4e semaine de l’Avent - A

À l'écoute du père et de l'Enfant

Dans quelques jours, toute la chrétienté
va fêter la naissance de Dieu sur la terre des hommes.
Pour nous aider à entrer
dans la compréhension de cet immense mystère,
l’Église nous propose, aujourd’hui,
de cheminer en compagnie d’un personnage étonnant
qui est sans doute un des plus grands saints de tous les temps :
Joseph de Nazareth, le père adoptif de Jésus,
l’époux virginal de Marie.

*

Que se passe-t-il donc aujourd’hui
à Nazareth de Galilée (Lc 1,26s ; Mt 1,18s) ?
L’accomplissement d’un mystère
dont Dieu seul pouvait révéler la vérité.
Cet avènement,
le peuple d’Israël l’a appris de la bouche du prophète Isaïe
parlant sous la poussée de l’inspiration divine :
Voici que la jeune fille, la Vierge, est enceinte
et va enfanter un fils
auquel on donnera le nom d’Emmanuel (Is 7,14).
Marie l’a appris de la bouche de l’ange Gabriel
envoyé par Dieu
pour lui porter cette Bonne Nouvelle (Lc 1,26) :
Voici que tu concevras et enfanteras un fils
auquel tu donneras le nom de Jésus (Lc 1,31).
Et Joseph l’apprend à son tour de l’ange du Seigneur
qui lui explique dans un songe marqué de lumière divine,
que ce qui est engendré en Marie
vient de l’Esprit Saint (Mt 1,20).

Devant la prophétie d’Isaïe,
longtemps le peuple biblique restera étonné (Is 9,1s).
Quelle est donc cette Vierge ? Qui sera cet enfant annoncé ?
Et pourquoi ce nom d’Emmanuel
que nul n’a encore jamais porté en Israël (7,14 ; 8,10) ?
Devant les paroles de l’ange, Marie est bouleversée (Lc 1,29).
Elle ne peut que porter cela dans le silence de son cœur,
sans vouloir ni pouvoir rien faire pour qu’on se taise.
Et Joseph, lui, est déchiré (Mt 1,19).
Il y a des réalités
qui sont d’une telle grandeur dans leur simplicité,
d’une telle majesté dans leur petitesse,
qu’il est donné à Dieu seul de les annoncer,
de les éclairer et de les accomplir.
Mais comment comprendre un tel événement
et comment croire à une telle merveille ?

Le cœur de Joseph est brisé
à la pensée que Marie a pu le tromper.
Il l’estime tellement !
Et son esprit est tourmenté
en voyant bien qu’elle ne peut pas mentir.
Sa conscience est labourée en pensant que la Loi lui ordonne
de la répudier, au risque pour elle d’être lapidée (Dt 22,24).
Il l’aime tant !
Et son âme est retournée à l’idée que l’enfant qui vit en elle
peut être un envoyé du ciel
et le fruit le plus pur de l’Esprit de Dieu !
Car il sait bien, lui aussi,
que rien n’est impossible à Dieu (Gn 18,24).
Mais l’ange du Seigneur est là
et, dans le songe d’une nuit toute éclairée par la grâce,
Joseph qui est un juste (Mt 1,19),
comprend enfin ce qui est vrai.
Et le plus vrai, avec Dieu, c’est toujours le plus merveilleux !

Cet enfant vient d’ailleurs.
Il n’est ni de lui, ni d’un autre,
ni même de Marie.
Ce qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint,
a-t-il entendu dans sa prière nocturne (Mt 1,20).
Ce n’est pas un enfant comme les autres,
puisqu’il est l’Envoyé du Tout Autre.
Il reste tellement différent de nous,
celui qui s’est fait pourtant en tout semblable à nous (Ph 2,7).
Mais pour être tout en tous (1 Co 15,28).
Comme Paul de Tarse l’expliquera un jour,
une fois éclairé lui aussi par la grâce au-delà de sa nuit :
Selon la chair, il est né de la race de David ;
selon l’Esprit,
il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu ;
et Paul précise :
par sa résurrection d’entre les morts (Rm 1,3-4).

Ainsi Joseph est-il introduit peu à peu,
comme à travers l’obscur,
dans la lumière d’un immense mystère.
Un mystère qui devra être un jour proclamé
à toute la création (Mc 16,15).
Le mystère d’un Dieu venu sur terre
et qui est bien Maître de la Vie,
puisqu’il l’a manifesté
en se relevant d’entre les morts (1 Co 15,20).

Légalement, Joseph est donc le père de Jésus
et il le conduit, avec Marie qui le porte en elle,
vers Bethléem, pour le recensement.
Effectivement, il va le prendre en charge ;
et c’est lui qui conduira la fuite vers l’Égypte
et installera la famille à Nazareth où il sera charpentier.
De ce fait, tout son entourage considérera Jésus,
tout naturellement,
très dignement, comme le fils de Joseph (Jn 6,42).
Et il aura vraiment pour père adoptif
un descendant de David ;
ce qui lui permettra un jour
d’être réellement reconnu pour le Messie promis (Jn 4,26).
Hosanna au Fils de David ! (Mt 21,9).
En ce sens, le rôle de Joseph
est vraiment essentiel et vital
pour accompagner de son ombre
l’avancée dans cette vie de la terre du fils de Marie.
Ou, plus exactement, de l’Envoyé du Ciel.
Et sa paternité, toute faite d’effacement pourtant,
va permettre à Dieu de réaliser, parmi les hommes,
son plan de salut :
faire don à la terre du meilleur de lui-même,
en la personne du Fils unique,
pour faire de nous tous, par lui et en lui,
des fils adoptifs (Rm 8,14-16 ; Ga 4,6).
Voilà, pourrait-on dire tout d’abord,
ce qui s’est réellement passé, avec Joseph,
au temps de la venue du Christ en Judée et en Galilée.

*

Mais qu’est-ce que cela signifie pour nous aujourd’hui ?
L’attitude de Joseph, au cœur de cet avènement du Sauveur,
nous ouvre à une double et merveilleuse lumière
et sur l’amour divin et sur l’amour humain.

Nous sommes tout d’abord enseignés par là,
sur la profondeur de l’amour divin.
Jésus est le Fils bien-aimé du Père de toute tendresse.
Il est sur terre la manifestation parfaite
de l’amour sans faille et sans limite
que lui porte le Père, de toute éternité.
Et, s’il n’a pas besoin d’un père selon la chair
pour naître parmi les hommes,
c’est parce que lui, que ni sang ni vouloir de chair
ni vouloir d’homme, mais Dieu a engendré (Jn 1,13),
est vivant dès avant le commencement (Jn 1,1).
Il y a dans la naissance virginale de Jésus, en Marie,
si merveilleusement respectée par Joseph,
une fois qu’il en a entrevu la signification profonde,
une logique limpide et lumineuse.
Pourquoi en effet
aurait-il eu besoin d’un père selon la chair mortelle,
lui qui est le fils divin du Père éternel ?

Vrai Dieu, né du vrai Dieu
et Créateur de toute chose,
c’est de lui-même et avec une liberté souveraine,
dans la lumière de l’Esprit - car Dieu est Esprit -
qu’il a choisi de prendre chair
dans le sein d’une vierge appelée Marie.
Conçue sans péché et, par grâce, immaculée,
par pure prévenance divine,
elle est devenue première rachetée,
la porteuse de Celui qui porte tout,
et joyeuse servante de son Seigneur
qui fit pour elle des merveilles (Lc 1,49).
Avec Joseph, regardons ainsi Marie, et avec Marie,
conservons et méditons cela dans notre prière et notre cœur ;
et nous apprendrons beaucoup
sur la splendeur de l’amour trinitaire
et la profondeur du mystère de l’Incarnation du Verbe sur terre.
Car Dieu ne nous a pas seulement aimés par le don de la vie.
Il nous a aimés jusqu’au don de Sa propre Vie !
Éclairés par ce regard,
nous pourrons alors
nous laisser enseigner par saint Joseph,
sur ce qui demeure le plus beau de l’amour humain.
Le sens ultime de l’amour humain
est en effet de nous conduire à reconnaître en l’autre
la présence du Divin.
L’effacement devant l’autre est pour cela nécessaire.
En faisant à Dieu et pour Marie,
l’abandon librement consenti d’un amour d’homme,
Joseph nous ouvre à la dimension de ce qui ne passe pas.
Car l’amour est éternel ou il n’est pas !
En faisant à Dieu et devant Joseph,
l’offrande virginale d’un amour de femme,
Marie nous révèle à tous la part spirituelle
qui donne tout son poids à nos amours humaines.
Car l’amour est divin, ou il n’épanouit pas pleinement.

S’aimant ainsi, dans l’effacement réciproque
et le respect mutuel,
Joseph et Marie ne se sont pas aimés moins,
mais davantage.
Ils enseignent ensemble à la terre tout entière
que le plus beau de l’amour
est dans l’amitié et dans la tendresse.
Que le plus beau de l’amour peut conduire, certains jours,
à faire au Créateur de tout amour l’offrande,
par amour, de son amour.
Tout simplement parce que Dieu est Amour.
Et à sa droite, délices éternelles, chantent les psaumes.

Ils enseignent à tous les foyers, à toutes les communautés,
que l’amour est d’autant plus beau, durable et vrai,
qu’il est fait de respect, d’humble douceur,
d’affection mutuelle.
Dans l’attachement réciproque et la fidélité sans retour.
En référence perpétuelle à Dieu,
de qui toute paternité tire son nom (Ep 3,15),
seul capable de faire chanter l’amour
au travers de toutes ses contraintes, de ses limites,
et de la mort elle-même,
puisqu’il en promet le partage
dans un bonheur d’éternité.
Car l’amour est plus fort que la mort
et toute notre vie n’est plus dès lors
qu’une montée joyeuse
vers le bonheur des noces éternelles (Is 62,5 ; Ap 21, 1-3).
Il était bon qu’un jour, le couple le plus aimant du monde
en annonce déjà à la terre, par la venue de Jésus,
la Bonne Nouvelle !


 

Méditer la Parole

21 décembre 1998

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 7,10-16

Psaume 23

Romains 1,1-7

Matthieu 1,1-18-24

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