Fête de l'Epiphanie - A

Les mages ont eu leur étoile,
mais nous aussi nous avons notre étoile,
à nous aussi Dieu fait signe dans la nuit
et nous met en marche
toujours plus profondément
vers Jésus.

Nous avons notre étoile.

Car l’Épiphanie, la manifestation de Dieu
est un mystère toujours actuel,
jusqu’à la fin des temps,
c’est le mystère de chacune de nos vies,
c’est ce qui fait de chacune de nos vies
quelque chose de mystérieux :
Dieu intervient, Dieu se manifeste,
Il nous fait signe et nous attire.

Seulement l’Évangile nous avertit :
On peut ne pas voir l’étoile,
on peut ne pas assez voir
que Dieu se manifeste réellement dans nos existences,
on peut être à Jérusalem,
en plein sous l’étoile qui vient de se lever
et ne pas la distinguer pourtant.
On peut avoir l’Écriture, les prophéties, le Temple,
on peut être déjà tout proche de Bethléem
et ne pas se laisser atteindre cependant
par la manifestation de Dieu.

*

Alors suivons les mages :
Aujourd’hui ce sont eux qui nous apprennent
à rester ou à devenir chercheur de Dieu.

D’où partent les mages ?
D’Orient, bien sûr, mais qu’est ce à dire?
Ils partent d’un monde asservi par la fatalité.
Ils partent d’un monde idolâtre
où l’on scrute souvent les constellations
car on est persuadé que le ciel gouverne impitoyablement
la terre et le destin des hommes.
Ils n’ont pas la foi d’Israël
qui leur fait comprendre que la nature n’est pas divine,
que le destin des hommes
n’est pas le jouet d’une fatalité cosmique.
Ce ciel dont ils se sentaient les esclaves,
les mages le regardaient avec fascination et inquiétude.

Mais un jour ils le regardent avec surprise.
Dans ce ciel qui tourne froidement
et qui fait froidement tourner le destin des hommes,
quelque chose change,
une étoile fait signe soudain,
elle brise la routine cosmique,
elle perturbe la fatalité,
elle appelle discrètement
vers du nouveau,
vers de la liberté,
vers de la vie.

Un jour ou l’autre, dans nos existences,
monte cette étoile,
une petite lumière lancinante qui nous dit :
«la vraie vie est ailleurs».

Dieu nous fait signe
et cette lueur ne brille pas comme toutes ces choses
qui tournent autour de nous
et finissent par nous asservir.
Dieu fait signe,
Il commence à se manifester à nous
comme un Vivant,
à travers une rencontre
qui nous découvre sa présence,
à travers une paix inconnue
qui nous saisit dans le silence.

Dieu fait lever son étoile sur nos vies.

On peut l’ignorer, on peut choisir
de se laisser mener comme toujours
par toutes ces choses qui tournent
et nous entraînent, et nous envahissent.
Pourtant, il y a eu l’appel d’une liberté plus vraie,
cette lueur est venue réveiller notre nostalgie de Dieu,
notre soif d’exister pour Dieu.

Or l’étoile nous attire toujours vers Jérusalem,
vers l’Écriture, comme les mages.
Dieu nous a fait signe,
Il nous a touché, attiré, séduit peut-être,
mais cette expérience devra être comprise
à la lumière des Écritures.
Les mages ont fait l’expérience de l’appel de Dieu,
ils se sont déjà mis en route,
mais ils ne trouveront pas le but sans passer
par Jérusalem, par la foi biblique.
Là, ils apprennent qui est celui qui les attire,
Jésus,
et où le trouver,
à Bethléem,
entre Marie, Joseph et d’autres pauvres,
la première Eglise.

Quand nous comprenons que Dieu
se manifeste dans nos vies,
alors nous trouvons un goût neuf pour la Bible.
On y cherche Dieu.
Avant, on connaissait peut-être les Écritures
aussi bien que les habitants de Jérusalem,
mais, comme eux,
on ne demandait pas grand chose à la Bible,
on n’avait pas vraiment soif.

C’est l’étoile qui donne soif aux mages
d’entendre la Parole.
Ceux qui n’ont pas saisi que Dieu les appelle
et les attire personnellement,
ceux-là peuvent posséder les Écritures,
les dogmes, et toute la religion
sans vraiment rencontrer le Dieu vivant.

Hérode et les grands prêtres
ont eu trop peur de lever les yeux vers le ciel
et d’y découvrir l’étoile, l’appel de Dieu,
trop peur de devoir perdre leur petit royaume,
trop peur de reconnaître que Dieu se manifeste
et qu’Il est réellement vivant.

Mais nous, regardons l’étoile,
redécouvrons tous ces signes
par lesquels Dieu manifeste sa présence dans nos vies,
et laissons-nous gagner par la vraie joie
que suscite ce regard.

Car «quand ils virent l’étoile,
 ils éprouvèrent une grande joie !»
Amen


Méditer la Parole

6 janvier 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 60,1-6

Psaume 71

Ephésiens 3,2-6

Matthieu 2,1-12

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