Dimanche de Pâques - A

La résurrection de Jésus-Christ,
c’est le socle et le moteur de la foi et de la vie chrétiennes.
S’il n’y a pas d’adhésion profonde à Jésus ressuscité,
le mouvement de la foi se fige en système,
le socle fait pour prendre son élan se transforme en carcan.
Sans l’adhésion profonde à Jésus ressuscité,
foi et vie chrétiennes tendent trop à se réduire
à une doctrine et à une morale.
Cela ne suffit pas pour vivre.

Or nous voulons vivre.
Nous nous approchons de la foi, timidement ou résolument ;
ou encore nous y persévérons, avec détermination ou hésitations,
parce que nous pressentons –ou nous savons déjà-
que Jésus-Christ est l’ami de la vie,
l’ami de ma vie,
le maître de Vie.
Mais quant à adhérer de tout soi-même à la résurrection de Jésus,
est-ce si évident, es-ce si direct ?
Non, bien sûr !
Or c’est bien cela qui transforme la vie.
La foi qui ne change rien à la vie ne sert à rien.
Ce n’est, d’expérience, que la foi en la résurrection
qui change la vie, qui donne à la vie un goût de vie.

Mais ils sont nombreux ceux qui disent
que la résurrection n’est pas croyable.
C’est trop vite dit.
Car en fait, c’est tout à fait crédible.
Ce qui ne veut pas dire que la foi en la résurrection s’impose.
Crédible, cela veut dire qu’il y a de sérieux motifs de croire,
sur lesquels la foi repose.
Voyons-en quatre :
la révélation de dieu ; un fait constaté ;
une personne rencontrée ; une actualité personnelle.

                        *

La résurrection de Jésus est crédible d’abord
parce qu’elle scelle toute la révélation biblique.
C’est comme la signature finale de Dieu au bas de la page.
C’est la manifestation ultime, complète, définitive de Dieu.
Par la résurrection de Jésus-Christ,
le Dieu inconnaissable qui s’est peu à peu fait connaître
récapitule tout le message de la Révélation.
Il s’est toujours fait connaître par des actes.
Des actes posés dans l’histoire des hommes,
au milieu d’un peuple choisi pour en être témoin : Israël.
Ces actes sont parlants.
Ce sont des paroles actives.
Elles disent sans se lasser,
en se montrant comme des événements,
que Dieu n’est pas le concept initial
au bout de la chaîne des causes.
Qu’il n’est pas le principe explicatif premier, abstrait.
Mais qu’il est un sujet vivant.
Un sujet vivant porteur d’un projet.
Un être dont le nom d’être est un nom de vie :
«Je suis celui qui suis».
Et qui, en raison de qui il est,
porte un projet qui lui ressemble,
un projet de vie.
Ce projet, il le crée.
C’est le monde, dont l’homme est le but et le sommet.
La révélation,
c’est le dévoilement progressif de ce Dieu vivant,
imaginatif, créateur d’un monde fait pour la vie,
et confié à l’être humain comme un projet à achever,
à parachever en l’humanisant.

Cette révélation a été reçue au cœur de l’Histoire humaine,
en son cours marqué par la mort et empoisonné par le péché.
Dans cette Histoire, dans ce monde tel qu’il est,
Dieu se révèle par ses actes comme le sauveur de la vie,
le guérisseur de la maladie,
le consolateur dans l’affliction,
le purificateur du péché,
bref comme le promoteur de la vie,
engagé pour l’homme dans une lutte contre les forces de mort.
La résurrection de Jésus-Christ est l’ultime, de ce point de vue.

Ce Jésus, mort sur la croix,
«Dieu l’a ressuscité, conformément à l’Écriture»,
conformément à tout le mouvement progressif de la révélation.
Dieu, fidèle à lui-même, se révèle par là totalement véridique.
Et crédible.
Dieu, dans la résurrection de Jésus,
est fidèle à sa Création, fidèle à l’Histoire,
fidèle à la Terre, fidèle au corps humain.
Ce qu’il a suscité, il ne l’a pas abandonné à la mort.
Il l’a re-suscité dans la mort, à partir de la mort.
La fidélité de Dieu fait toute sa crédibilité.
Il fallait la résurrection de Jésus pour que cela soit manifesté,
et qu’ainsi la révélation soit achevée dans cet acte de Dieu.

                        *

Le deuxième motif de crédibilité de la résurrection,
c’est qu’il s’agit d’un fait.
C’est un fait appartenant à l’Histoire.
Un fait constaté par des témoins et répercuté par leur témoignage.
Le constat porte sur un tombeau trouvé vide.
Disparition du corps enseveli l’avant-veille.
Des linges mortuaires abandonnés sur place.
Ce constat prend sens en le croisant avec les annonces préalables
que Jésus avait faites de sa résurrection.
Sans elles, le fait ne serait qu’une énigme.
Mais «il l’avait dit», sans qu’ils puissent alors comprendre,
mais «afin que le moment venu ils croient».
À cette pré-interprétation s’ajoutent,
pour donner sens à ce «vide»,
les multiples rencontres entre le Ressuscité et ses amis.
Des femmes en tout premier lieu, dont Marie de Magdala.
Mais aussi Pierre,
puis tour à tour deux disciples se rendant à la campagne ;
sept disciples au matin d’une pêche nocturne ;
les dix puis les onze, reclus dans une chambre,
qui plus tard ont «mangé et bu avec lui après sa résurrection» ;
et jusqu’à «500 frères à la fois».
Le témoignage de ces témoins
a toutes les apparences de l’honnêteté,
puisque les récits qui nous les rapportent
confessent qu’ils eurent d’abord des doutes.

Il y a donc un fait appartenant à l’Histoire
par ses indices incontestables :
tombeau vide, linges abandonnés, rencontres du ressuscité.
Mais il faut aussitôt préciser
que ce fait est en tant que tel situé  hors de l’Histoire.
Car personne n’a été témoin de la résurrection proprement dite.
C’est un secret divin, un moment hors de toute perception,
dont les empreintes sont dans le temps humain.
La résurrection reste et restera un «mystère».
De cela nous tirons deux conclusions.
Comme fait, nous savons que la résurrection est.
Comme mystère, nous ne savons pas ce qu’elle est.
Mais nous savons très bien ce qu’elle n’est pas.
Elle n’est ni la reprise de la vie comme avant,
ni la réanimation d’un cadavre à l’identique.
Elle est autre.
Quoi ?
Le Nouveau Testament nous fournit des éléments de réflexion,
qu’à chaque génération nous approfondissons.
Mais il ne nous fournit sur ce point aucune conclusion.

                        *

Car en effet, la résurrection ne se réduit pas à un fait.
bien davantage, il s’agit d’une personne.
«Je suis la Résurrection», dit Jésus.
La résurrection n’est pas une fraction de seconde dans son destin,
qui l’aurait fait basculer au-delà de la mort.
La Résurrection, c’est le fond même de sa personne.
La résurrection, c’est lui en personne.
«Je suis la Résurrection.»

Le nom d’être divin, le Nom de Vie,
le «Je suis celui qui suis»,
est comme précisé ici.
Le Verbe de Dieu qui a agit dans toute l’histoire,
celui qui S’est dit par Ses actes sauveurs,
est le Sujet divin qui assume l’humanité de Jésus.
Quand Jésus dit «Je suis la Résurrection»,
c’est le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu,
la Personne Divine qui parle
par l’humanité pleine et entière, libre,
pleinement consciente, de Jésus.
Et cette Personne s’offre en relation,
dans une communication humaine d’Elle-même, par Jésus.
Jésus, Verbe de Dieu et homme parfait,
sollicite notre confiance :
«Qui croit en moi ne mourra jamais».
Par le fait de la résurrection,
Jésus qui est La Résurrection en Personne,
devient apte à entrer en relation avec chacun,
sans limitation d’espace ou de génération.
La relation avec Jésus,
donc la relation avec La Résurrection,
devient une possibilité personnelle et universelle.
Et la relation la plus belle,
la relation de confiance, c’est la vie.
Pas de confiance, pas de communion entre les personnes,
pas de vie.
Mais là où se développe la confiance, là se développe la vie.
«Qui croit en moi ne mourra pas. Je suis la Résurrection.»
Communier par la foi à Jésus, c’est participer à la Résurrection.

                        *

Voilà pourquoi, en quatrième lieu, la résurrection est crédible.
Parce qu’elle ouvre sur l’actualité
d’une relation personnelle vivifiante.
Une relation de confiance avec Jésus ressuscité,
«médiateur entre Dieu et les hommes»,
révélateur ultime de Dieu aux hommes.
Jésus est le lien de communion entre les hommes et Dieu.
La résurrection de Jésus n’est donc pas une glorieuse exception,
mais le gage anticipé
d’une universelle extension de sa Résurrection
à toute personne, à la totalité de chaque personne,
y compris le corps,
et à l’histoire entière, avec le cosmos qui la soutient.
La résurrection s’actualise dans des vies d’aujourd’hui,
quand des hommes, des femmes, des enfants,
adhèrent à Jésus par la foi.
La Résurrection fait partie de l’histoire d’aujourd’hui
par ces vies où elle a été
intégrée par le baptême et intériorisée par la foi.
Elle a un impact transformant très conscient
pour tous ceux et celles que la Résurrection
a sensiblement libérés d’une affliction,
d’une dépendance, d’une dépression, d’une désespérance.
Mais elle agit aussi au plus profond
chez tous ceux qui, de bonne volonté,
se laissent peu à peu transformer par leur foi.
Elle agit, mais pas seule. Elle agit d’autant plus que chacun
coopère en laissant de côté
ce qui en sa vie est déjà marqué par la mort ;
et en travaillant à développer la vie nouvelle par sa fidélité
et sa conversion toujours renouvelée.

Méditer la Parole

23 mars 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Patrick

 

Frère Patrick

Lectures bibliques

Actes 10, 34a.37-43

Psaume 117

Colossiens 3,1-4

Jean 20,1-9

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