2e semaine de Carême - A

Transfiguration de lumière

Nous portons tous en nous le désir
de ce que l’Évangile appelle la lumière véritable (Jn 1,9).
En songeant au passé notre âme en ressent
comme une nostalgie viscérale.
En regardant vers l’avenir, notre cœur en éprouve
comme une inaltérable soif.
Comment vivre dans la ténèbre, quand nous sommes faits
pour marcher dans la lumière (Jn 12,36),
pour goûter la splendeur de la vérité
et voir le Jour de Dieu, en sa clarté éternelle ?

Qui donc nous révélera et nous rendra la vraie lumière ?

                          *

Dans le commencement, dont le souvenir originel
demeure, fût-ce malgré nous, inscrit en nous,
Dieu a créé le monde dans la lumière (Gn 1,1-3).
Il a fait l’homme à son image
et comme un clair reflet de sa ressemblance (1,26).
Mais Adam s’est plongé de lui-même
dans les ténèbres extérieures,
en se coupant de la familiarité avec Dieu.

Tout a donc recommencé avec Abraham,
le père de l’histoire biblique à qui le Seigneur a dit :
Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père.
Va vers la terre que je te montrerai.
En obéissant à la voix, il s’est extrait de la nuit du paganisme.
Mais de la pleine lumière de Dieu,
Abraham n’a vu que de pâles reflets,
à travers l’apparition de trois anges à Mambré (Gn 18)
et un brandon de feu, lors d’une vision nocturne (15,17).

Moïse a eu la grâce de s’approcher de la gloire du Seigneur,
sur le Mont Sinaï dont il est redescendu le visage transfiguré.
Mais, sans pouvoir contempler sa face, dans la fente du rocher,
et en ne le voyant passer que de dos (Ex 33,8-23).
Avant de voir son âme ravie par Dieu,
à sa mort, sur le Mont Nébo (Dt 34) .

Élie dont la parole brûlait comme une torche (Si 48,1),
n’a pu que reconnaître la voix du Très-Haut
dans le murmure d’une brise légère (1 R 19,12).
Avant d’être emporté au ciel sur un char de feu (2 R 2,11).

                          *

Qui donc est-il celui-là (1 Jn 3,3-7) ?
Ce Christ nouvel Adam qui vient de déclarer :
Avant qu’Abraham apparût, moi je suis (Jn 8,58) ;
et qui apparaît aujourd’hui, sur une haute montagne,
entouré de Moïse et d’Élie, s’entretenant avec lui (Mt 17,3) ?

On est en pleine nuit
et voilà qu’elle rayonne soudain de la clarté du jour !
Tout est plongé dans l’ombre, et le visage de Jésus
resplendit comme le soleil,
ses vêtements éblouissants comme la lumière (17,2).

En face de ces trois hommes de la terre
qui ont pour nom : Pierre, Jacques et Jean,
se tiennent trois personnages descendus du ciel.
Moïse représentant la Loi, Élie représentant les prophètes,
et Jésus qui s’est présenté à Nicodème
comme le Fils de l’homme venu du ciel (Jn 3,13).
Jésus qui vient de demander à ses disciples :
Et vous que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? (Mt 16,15).
Frères et sœurs, la Transfiguration que l’on évoque en ce jour
nous donne la réponse à cette question
adressée par le Christ à chacun :
Qui donc est-il pour nous ?

                          *

À l’évidence, ce Jésus (Ac 2,32.34) vit, parle
et agit comme un juste (Ac3,14 ; 1 Jn 2,8).
Ses œuvres attestent la vérité de ses paroles (Jn 10,37-38).

Comme Abraham et plus qu’Abraham,
ce sage est ami de Dieu.
Personne ne peut accomplir les signes que tu accomplis
si Dieu n’est avec lui, lui avoue Nicodème (3,2).
C’est un intime du Très-Haut
qui gravit la montagne pour prier.
Pour y vivre à l’écart,
une nuit de cœur à cœur avec Dieu son Père.
Comment ne pas être touché par ce fervent familier de la prière ?

C’est aussi un prophète et même, comme disent les gens,
le grand prophète qui doit venir dans le monde (Jn 6,14).
Celui qui, comme Moïse et Élie, et plus encore qu’eux
(puisque tous deux l’entourent visiblement à cette heure),
vient annoncer la Loi nouvelle et l’Avènement du salut
Les promesses contenues dans la Loi et les prophètes
par lui vont donc se réaliser
et s’accomplir (Mc 1,15 ; Jn 4,34 ; 19,30).

Mieux encore, il est celui qui évoque,
avec ses vêtements éblouissants,
le Fils de l’homme de la vision du prophète Daniel (7,13 ; 10,5-6).
Un Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel,
habillé de lin blanc
et faisant figure de juge suprême (Mt 26,44 ; Jn 1,51).

C’est donc lui, le Messie tant attendu ;
puisqu’Élie dont le retour doit précéder sa venue parmi nous,
se tient à cette heure à ses côtés.
Voilà bien le Sauveur et le Rédempteur de l’homme (Jn 4,42) !

Ce messager du ciel est donc tout habité de vie divine.
Pierre a raison de proposer de dresser trois tentes.
L’arche d’alliance, jadis perdue, est enfin retrouvée.
Le Christ Jésus est le tabernacle vivant
de la présence de Dieu sur la terre des hommes (Jn 2,19-20).
Le Verbe fait chair est ven
 établir sa demeure parmi nous (1,16) !

À travers la lumière de cette théophanie sur la montagne,
c’est-à-dire de cette manifestation de Dieu,
la Révélation, malgré la nuit, éclate comme en plein jour.
La voix du Père, sortie de la nuée se fait entendre.
Le Seigneur est là et Il parle. Il nous parle à chacun.
Il nous révèle la vraie identité de Jésus de Nazareth :
Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur (Mt 17,6).
C’est le Seigneur de la gloire, comme dit l’apôtre Paul,
dont on peut écouter et suivre la parole.
Et l’Esprit lui-même est là,
au cœur de la nuée lumineuse, nous prenant
(comme la Vierge Marie, le jour de l’Annonciation)
sous son ombre, pour nous éclairer
et nous réjouir de sa grâce (Lc 1,35).

                          *

Si donc le Seigneur en personne
est ainsi descendu jusqu’à nous
et nous a manifesté sa gloire (Jn 1,14 ; 17,22-24),
qui sommes–nous, nous les hommes,
pour mériter une telle attention ?
Pour bénéficier d’une telle faveur
et d’une telle complaisance (Lc 2,14) ?

Nous pouvons interroger à notre tour,
le Seigneur Dieu qui nous est apparu :
«Et Toi, Seigneur, que nous dis-tu ?
Pour Toi, qui sommes-nous ?»

Dieu nous répond en nous disant d’abord
qu’ayant été créés par lui à son image et ressemblance
nous sommes déjà porteurs de sa lumière.
Oui, Dieu est lumière (1 Jn 1,5)
et nous sommes participants de la nature divine (2 P1,4).
Ce même Christ qui a proclamé :
Je suis la lumière du monde (Jn 8,12),
c’est lui aussi qui nous dit :
Vous êtes la lumière du monde ! (Mt 5,14).
Nous pouvons donc entendre l’exhortation de son Apôtre :
Jadis vous étiez ténèbres,
mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur.
Conduisez-vous en enfants de lumière (Ep 5,8).

Pour devenir de vrais reflets de cette clarté divine,
il nous faut dès lors monter, comme Pierre, Jacques et Jean
à la suite de Jésus, sur la montagne.
Nous arracher aux ombres du péché, aux choses d’en bas,
pour élever nos regards vers les réalités du ciel (Col 3,1-3).
Il nous faut mourir ensuite, comme Moïse et Élie
qui ont offert leur vie à Dieu dans une fidélité sans partage ;
et comme les trois apôtres qui sont allés jusqu’au martyre.
Car on ne peut pas voir Dieu sans mourir,
c’est-à-dire sans ressusciter !

Non, ce n’est pas en vain que Jésus parle ici
de son départ vers Jérusalem
où il va être mis à mort pour nous rendre à la Vie.
Il nous invite par là à nous souvenir
que ce n’est que par la pâque de notre mort
que nous pourrons entrer dans la patrie du ciel.
Si donc quelqu’un veut venir à ma suite,
qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Qui veut en effet sauver sa vie la perdra,
mais celui qui perd sa vie à cause de moi
la trouvera (Mt 16,24-25).

Ces paroles de Jésus peuvent nous paraître
dures à entendre et à faire nôtres.
Mais qui d’autre que Lui, le Fils du Dieu Sauveur,
peut nous assurer une victoire sur la mort ?
Et puisque de toute manière, nous devrons tous
perdre la vie, au terme de la route,
autant la perdre pour Lui,
puisque Lui seul a le pouvoir de la rendre éternelle !

                          *

Comme le dit magnifiquement Irénée de Lyon, au IIe siècle :
«Le Verbe de Dieu, Jésus-Christ notre Seigneur,
à cause de son surabondant amour,
s’est fait cela même que nous sommes
afin de faire de nous cela même qu’il est» .

Dieu nous a sauvés et Il nous a donné une vocation sainte,
nous rappelle l’apôtre Paul en ce jour.
Cette grâce est devenue visible à nos yeux ;
car notre Sauveur le Christ Jésus s’est manifesté
en triomphant de la mort et en faisant resplendir
la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile (2 Tm 1,9-10).

Ainsi serons-nous d’abord tous transformés (1 Co 15,51).
Il faut en effet que cet être corruptible
revête l’incorruptibilité
et que cet être mortel revête l’immortalité (15,53).

Le Seigneur pourra alors, comme promis
(quelle espérance pour nos vies
si nous avons foi en ces paroles !),
transfigurer notre corps de misère
pour le conformer à son corps de gloire (Ph 3,21) !
 

Méditer la Parole

17 février 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Genèse 12,1-4

Psaume 32

2 Timothée 1,8-10

Matthieu 17,1-9

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