Nuit de Pâques

Du profond bouleversement au grand renouvellement

 Elles partaient d’un pas contenu, en deuil et tout éplorées ;
et voici qu’elles reviennent en courant, toute joyeuses, réconfortées !
Elles allaient laver et vénérer le corps d’un supplicié, enseveli ;
et voilà qu’il leur est dit par l’Ange du Seigneur
qu’il est vivant, ailleurs, ressuscité (Lc 24,5) !
Elles pensaient trouver une tombe scellée,
fermée par une lourde pierre (Mc 16,3) ;
et c’est un tombeau ouvert et vide qui s’offre à leur regard,
rayonnant de lumière (Mt 28,3) !
La marche nocturne de ces femmes vers le Golgotha (Jn 20,1),
ployant sous le poids de leur peine,
se change soudain en course d’allégresse,
rapportant aux disciples la Nouvelle (Mt 28,8).

La Résurrection du Christ Jésus que nous fêtons en cette nuit bénie,
est tout entière figurée dans ce double mouvement,
à partir de quoi tout s’éclaire et reprend vie.
Bouleversement d’un monde ancien, d’une part,
dont on sent qu’il est appelé à disparaître définitivement un jour (Ap 21,1).
Renouvellement d’un monde nouveau, d’autre part,
dont on voit bien qu’il nous appelle tous
au partage d’une vie nouvelle et éternelle.

Tout le mystère de Pâques est dans ce «passage» :
De la ténèbre à la lumière. Du désespoir à l’espérance.
De la mort à la vie.
On passe à ce qui ne passe pas !
Frères et sœurs, laissons-nous guider quelques instants,
nous aussi, par ces femmes dont le Seigneur a fait
les premiers témoins de sa Résurrection
et les joyeuses apôtres des apôtres.

                            *

Bouleversement complet tout d’abord
d’un monde ancien appelé à passer.
Nous revoyons bien la scène.
Sa seule contemplation nous éclaire déjà.
Inquiètes et douloureuses, courbées d’accablement,
mais poussée par leur affection
pour leur Seigneur et Maître (Jn 13,13),
quelques femmes venues de Galilée avec lui (Lc 23,55)
s’en retournent donc au tombeau, portant des aromates (24,2).
Ultime étape d’une longue marche à sa suite,
tragiquement interrompue, où tout, à présent,
est consommé (Jn 19,30, achevé (17,4 ; 19,28),
douloureusement accompli (14,10).
Elles n’avaient de pensée que pour c e corps figé dans la mort,
gisant en ce lieu où toute espérance est à jamais éteinte.

Mais voici que tout a changé !
Rien n’est plus comme avant-hier.
Dans la lumière du jour levant elles ne reconnaissent plus
ce qu’elles avaient laissé dans la nuit tombante.

Le rocher est fendu. La pierre, roulée de côté.
Une lumière éclatante inonde le tombeau.
L’ange du Seigneur brille comme l’éclair.
Et son vêtement resplendit comme neige au soleil.
Les gardes terrorisés, pétrifiés sur place, sont comme morts.
Et la voix de l’Envoyé du ciel proclame
dans la fulgurance de ce premier jour,
marquant la fin des anciens temps :
Vous, soyez sans crainte ! Plus de place à la peur (Jn 14,27) !
Je sais que vous cherchez Jésus le crucifié.
Pourquoi chercher parmi les morts celui qui ne l’est plus ?
Il n’est pas ici. La terre ne le retient plus.
Car il est ressuscité (Mt 28,5-6) !
Et il l’est une fois pour toutes (Rm 6,10).

Quel bouleversement !
La mort est terrassée. Le linceul est vide L’enseveli a disparu.
Les gardes n’ont rien pu arrêter.
Le Prince de ce monde est jeté bas (Jn 12,31).
Jésus s’est soustrait à la corruption.
Il a échappé à notre terre et à notre condition mortelle.
Ni l’espace ni le temps d’ici-bas ne le retiennent plus.
C’est peu de dire qu’il n’est plus là.
C’est insuffisant de dire qu’il est ailleurs.
Il n’est plus de ce monde (Jn 18,36). Il est au-delà.

Il ne reste plus de lui que des traces.
Comme cette ouverture béante ; cette pierre poussée de côté ;
ces linges mortuaires, témoins à jamais donnés au monde
de ce qui s’est passé en ces jours-là (Lc 24,18).
Ils vont devenir, au long des siècles, la marque ineffaçable,
indiscutable, de son relèvement d’entre les morts !
Oui, quel renversement !

                            *

Mais tout n’est pas fini avec cela.
Si tout un monde est bouleversé et comme renversé,
il n’est pas détruit pour autant.
Tout au contraire ! Il est redressé, sauvé, appelé à se reconstruire.
Ce premier matin de la première Pâque
dont chaque dimanche va faire mémoire pour la suite des âges,
manifeste un merveilleux renouvellement.
Revenons à la scène de l’Évangile.
Voici que Jésus en personne vient à leur rencontre (Mt 28,9).
Elles cherchaient un cadavre couvert de blessures
et voici qu’elles se trouvent en face du Prince de la Vie (Ac 3,15),
rayonnant de lumière et de paix (Jn 20,19.21.26).
Elles le croyaient à jamais perdu dans la mort,
enlevé peut-être même par des mains hostiles,
et donc doublement disparu ;
et voilà qu’il est là, vivant, plus présent qu’autrefois.
Il s’est relevé d’entre les morts, marchant debout vers elles.
Et quelle déclaration bouleversante de joie et de simplicité :
Je vous salue, leur dit-il familièrement,
comme au matin de ses jours en Galilée.

Les voici toutes à ses pieds, le saisissant ensemble de leurs mains
pour ne plus le laisser partir.
Il nous faut savoir contempler, frères et sœurs,
le sourire lumineux sur le visage de Jésus
et les pleurs de joie sur les joues de ces jeunes femmes
représentant l’Église du Christ en train de naître à la vie nouvelle.

                            *

Mai trêve d’émotion ! Jésus leur dit aussitôt :
Soyez sans crainte ; allez annoncer à mes frères
qu’ils doivent se rendre en Galilée,
c’est là qu’ils me verront (Mt 28,10).
La Galilée du printemps de la vie de Jésus
va devenir la terre du nouveau printemps de l’Église du Christ !

Tout recommence merveilleusement.
Tout se renouvelle divinement.
Un monde ancien a disparu. Un monde nouveau est apparu.
Les temps sont accomplis… Croyez à la Bonne Nouvelle,
avait-il proclamé au matin du premier jour (Mc 1,15).
Tout est accompli, a-t-il lancé
à la dernière heure du dernier jour (Jn 19,20).

Un monde nouveau apparaît que le Seigneur appelle
à la justice, à la vérité, au pardon, à la paix.
Un homme nouveau se lève qui est invité à marcher
sur les pas du Christ, lumière du monde (Jn 8,12 ; 12,35-36).
En vérité il nous l’a dit :
Le Royaume de Dieu est au milieu de vous (Lc 17,21).
Il nous l’a promis et nous pouvons témoigner combien c’est vrai :
Il demeure avec nous tous les jours
jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20).

                          * *

Frères et sœurs, que conclure pour nous,
aujourd’hui, de cette page d’Évangile ?

Que nous savons désormais à quoi nous pouvons
et devons même mourir, mais pour mieux encore revivre.
À quoi nous pouvons employer notre plus haute liberté
et nos plus belles énergies, pour faire passer,
à Sa suite et avec Sa grâce rédemptrice,
ce vieux monde d’épreuves, d’injustice,
d’affrontements, de tristesse, de solitude ;
à un nouveau monde empreint de joie,
de partage, de droiture et de paix.
À revêtir l’homme nouveau qui a été créé selon Dieu
dans la justice et la sainteté de la vérité (Ep 4,24).
Et se renouvelle, comme il l’est aussi écrit,
à l’image de son Créateur (Col 3,10).

Ainsi faut-il encore que tout passe en nous vers ce qui ne passe pas !
Au cri déchirant de douleur de Jésus, sur la croix,
répond aujourd’hui le cri de foi,
d’espérance et d’amour de l’Église des croyants.
C’est un cri de foi qui proclame
la victoire du Fils de Dieu sur la mort
et son retour glorieux vers la Maison du Père (Jn 20,17).
C’est un cri d’espérance qui annonce le salut
à tous les hommes de bonne volonté,
à présent rachetés de la mort et du péché.
C’est un cri d’amour à l’adresse du Seigneur,
nous appelant comme lui à donner notre vie pour nos frères
et à l’offrir au Père de tendresse, par pur amour.
Et c’est un cri d’allégresse
car, là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé (Rm 5,20) ;
et la mort n’est plus une fin absurde,
mais un retour à la Maison du Père (Jn 14,1-3).

L’apôtre Paul peut le proclamer en des paroles pleines d’audace :
Si, par le baptême dans sa mort
– et nous allons célébrer tout à l’heure celui de cinq catéchumènes –,
nous avons été mis au tombeau avec lui,
c’est pour que nous menions une vie nouvelle…
Car si nous sommes déjà en communion avec lui
par une mort qui ressemble à la sienne,
nous le serons aussi
par une résurrection qui ressemble à la sienne.
Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ,
nous croyons que nous vivrons aussi avec lui (Rm 6,3-5.8).

                            *

Frères et sœurs,
si vraiment la foi, l’espérance et l’amour du Christ ressuscité
habitent nos âmes et font chanter nos cœurs,
quelle joie de pouvoir nous regarder et nous offrir à Dieu
comme des vivants revenus de la mort (Rm 6,13) !

 

Méditer la Parole

23 mars 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

-

Psaume 117

Romains 6,1-10

Matthieu 28,1-10

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