Jour de l’an

Accueillir, défendre et rayonner la paix

Que la paix du Christ règne dans vos cœurs !
Tel est bien le terme de l’appel
qui vous a rassemblés en un même corps.
Vivez toujours dans l’action de grâce (Col 3,15).

Que nous souhaiter de mieux, frères et sœurs,
que ce que demande pour nous l’Apôtre, dans sa prière,
à cette heure où nous sommes rassemblés
pour célébrer, à la fois, le terme de l’année écoulée
et l’arrivée de l’an tout neuf qui commence ;
cette heure que nous vivons dans l’action de grâce ?

La paix du Christ !
Comment ne pas la mettre au premier rang
de nos préoccupations, de nos efforts, de nos prières,
en ce jour où nous cherchons
quel sens donner au temps qui passe,
en le contemplant à la lumière de l’éternité ?

Que nous dit en effet de tout cela
Celui que le prophète Isaïe appelait déjà :
le Conseiller merveilleux, le Dieu Fort, le Prince de la paix (9,2) ?

Au début de sa vie publique,
le Seigneur Jésus lance, dans les Béatitudes :
Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5,9).
Et, au terme de sa vie, tant à la veille de sa mort
qu’au matin de sa Résurrection,
le Christ Sauveur nous dit encore et nous redit toujours :
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix (Jn 14,27).
La paix, la paix soit avec vous ! (20,19.21).

C’est dire combien Dieu, notre Père,
veut nous voir vivre, construire et partager la paix !
Combien le Christ, lui qui est notre paix,
est venu la proclamer, tant pour ceux qui sont au loin
que pour ceux qui sont tout proches (Ep 2,14-17).
Et combien l’Esprit, à côté d’un fruit d’amour et de joie,
veut que nous portions aussi un fruit de paix (Ga 5,22).
Nous savons bien que, de toujours à toujours,
depuis les commencements dont nous parle le Livre de la Genèse,
jusqu’à ce terme que nous évoque celui de l’Apocalypse,
la recherche, la sauvegarde, le maintien de la paix
sont, perpétuellement, en douleur d’enfantement
dans le monde et en nos cœurs (Rm 8,22).
L’important n’est donc pas de multiplier les discours à ce propos ;
mais de voir ce que nous pouvons faire pour en vivre.

La première vérité dont nous avons ici à nous convaincre
est que la paix la plus vraie est celle
que nous avons tous la possibilité de porter en notre cœur.
Et cette paix, c’est la paix de Dieu,
dont l’Écriture nous dit qu’elle surpasse toute connaissance
et prend sous sa garde nos cœurs et nos pensées
dans le Christ Jésus (Ph 4,7).

Non, aucun d’entre nous n’est obligé
d’être en guerre au plus profond de son âme !
Nul n’est contraint à l’agressivité, à la rancœur,
à la vindicte verbale ou armée, au mépris agressif.
Un vrai chrétien peut même aller jusqu’à l’amour de ses ennemis.

Car, au dedans de nous, la paix, la paix de Dieu
nous est laissée, nous est donnée à tous en partage (Jn 14,27).
Mais cette paix, frères et sœurs, voulons-nous l’accueillir ?
Voulons-nous la garder, la demander, la cultiver ?
Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés,
revêtez des sentiments de tendre compassion,
de bienveillance, d’humilité, de douceur.
Supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement.
Et saint Paul de conclure, nous l’avons entendu tout à l’heure :
Par dessus tout qu’il y ait la charité en qui se noue la perfection (Col 3,12-14).

Quelle grâce pour nos vies que de savoir que
rien ni personne, jamais, ne pourra, durablement,
nous enlever cette paix, puisque c’est, ni plus ni moins,
la paix de Dieu, mise par Dieu, en nos cœurs d’enfants de Dieu !
Prions en cette nuit pour qu’elle reste
vivante, joyeuse et forte, au dedans de nous !

Une autre vérité, apparemment paradoxale,
en fait très complémentaire, que Jésus nous révèle,
s’éclaire pour nous quand il nous dit :
Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive (Mt 10,34).
De quel glaive s’agit-il donc ici ?
Nous le savons puisque c’est également l’Écriture qui nous l’enseigne :
c’est le glaive de la Parole de Dieu (He 4,12).
et le glaive de l’Esprit (Ep 6,17).

Car nous devons bel et bien mener le bon combat (1 Tm 6,12).
Le bon combat de la foi mais aussi de la justice,
de la miséricorde, du pardon, de la chasteté,
du travail bien fait, de la fidélité à toute épreuve…
Et là, il faut savoir labourer, émonder
et, pour garder l’image évangélique, ferrailler parfois !
Mais la paix, la paix de nos familles,
de nos communautés, de nos vies, est à ce prix.
La vraie paix n’est pas une douceur sucrée
qui s’obtient par la piété, en deçà de toute lutte.
La vraie paix est au-delà du combat et de la croix.
Celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, nous dit Jésus,
celui-là sera sauvé (Mt 10,22).

Que nous reste-t-il à faire, pour conclure ?
C’est encore Jésus qui nous le dit :
à devenir des artisans et des messagers de paix (Mt 5,9).
Des artisans, pour la construire.
Et des messagers, pour l’annoncer.
Car la paix se façonne et se partage.

A priori cela peut nous paraître peut-être
un peu laborieux et un peu ardu.
En fait, il y a une joie incomparable à travailler
à l’édification et au rayonnement de la paix.
Que ce soit en notre âme ou en notre entourage.

Regardons le Père : comme il se plaît à tout réconcilier !
Regardons le Fils : comme il s’active à tout pardonner !
Regardons l’Esprit : comme il s’évertue à tout consoler !
Le grand bonheur de Dieu est de tout mettre en œuvre
pour semer la paix dans les cœurs.
En ce monde tel qu’il est ?
Il est sûr qu’on est encore loin du Royaume de la Gloire !
Mais chacun d’entre nous n’est-il pas un peu le champ de Dieu ?
Ne sommes-nous pas ensemble une part du jardin de Dieu ?
Qu’au moins dans le parterre de nos vies, réunies par la foi,
la paix du Christ nous fasse vivre dans la confiance.

Cette confiance dont des milliers de jeunes de toute l’Europe,
réunis ces jours-ci à Paris,
sont venus rappeler au monde l’urgence et la nécessité.
Avec eux, frères et sœurs, chers amis, devenons tous,
comme Jésus nous le demande, des artisans de paix
et nous serons dignes d’être appelés fils de Dieu !
 

Méditer la Parole

1er janvier 2003

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

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