9e semaine du Temps Ordinaire - A

Bâtir sur le Christ

Jésus achève par ces quelques versets
que nous venons d'entendre
son discours sur la montagne.
Indiquant la route à suivre
pour entrer dans le Royaume de Dieu
en énonçant les Béatitudes,
il décrit l'esprit qui doit animer les fils du Royaume.
Il appartient désormais à chaque disciple du Christ
de se donner les moyens
de mettre en œuvre les préceptes du Maître
dans le concret de son existence.
Jésus décrit en conclusion
plusieurs attitudes que peuvent adopter les disciples
pour finalement révéler celle que le Seigneur attend de nous,
celle qui nous ouvre les portes du Royaume.
Reprenons pas à pas ces attitudes
et écoutons les enseignements de Jésus.

L'image correspondant à la première attitude
n'est pas donnée par Jésus.
Elle pourrait être celle d'un roc de fondation laissé à nu,
sans que rien n'ait été bâti dessus.
Elle renvoie à ces disciples
qui ne font rien de plus que de dire «Seigneur, Seigneur».
Oui, la prière est importante dans notre vie.
Elle nous permet de prendre appui
sur le roc de notre foi qu'est le Christ.
Mais la prière doit déboucher sur des œuvres d'amour
sinon elle est stérile.
Il ne suffit donc pas de prier,
ou d'une certaine manière,
d'enfermer notre relation à Dieu
dans certains moments privilégiés,
et ensuite de vivre le reste de nos journées
comme coupés de Dieu.
Cette attitude n'est pas celle des fils du Royaume.

La deuxième attitude est représentée par cette image
de la maison bâtie sur le sable
et qui ne peut résister à la tempête.
Cette fois-ci, elle renvoie à ces disciples
très actifs pour faire de grandes choses
au nom du Seigneur : ils prophétisent,
chassent des démons, font des miracles.
En toute apparence, ils sont plein de zèle apostolique
pour le Seigneur,
mais Jésus, lui, voit le fond des cœurs.
Il voit que leurs actions, aussi belles soient-elles,
ne sont pas fondées sur la foi en lui
mais plutôt sur la recherche de la vaine gloire
ou d'une efficacité trop humaine.
Ils ne se mettent pas à l'écoute du Seigneur avant d'agir.
Ils ne suivent que leur propre volonté
qui est comme le sable,
instable, volatile, mouvant.
Les œuvres sont du coup très fragiles
et ne peuvent durer qu'un temps.
Là n'est pas non plus ce que Jésus
attend de ses disciples.

La troisième image sera la bonne.
C'est celle de la maison bâtie sur le roc
et qui résiste à toutes les tempêtes.
Elle correspond à l'attitude du disciple
qui écoute la Parole de Dieu
et qui la met en pratique.
En lui, prière et action collaborent.
La prière est ce temps où la Parole de Dieu
travaille le cœur du disciple
jusqu'à devenir un envoi en mission
qui s'incarne dans le concret de la vie.
La prière conduit à l'action
et l'action renvoie à la prière.
Prière et action se nourrissent l'un l'autre
et s'ajustent sans cesse au dessein de Dieu.
«Me voici», voilà la réponse qui doit jaillir
de notre cœur après avoir dit: «Seigneur, Seigneur».
Découvrir et contempler la volonté du Père,
puis partir faire cette volonté.
La volonté de Dieu transfigure peu à peu
notre volonté humaine
et c'est tout notre être qui en sort
alors grandi, fortifié, sanctifié.
Jésus nous appelle à vivre une foi incarnée.
Et il sera le premier à montrer l'exemple.
«Je ne cherche pas ma propre volonté, dit-il,
mais la volonté de Celui qui m'a envoyé» (Jn 5,30).
«Tout a été fait par lui et sans lui, rien ne fut» (Jn 1,3).
Jésus est bien le plus grand des actifs!
Mais il ne faisait rien
qu'il ne voyait faire par le Père.
En cela, il est bien le plus grand des contemplatifs!
Action et prière ne font qu'un en lui.

Mais allons plus loin.
Jésus va surpasser les images qu'il nous a
lui-même laissées dans notre Évangile.
En effet, à la croix, Jésus fait l'expérience
de l'effondrement de la maison bâtie sur le roc.
C'est l'épreuve de la foi devant l'incompréhensible.
«Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m'as-tu abandonné?»
Job en avait fait l'expérience,
lui qui avait tout perdu
alors qu'il avait tout bâti sur le Seigneur :
«Nu je suis sorti du sein maternel,
nu j'y retournerai.
Le Seigneur a donné, le Seigneur  a repris,
béni soit son Saint Nom» (Jb 1,21).
Le Seigneur permet ces moments de dépouillement
pour que sans cesse nous revenions au Christ.
Quand il n'y a plus rien,
alors apparaît la pierre de soutènement,
le Christ, qui a pris la dernière place,
enfoui au plus profond de notre humanité.
Quand il n'y a plus rien,
alors apparaît la source de la tendresse
et de la miséricorde de Dieu
qui jaillit du rocher caché dans notre désert.
Mis à nu sur la pierre nue,
nous sommes comme le Christ
couché dans le creux du tombeau.
C'est dans cette nudité extrême
qu'éclate la Résurrection,
qu'un souffle de vie nouveau
est donné au cœur de la nuit.
Alors ce n'est plus nous qui vivons,
mais le Christ ressuscité qui vient vivre en nous.
Il vient édifier en nous le Temple de l'Esprit,
ce temple nouveau qui est éternel.
«Vous-même, comme pierres vivantes,
prêtez-vous à l'édification d'un édifice spirituel»,
exhorte l'Apôtre Pierre (1 P 2,5).
Le Christ fait de nous les bâtisseurs
d'un monde nouveau.
Nos journées peuvent parfois nous sembler
banales et vides,
et pourtant si nous nous appuyons
sur le roc de la Parole,
le roc de la volonté du Père,
nous bâtissons un édifice spirituel indestructible.
Si nous sommes parfois seuls,
peut-être brisés et dépouillés,
à genoux sur la pierre de fondation de notre vie,
souvenons-nous que Dieu choisit ce qui n'est rien,
ce qui est faible pour confondre les forts.
«Si le Seigneur ne bâtit la maison,
en vain peinent les maçons», chante le psalmiste (Ps 127,1)

Le Seigneur n'attend pas de nous
des grandes œuvres vouées à la postérité
mais plutôt que tout ce qui sort de nous
soit relié à Lui, la source de tout amour.
Job n'a jamais perdu sa confiance en Dieu,
et c'est ce qui l'a sauvé.
Pour ceux qui ont confiance en lui,
le Seigneur construit solidement la paix, dit le prophète Isaïe.
Oui, Seigneur, tu es mon Rocher pour toujours (cf Is 26,1-6);
En toi, s'abrite mon âme.
Tu es mon rempart,
le Rocher qui me sauve.
Sur toi, je veux bâtir ma vie.

Méditer la Parole

1er juin 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Deutéronome 11,18. 26-28

Psaume 30

Romains 3,21-28

Matthieu 7,21-27

Imprimer l'homélie

Télécharger la version pdfTélécharger la version pdf