Fête de la Pentecôte - A

L’Esprit du Christ est le nôtre

S’il est vrai que nul ne peut dire que Jésus est Seigneur,
sinon sous l’action de l’Esprit Saint,
il l’est plus encore qu’on ne peut comprendre
le mystère du Saint-Esprit qu’à la lumière du Christ
qui nous le révèle en plénitude.
Pour mieux comprendre l’œuvre
que le Saint-Esprit veut accomplir en nos vies,
contemplons donc son action
au cœur même de la vie du Christ.

Jésus n’est-il pas en effet
la plus belle image de Dieu pour l’homme
et la plus parfaite réalisation de l’homme à la gloire de Dieu ?
Dieu, tout entier, brûlé d’amour pour l’homme,
dans un homme, tout entier, enflammé d’amour pour Dieu ?
Or c’est sous l’action de l’Esprit Saint et à sa lumière
qu’il nous apparaît dans toute sa plénitude divine
et sa perfection humaine (1 Co 12,3).

Quel exemple dès lors pouvons-nous retirer
de ce que nous révèle, au cœur même de l’Homme-Dieu,
la mise en œuvre d’un tel mystère,
nous qui, enfants des hommes,
sommes appelés à devenir enfants de Dieu !
«Regarde, écrit au IVe  siècle, saint Grégoire de Nazianze,
le Christ naît, l’Esprit le précède.
Il est baptisé, l’Esprit rend témoignage.
Il est tenté, l’Esprit le fait revenir en Galilée.
Il accomplit des miracles, l’Esprit l’accompagne.
Il est éléve au ciel, l’Esprit lui succède.»


                          *

Oui, conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie,
Jésus nous apparaît d’emblée comme porteur
d’un plus intime à lui-même que lui (Lc 1,35).
À l’évidence, il n’est pas seul !
Non seulement le Père est avec lui (Jn 16,32),
mais encore le Saint-Esprit habite en lui (Lc 4,18).
Celui qui, tour à tour, va faire prier,
tressaillir, exulter et prophétiser
Zacharie (Lc 1,68), Élisabeth (1,41),
Marie (1,46) et le vieillard Syméon (2,25),
ce même Esprit est tout entier présent dans la vie du Christ Jésus,
et avec quelle plénitude !

Il le pousse au désert pour y vaincre le tentateur (Mt 4,1).
Il se manifeste sur lui le jour de son baptême au Jourdain (Lc 3,22).
Jésus devient par lui celui qui baptise
dans l’Esprit Saint et le feu (Mt 3,11).
Ce feu qu’il n’a de cesse de répandre sur la terre (Lc 12,46),
tant brûle en lui, vivant et fort, l’ardeur de cet Amour divin.

Ses premières paroles sont pour proclamer
à Nazareth, devant les siens,
en cet aujourd’hui où la Parole de Dieu s’accomplit,
que l’Esprit Saint repose sur lui (Lc 4,18).

Au milieu de la nuit, il l’annonce à Nicodème (Jn 3,5-8).
Au milieu du jour, en pleine fête, il promet sa venue
à tous les assoiffés d’eau vive (Jn 7,37).
Et à la Samaritaine, au bord du puits,
il révèle que Dieu est Esprit (Jn 4,24).

Il tressaille de joie sous son action (Lc 10,21)
en révélant aux tout-petits les secrets du Royaume (Mt 11,25).
Ce Royaume qui est caché au plus intime des cœurs
et se construit, avec la grâce  de l’Esprit,
dans l’unité des cœurs (Lc 17,21 ; Ph 2,2).

Troublé jusqu’en son esprit
par la trahison d’un de ses apôtres (Jn 13,21),
et la mort d’un ami (11,33),
Jésus promet néanmoins aux siens (14,16)
la venue, la lumière et le soutien de ce même Esprit (14,26),
cet Esprit qui procède du Père et de lui (16,15),
afin de les garder dans la paix (14,27) et l’unité (17,21)
et de les conduire à la vérité tout entière (16,13).

Tout étant accompli, il pourra remettre au Père
et répandre sur toute la terre
cet Esprit de Rédemption dont son être est comblé
car il en est tout rempli.

C’est par la puissance de ce même Esprit qu’il ressuscite (Rm 8,11)
au matin de Pâques et apparaît aussitôt à ses disciples
pour souffler sur eux, en leur offrant sa paix,
le souffle même de l’Esprit de vie (Jn 20,22).

Envahis à leur tour par cette même Présence divine,
qui descend sur eux au matin de Pentecôte,
sous la forme de langues de feu (Ac 2,3),
ils vont pouvoir enfin devenir des autres Christ.
Reconnaître pleinement en lui le Seigneur de la gloire (1 Co 12,3)
et baptiser à leur tour les nations
au nom du Saint-Esprit (Mt 28,19).
Car le Christ, nouvel Adam, en finale,
est un Esprit qui donne la Vie (1 Co 15,45).

En voyant ainsi la vie même de Jésus,
du premier instant de sa conception
au dernier moment de son ascension,
à ce point animée et conduite par l’Esprit Saint,
on comprend qu’en écho un saint Séraphim de Sarov par exemple,
ait pu écrire (redisons-le encore tellement, c’est vrai) :
«Le but de la vie chréitenne,
c’est l’acquisition du Saint-Esprit».
Le disciple serait-il différent de son Maître ?


                          *

Nous aussi, frères et sœurs, comme Jésus,
nous sommes nés par la puissance de l’Esprit.
non seulement d’un vouloir d’homme mais de Dieu.
Car avant d’être engendrés par des hommes,
nous sommes tous enfants de Dieu (1 Jn 3,1 ; Rm 8,14),
dans le sein du Père.
Lui qui nous a élus en lui avant la création du monde (Ep 1,3),
le Père du ciel qui est notre seul Père (Mt 23,9),
Celui de qui toute paternité tire son nom (Ep 3,14-15).

C’est lui qui a mis en nos cœurs l’Esprit de son Fils
en qui nous le reconnaissons pour Père (Ga 4,6).
La chair ne sert de rien, nous dit le Christ,
c’est l’Esprit qui vivifie (Jn 6,63).
Nous ne sommes donc pas dans la chair, comme l’explique Paul,
mais dans l’Esprit puisque l’Esprit de Dieu habite en nous (Rm 8,9).

Comme Jésus, nous avons tous été
baptisés en un unique Esprit (1 Co 12,13).
Et oints comme lui, en étant confirmés.
Et, par sa grâce, nous avons reçu d’avoir part à son Esprit.
Littéralement, il a été répandu en nos cœurs (Rm 5,5),
manifesté en chacun de nous (1 Co 12,7).
Et par lui, dit encore l’Écriture,
nous avons été justifiés et sanctifiés (1 Co 6,11).
Désaltérés à la source de Sa vie !

Ainsi, parlant un langage enseigné par lui (1 Co 2,13),
redevenons-nous des fils adoptifs (Rm 8,14-18) !
Nous voici vraiment appelés
à devenir enfin des êtres spirituels (1 Co 2,15).
Nous pouvons vivre selon Dieu dans l’Esprit,
comme le dit si bien l’apôtre Pierre(1 P 4,6).

Oui, l’Esprit nous a été donné !
C’est en lui que nous avons été créés à l’image de Dieu
et nous le portons en nous comme un souffle.
C’est en lui que nous avons été baptisés
et nous le portons en nous comme une lumière et une eau pure.
C’est en lui que nous avons été confirmés
et il marque notre front, il signe notre cœur
du chrême du salut.

Par lui nous ne faisons plus qu’un avec le Christ
et il nous établit dans l’harmonie
avec nous-mêmes et avec les autres,
en faisant de nous de vrais fils et de vrais frères.
Qui s’unit au Seigneur, dit merveilleusement saint Paul
devient avec lui un seul et même esprit (1 Co 6,17).

Nous cherchons parfois éperdument,
dans la quête des techniques
ou la course vers des sciences humaines,
ce qui pourrait au mieux nous unifier et nous construire.
Pourquoi pas !
Mais n’oublions jamais
que le meilleur et le plus sûr artisan de notre propre unité,
celui qui est le plus capable de nous établir
dans la joie, la paix, la confiance (G 5,22),
la vérité, la force et l’intelligence (Is 11,2),
c’est l’Esprit Saint !
L’Esprit divin qui guérit, panse, réchauffe, rafraîchit, illumine,
comme le chante la séquence de Pentecôte.

Ah ! si nous avions foi en lui,
comme il pourrait, et comme il peut encore à cette heure,
en tel ou telle d’entre nous et en chacun de nous,
guérir une peine, ôter une peur, soulager une maladie,
apaiser une angoisse, nous libérer d’un souci,
nous enlever un doute.
Et nous conduire ainsi à la vraie foi, à la vraie paix,
à la santé de l’âme de l’esprit et du cœur
et à l’harmonie avec notre propre corps !

Il viendra même un jour
où il nous ressuscitera d’entre les morts (Ez 37,9).
Car si l’Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts
habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts
donnera aussi la vie à vos corps mortels
par son Esprit qui habite en vous (Rm 8,11).

                          *

Voilà la divine merveille !
Au plus intime de moi, «plus intime à moi-même que moi»,
il y a un Ami.
Animant ma propre vie, il y a le souffle de sa Vie !
Chacun de nous est porteur
de cette part unique et plénière d’amour
qui fait que Dieu lui-même, en son Esprit,
nous aime personnellement, et même nous préfère chacun.
L’apôtre Jacques a écrit à cet égard une phrase confondante :
L’Esprit qui est mis en nous nous aime jusqu’à la jalousie (4,5).

Qu’attendons-nous donc pour nous laisser aimer ?
Et n’attendons pas davantage pour nous aimer entre nous,
comme des frères dans la paix, et comme des fils dans l’unité.
Conservant l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix (Ep 4,3).

Oui, frères et sœurs, puisque l’Esprit est notre vie,
que l’Esprit aussi nous fasse agir (Ga 5,25).

Viens Esprit Saint et envoie du ciel un rayon de ta lumière…
Fais de nous, comme Marie,
des porteurs et des semeurs de Vie !

 

Méditer la Parole

11 mai 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Actes 2,1-11

Psaume 103

1 Corinthiens 12,3b13

Jean 20,19-23

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