
parce qu'ils n'étaient que savants.
Hérode et les grands prêtres n'ont pu y parvenir
parce qu'ils voulaient rester puissants.
Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre,
d'avoir caché cela aux savants et aux puissants
et de l'avoir révélé aux tout petits (Mt 11,25).

Pour reconnaître le Dieu Très-Haut
dans la simplicité désarmante d'un enfant,
il faut s'incliner, s'abaisser, se mettre à sa portée.
Ce n'est que dans l'humilité que l'on peut contempler
le mystère du Verbe fait chair.
Le Soleil de Justice s'est fait petite lampe dans la nuit.
Mystère d'immanence : Le Christ est parmi nous ! (Col 1,27).
Une étoile à l'Orient nous attire vers Celui qui est descendu du ciel (Jn 3,11).
Mystère de transcendance : le Fils de Dieu est au-dessus de nous.
Et nous pouvons contempler sa gloire (Jn 1,14) !
Car de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce (1,16).

La quatrième étape suivant la contemplation est celle de l'adoration.
Comme les mages tombant à genoux et se prosternant,
nous voici nous aussi appelés à reconnaître
dans l'humanité de cet enfant la plénitude de la divinité (Jn 1,16).

Mystère de l'Incarnation !
L'Eternel irradie le temps.
L'Incréé se fait nouveau-né.
Le Dieu du ciel devient homme sur terre.
Pour nous apprendre à aimer, dans la charité,
et à nous laisser aimer, dans l'humilité,
le Créateur s'est fait petit enfant !

Devant un tel abandon, une telle simplicité, un tel abaissement,
nous ne pouvons que laisser fondre notre coeur.
Non pas dans l'émotion, mais dans l'adoration.
Car ce sont bien des adorateurs que veut le Père
pour que dans l'Esprit et la vérité, nous devenions enfants de Dieu (Jn 4,24 ; Ga 4,8).

La dernière étape de notre cheminement
nous pousse enfin à reprendre la route.
La grâce de l'adoration nous donne le courage de la proclamation de l'Evangile.
Les mages, après s'être relevés, ont repris la marche.
Mais par un autre chemin (Mt 2,12),
car la rencontre de Bethléem leur a révélé
que c'est le Christ désormais qui est la route.

L'Epiphanie est bien
la fête de la lumière et des lumières,
nous invitant à répandre son feu sur la terre (Lc 12,49).
Un feu d'amour, de joie et de paix
afin que soit manifesté auprès de tous que Dieu est parmi nous.

Frères et soeurs, en ce jour de fête de l'Epiphanie,
nous allons célébrer la profession monastique
de sr Claire-Marie et de sr Ségolène, de fr. Tamàs et de fr. Ireneusz-Maria.
Dans toute vie contemplative on retourne ces cinq étapes ici évoquées.

Reconnaissance de la Révélation tout d'abord.
Nous aussi, nous sommes en quête de sens.
Où va donc notre route puisque nous sommes voyageurs et étrangers sur la terre ?
Au milieu de ce monde qui reste encore
pour toute une part comme dans l'Ancien Testament,
nous marchons en quête de son visage (1 Jn 1,1-3).
Mais la lumière est venue dans le monde (Jn 1,8)
et en cheminant à sa lumière, nous devenons des fils de lumière (12,36).
Nous ne pouvons mettre sous le boisseau la Vérité ainsi révélée,
et c'est pour l'avoir rencontrée que vous voulez aujourd'hui vous engager.

Compréhension du mystère ensuite.
Nous aussi, nous scrutons les Ecritures.
Le moine est l'homme de la Bible.
On ne reste jamais longtemps sans comprendre
sur la route de nos Emmaüs si l'on interroge celui qui chemine à nos côtés.
Vingt siècles d'histoire biblique l'annoncent.
Vingt siècles d'histoire de l'Eglise le manifestent.
Toute l'Ecriture le dit. Toute la Tradition le prolonge.
Et c'est parce que vous avez compris cela, vous aussi,
que vous voulez lier aujourd'hui votre vie à la sienne.

Vous voilà dès lors ouverts à la contemplation du mystère.
Et quel mystère !
Le mystère d'un Dieu qui est devenu homme par pur amour
pour nous faire devenir Dieu, en partage d'éternel amour !
Comment ne pas désirer passer toute sa vie à s'en émerveiller ?
Quand on prie Dieu de nous donner une étoile,
il ne nous envoie pas la nuit, mais la lumière.
La plus belle tâche qu'il soit donné à l'homme d'accomplir
est celle de la contemplation.
La contemplation de Dieu à travers l'homme
et donc de la cité des hommes, qui est l'image par excellence de Dieu.
Au coeur des villes, vous voulez donc contempler
les traces et les reflets de Dieu.

Voilà pourquoi l'adoration de sa Présence devient votre premier métier.
Vous voulez même en faire profession. Votre profession !
Et une profession monastique.
Car c'est bien dans la quête de ce coeur à coeur,
de ce seul avec le Seul, que s'inscrit peut-être au mieux
la présence au monde dont nous sommes (Jn 17,15).
Plus que jamais, pour vivre dans la fraternité et la paix,
nos villes d'aujourd'hui ont besoin d'adorateurs.
Car on ne peut se dire tous frères
que si l'on se reconnaît tous enfants d'un unique Père (Mt 22,23).
Au coeur de Strasbourg, que l'oasis d'adoration de Saint-Jean
soit donc une source de lumière et de sérénité.

Vous pouvez alors, pour finir, vous ouvrir à la proclamation de la Bonne Nouvelle.
On ne peut contempler une telle lumière
sans se sentir promis à en rendre compte.
Nous sommes, au coeur de la ville, pour y vivre au coeur de Dieu.
Et nous prions en présence du Seigneur
pour témoigner de lui au milieu de la cité.
Même en étant moines et moniales,
on est conduit par l'étoile de Bethléem
à proclamer, par toute sa vie, l'Evangile aux nations.

Chers Ireneusz-Marie, Tamàs, Ségolène, Claire-Marie,
les mages ont offert à Jésus l'or, l'encens et la myrrhe.
L'or, parce qu'il est notre Roi ;
l'encens, parce qu'il est notre Dieu ;
la myrrhe, parce qu'il est notre Rédempteur.
Vous, vous lui offrez aujourd'hui les présents de vos trois voeux
de chasteté, de pauvreté et d'obéissance,
au nom du triple amour
et de Dieu, et de vous-mêmes, et des hommes.

Marchez joyeux à sa suite !
Dans l'espérance forte de ce Jour, Epiphanie suprême,
où il remettra lui-même entre vos mains, comme promis,
l'étoile radieuse du matin (Ap 2,28).
 

Méditer la Parole

4 janvier 1997

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 60, 1-6

Psaume 71

Ephťsiens 3, 2Ö6

Matthieu 2,1-12

Imprimer l'homélie

Télécharger la version pdfTélécharger la version pdf