4e semaine du Temps Ordinaire - A

 Dieu veut absolument notre bonheur…
… Et nous aussi, nous voulons notre bonheur…
Alors, entre l’homme et Dieu on devrait se comprendre,
il ne devrait pas y avoir de problème !
Pourtant si, il y a un problème ;
et même, c’est peut-être là précisément,
dans cette question du bonheur
que se cache le plus gros problème,
les plus grandes crispations de la créature,
le malentendu qui rend si difficile
le dialogue entre Dieu et l’homme.

Car quand Dieu et l’homme parlent de bonheur
- du bonheur de l’homme -,
souvent, ils ne parlent pas de la même chose.
Est-ce que ce décalage ne saute pas aux yeux
dans les Béatitudes que nous venons d’entendre ?

On peut remonter aux racines de l’humanité,
aux premiers dialogues entre Adam et Dieu,
on peut en même temps descendre
dans les profondeurs de notre humanité à chacun,
on trouve là, à l’origine, à la racine,
ce risque de ne pas comprendre,
de ne pas accueillir le bonheur que Dieu promet.


Au cœur du péché d’Adam, il y a ce problème.
Dieu prévoyait pour l’homme un bonheur infini,
surpassant tout désir humain,
un bonheur surnaturel,
son propre bonheur divin, éternel.
La tradition de l’Église exprime cela en un mot : la grâce.
Dieu voulait donner la grâce.

Or que s’est-il passé ?
Que se passe-t-il au fond du cœur de l’homme ?
Cette incroyable générosité de Dieu
est forcément, pour nous une épreuve.
C’est une épreuve, une belle épreuve,
au sens où nous devons lâcher l’horizon limité
d’un bonheur simplement humain,
accessible à nos efforts, à nos projets.
Notre petite barque humaine
ne devra plus se cantonner
au port de ses désirs naturels,
car désormais
c’est l’océan du bonheur de Dieu
qui l’invite, qui l’attire.

Voilà l’épreuve, la belle épreuve de notre liberté :
Allons-nous voguer vers l’inconnu,
par ce courant infini qui nous appelle au large ?
Ou allons-nous préférer un bonheur
strictement terrestre, simplement humain
que nous pourrions bâtir par nous-mêmes ?
Adam a préféré un bonheur strictement humain,
il a refusé l’invitation au bonheur de Dieu,
il a préféré ce bonheur
qu’on croit pouvoir cueillir soi-même
comme un fruit,
plutôt que le bonheur infini
qui risquait bien sûr de le transformer.

Le péché est là, avant tout,
dans ce refus du bonheur de Dieu,
ce refus de la grâce,
cette peur de se laisser transformer,
de se laisser changer,
par l’invitation au bonheur infini.

C’est comme si l’homme redoutait de grandir,
comme s’il préférait rester enfant,
avec un petit bonheur d’enfant
refusant que son père l’éduque
à un bonheur bien plus profond :
sa propre façon d’aimer.
L’enfant s’est buté,
il s’est crispé sur son bonheur d’enfant,
il s’est fermé à l’appel de son père…
Mais désormais, tout est gâché,
même ses petites joies d’enfant sont devenues amères.
On n’a pas cru au bonheur infini qui s’offrait,
mais on ne trouve plus la paix non plus
dans le bonheur fini auquel on s’agrippe.

*
Sans la rédemption, sans le Christ,
il resterait dans le cœur de tout homme,
ce fond de tristesse et d’angoisse,
le sentiment plus ou moins clair
d’un bonheur gâché.

Jésus sauve le bonheur,
Jésus nous invite à nouveau,
par pure miséricorde,
par une générosité plus inouïe que la première
au bonheur même de Dieu.

Devant Dieu qui proposait sa propre richesse,
Son Royaume,
l’homme a dit : «je préfère ma richesse terrestre»
Or tout, même la plus grande richesse
en est devenu entaché de tristesse.

Que répond le Seigneur ?
«Heureux les pauvres,
le Royaume des Cieux est à eux»
Heureux, ceux
qui ne cherchent pas un bonheur illusoire
dans les richesses du monde,
car ils sont ouverts pour recevoir
la vraie richesse qui vient d’en haut.

«Heureux ceux qui pleurent»,
car ils ont soif d’une joie que le monde
de toutes façons ne pouvait pas leur donner.

«Heureux les purs, les pacifiques»,
car ils apprennent à avoir soif de Dieu,
à désirer le bonheur de Dieu,
le bonheur d’aimer comme Dieu.

Toute notre vie chrétienne est là :
Laisser le bonheur de Dieu nous attirer,
nous changer.
Contre la fausse satisfaction
de se venger par exemple,
se laisser séduire
par la joie du Christ qui pardonne.
«Heureux les doux !»

Contre la tyrannie
des désirs qui nous encombrent,
laisser le Christ nous simplifier,
nous recentrer sur l’amour.
« Heureux les pauvres »

Relisons les Béatitudes :
Elles sont le portrait du Christ lui-même.
Car, tous, nous sommes voués
à être heureux
de la joie du Christ,
Sa joie d’aimer.

En dehors de cela,
qui nous apprendra le bonheur ?

 

Méditer la Parole

3 février 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Sophonie 2,3.3,12-13

Psaume 145

1 Corinthiens 1,26-3

Matthieu 5,1-12

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