1e semaine de Carême - A

Si tu es le Fils de DieuÖ

S’il y a un homme qui a été vraiment tenté
et éprouvé sur cette terre,
c’est bien Jésus.
La lettre aux Hébreux le dit explicitement :
Jésus a été tenté en tout mais sans pécher (He 4,15).
Ces trois tentations au désert
que rapporte l’évangéliste Matthieu
essaient de mettre en lumière tout le combat intérieur
qu’a vécu Jésus au long de son existence terrestre.

Mais d’où vient donc cette tentation
qui a éprouvé Jésus ?
Matthieu établit clairement un lien
entre le récit du baptême de Jésus
et celui des tentations au désert.
Les deux récits s’enchaînent sans transition
et l’Esprit descendu sur les eaux du Jourdain
est le même qui pousse Jésus au désert.
Or que s’est-il passé
lors de la théophanie du baptême ?
La voix du Père a retenti :
«Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
qui a toute ma faveur» (Mt 3,17).
Jésus est donc Fils de Dieu.
Quelle révélation !
Jésus, qui entendait l’Esprit murmurer
à l’intérieur de lui-même : «Abba ! Père !»,
entend le Père lui-même
le confirmer dans sa mission de Fils de Dieu.

Or que va-t-il se passer au désert ?
Par deux fois, le Tentateur va lui dire :
«Si tu es le Fils de Dieu …» (Mt 4,3.6).
Il vient semer le trouble en Jésus sur son identité de Fils.
Il vient éprouver Jésus dans sa relation qui l’unit au Père.
Il sous-entend :
«Peut-on être Fils de Dieu et être esclave de la faim ?
Peut-on prétendre être Fils du Père
et être soumis aux hommes ?
Si tu es Fils de Dieu,
tu dois manifester par des prodiges ta filiation divine.
Changer des pierres en pains
ou te jeter du sommet du Temple
sera un gage de ta divinité…»
Toutes ces suggestions du Diable
se résument en une seule tentation.
Jésus est tenté dans sa manière
de s’approprier son être filial,
de vivre en vrai Fils du Père,
tout en assumant notre condition humaine.
La tentation surgit dans cette rencontre
entre la divinité et l’humanité dans la personne de Jésus.
Jésus pourrait très bien se prévaloir
de son titre de Fils de Dieu
pour agir en conséquence.
Mais il choisit de répondre au Tentateur
en faisant appel à son humanité la plus profonde,
celle qui a besoin de pain pour vivre.
Le Diable l’appelle Fils de Dieu
et Jésus parle de lui-même en disant : l’homme… (Mt 4,4).
Jésus unit ce que le Démon veut diviser.
Le combat de toute la vie de Jésus
sera de garder l’unité de son être,
pleinement Dieu et pleinement homme.

Ces tentations au désert sont l’archétype
de l’épreuve quotidienne de Jésus.
Les Pharisiens et les scribes ne vont pas cesser
de lui tendre des pièges pour l’éprouver.
Même les disciples seront médiateurs
de cette tentation fondamentale.
Quand Pierre confesse : «Tu es le Christ,
le Fils du Dieu vivant» (Mt 16,16),
il refuse, tout de suite après, la prophétie de Jésus
sur ses souffrances, sa passion et sa mort.
Pierre ne peut allier messianité
et échec humain de la mission de Jésus.
«Passe derrière moi, Satan !» (Mt 16,23),
entend-il alors de la bouche de Jésus,
comme le Diable lui-même l’avait entendu au désert.
Jésus ne va pas renoncer à son humanité,
même si celle-ci est défigurée,
pour se révéler comme Fils de Dieu.
Jésus ne sera pas le Messie que Pierre désire.
Jusque sur la croix, Jésus sera tenté :
«Qu’il se sauve lui-même,
s’il est le Messie de Dieu, l’Elu …
Sauve-toi toi-même» (Lc 23,35.37.39),
entendra-t-il de tous côtés.
Succomber à la Tentation
serait douter de l’amour du Père.
Jésus en sera victorieux dans un élan d’abandon :
«Père, entre tes mains, je remets mon esprit» (Lc 23,46).
Et, une fois mort sur la croix,
l’inimaginable deviendra évidence.
Un centurion confessera :
«Vraiment cet homme était Fils de Dieu» (Mt 27,54).
La tentation était refus de la croix.
Or celle-ci devient signe dressé sur le monde,
signe manifestant qu’humanité et divinité
ont fait alliance en Jésus pour sauver le monde.
La tentation consistait à croire
que la croix signait la défaite de Dieu
et qu’il fallait donc agir en conséquence
en prenant les choses en main.
Jésus aura été tenté jusqu’au plus profond de son être
jusqu’à connaître les larmes, l’angoisse et ce cri de douleur :
«Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?»,
mais jamais il ne prendra
son indépendance vis-à-vis du Père.
Jésus optera toujours en faveur du Père
alors que le Tentateur voulait
qu’il se pose en rival de Dieu,
qu’il se détermine contre lui.

Devenir comme des dieux (Gn 3,5)
et décider de tout souverainement,
voilà la tentation fondamentale,
celle des origines relatée par le livre de la Genèse.
Cette tentation, elle rôde en chacun de nous.
Elle insinue que notre condition humaine, finie, limitée
est une entrave à notre accomplissement.
Elle nous fait douter de la paternité de Dieu
et de son amour pour nous.
Le Tentateur propose alors de falsifier la réalité
et c’est la porte ouverte au virtuel, à l’imaginaire.
On devient comme des dieux
et finalement des esclaves.
La rupture avec la tentation
ne pourra se faire que par l’acceptation du réel.
Ce réel qui peut me décevoir,
m’attrister, me blesser, ne pourra changer
que si je commence d’abord par y consentir.
Jésus sait qu’en étant pleinement homme,
il ne fait pas obstacle à la grâce de Dieu.
De même, en étant en vérité avec nous-mêmes,
avec les autres et avec Dieu,
nous révélons notre véritable identité,
celle de fils et filles bien-aimés du Père.
Aimons ce que nous sommes,
soyons heureux d’être qui nous sommes
et toute tentation sera vite dépassée.
C’est dans notre chair
que la croix est bien souvent plantée
mais de la croix a jailli la vie.
Voilà notre espérance !

Méditer la Parole

10 février 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Genèse 2,7-3,7

Psaume 50

Romains 5,12-19

Matthieu 4,1-11

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