2e Dimanche de Pâques - C

Que voit donc Thomas ?

Frères et sœurs, ne décrions pas trop vite
la conduite de ce pauvre apôtre Thomas
que nous avons l’habitude de classer
dans la catégorie des incrédules.
Si son nom signifie «Jumeau»,
nous pouvons sans peine
nous reconnaître parfois en lui.
Thomas a le mérite d’être honnête avec lui-même.
Il ne cache pas à ses frères ses doutes,
ses difficultés à croire.
Essayons tout d’abord de comprendre
ce qu’il vit quand les disciples lui disent :
«Nous avons vu le Seigneur !»

Face à cette nouvelle, Thomas
est totalement désorienté.
Qui ne le serait pas ?
Il a vu son maître mourir sur la croix
et on lui annonce qu’il s’est manifesté vivant.
Si Thomas ne croît pas, c’est parce que tout d’abord
il ne s’attendait pas à la résurrection de Jésus.
Pour lui, Jésus est mort,
l’espérance d’une libération est déçue,
il n’y a plus qu’à faire le deuil
de cette expérience malheureuse.
Dire que Jésus est vivant,
ne serait-ce pas une négation de la réalité
que nul ne peut réfuter :
Christ est mort et les témoins ne manquent pas
pour attester ce fait ?
Thomas est un pragmatique.
Face à l’inattendu d’une résurrection
confessée par les dix autres apôtres,
Thomas a besoin d’un temps de mûrissement
pour consentir à l’inouï de Dieu.
Huit jours plus tard, il professera sa foi,
ce chiffre huit signifiant l’accomplissement
dans les Ecritures.
C’est une manière symbolique de nous dire
que la foi est un chemin de toute une vie,
du premier jour au dernier jour
qui ouvre sur l’éternité de Dieu.


La foi de Thomas bute donc contre l’inattendu,
mais aussi contre l’incompréhension.
Thomas n’a pas seulement  besoin de voir pour croire ;
il a besoin de comprendre.
Il est plein de bon sens.
Quand, à la dernière Cène, Jésus dit aux apôtres :
«Du lieu où je vais, vous savez le chemin»,
Thomas le reprend vivement car il ne comprend pas :
«Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas.
Comment saurions-nous le chemin ?
» (Jn 14,4-5).
Thomas n’est pas à l’aise avec les images,
les symboles et les paraboles.
Mais si Jésus se met à parler clairement, alors oui,
Thomas se donne tout d’une pièce.
Aussi quand Jésus met un terme
au doute qui planait sur le sommeil de Lazare
en déclarant : «Lazare est mort…
allons auprès de lui
»,
Thomas exprime alors son attachement
à Jésus sans détour :
«Allons, nous aussi, et mourons avec lui !» (Jn 11,11-16).
L’intelligence ne s’oppose pas à la foi.
Elle est à son service.
Elle n’aime pas l’obscurité,
elle a besoin de la lumière.
Ce surcroît de lumière nécessaire à Thomas pour croire
va lui être donné par la vision de Jésus ressuscité.
Ce n’est pas tant la vision du Ressuscité en elle-même
qui est essentielle à Thomas
mais la vision intérieure du mystère
qui se déploie sous ses yeux.
Que voit donc Thomas ?

Thomas voit d’abord la prévenance
de Dieu à son égard.
L’accueil du Ressuscité dans sa vie
est un don de Dieu.
Jésus prend l’initiative de se  manifester vivant
à Thomas et celui-ci en est tout retourné.
Autant dire que Jésus sait ce qu’il nous faut
pour croire, et il nous le donne.


Pour Thomas, cette initiative divine
de se manifester à lui, pauvre pécheur,
le renvoie à l’inattendu de la Résurrection.
Dieu est imprévoyant,
il déploie sa puissance
au-delà de notre entendement
et Thomas en fait l’expérience,
car le Ressuscité est là, aujourd’hui,
pour lui devant lui.
Dans sa chair, Thomas éprouve l’inouï de Dieu.


Plus que cela, Thomas remonte
à la source de cette initiative de Dieu.
C’est par amour personnel pour lui
que Jésus se donne à lui aujourd’hui.
L’intelligence de Thomas s’éclaire.
Jésus, avant sa mort, avait parlé à ses disciples
de sa résurrection mais eux ne comprenaient pas
ce que signifiait ressusciter d’entre les morts.
Aujourd’hui, Thomas comprend que la résurrection
est la manifestation de la miséricorde divine.
Voir le Ressuscité est plus que voir
un vivant revenu de la mort.
Voir le Ressuscité, c’est comprendre
que les souffrances du Crucifié avaient un sens.
Elles étaient l’expression de l’amour de Dieu pour lui.
Thomas veut toucher les plaies
et finalement, c’est lui qui est touché.
Dans ces plaies glorifiées,
il voit sa lâcheté transfigurée,
son péché pardonné,
son incrédulité dépassée,
ses blessures guéries,
son cœur brisé unifié.
Thomas comprend que la Résurrection
ne concerne pas seulement Jésus.
C’est sa propre vie, sa propre histoire
qui est saisie dans la pâque du Christ,
dans ce passage de la mort à la vie.
Thomas voit alors plus loin
que la personne de Jésus ressuscité.
Les esprits mauvais qui criaient à Jésus :
«Nous savons qui tu es, tu es le Fils de Dieu»,
avaient la connaissance, mais pas la foi.
Leur proclamation ne les engageait à rien.
Mais Thomas, en confessant à Jésus :
«Mon Seigneur et mon Dieu»,
se lie à jamais à lui.
Il voit plus que Jésus,
il voit celui qui est le Maître de sa vie.
Thomas devient alors vraiment disciple.
Sa foi professée est plus qu’une parole,
c’est un ordre de mission.
Croire le pousse à changer de vie.
Comme le souffle de Dieu insufflé à Adam,
le souffle du Ressuscité, l’Esprit-Saint,
est insufflé dans le cœur des croyants.
Croire est un acte de recréation.
Une vie nouvelle est offerte.

Thomas voulait voir pour croire.
Mais cette foi qu’il désirait était toute petite
par rapport à celle que lui offre Jésus.

Elle restait le fruit de son œuvre personnelle

et non un don  gratuit de la miséricorde diivne.
Croire, c’est mourir à une certaine façon de voir
pour ressusciter à une autre manière de voir.
Il faut toute une vie, du premier au huitième jour,
pour conduire notre foi à son accomplissement.
À l’heure de notre mort,
le Christ se présentera à nous.
Puissions-nous lui dire,
comme Thomas notre jumeau :
«Mon Seigneur et mon Dieu !»

Méditer la Parole

3 avril 2016

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

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