Fête de saint Pierre et saint Paul

C’est une des plus belles grâces du christianisme
que de pouvoir s’appuyer sur des pierres de fondation
qui y sont solidement posées depuis vingt siècles.
Ainsi en est-il de ces deux colonnes
que sont les apôtres Pierre et Paul
que la liturgie nous invite à fêter ensemble aujourd’hui.

 

Il y aurait tant à dire pour resituer
la personnalité, le parcours, la pensée,
la sainteté de ces deux apôtres du Christ
à qui, en Église, nous devons tant !
Mais puisque l’essentiel du christianisme
se résume dans la seule loi d’amour,
laissons-nous éclairer et édifier
par les exemples et les enseignements
que Pierre et Paul, chacun à leur manière,
nous donnent en ce sens-là.

 

*

L’amour de Paul pour son Dieu s’exerce d’abord
de manière quelque peu abrupte et intempestive
puisque le zèle dont il brûle pour la maison du Seigneur
le pousse à pourchasser ceux qu’il croit être
des ennemis de la vraie foi
et qui ne sont en fait que des disciples
du Christ, le Seigneur de la gloire.
Je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu
et je cherchais à la détruire !

 

Quand il aura découvert la réalité renversante
de cette incarnation du Verbe
— ce Jésus toujours présent dans cette Église qu’il persécute —,
sa vie tout entière brûlera d’amour pour lui.
Pour lui j’ai accepté de tout perdre
et je regarde tout comme déchets
afin de gagner le Christ (Ph 3,8).
Le suivre, l’annoncer, témoigner de lui
par l’engagement de toute sa vie,
lui devenir conforme jusque dans sa mort,
pour pouvoir le rejoindre jusqu’en sa résurrection,
au point d’achever dans sa chair ce qui manque à sa passion,
et n’avoir d’autre fierté en lui
que celle de la croix de Jésus-Christ,
tel est bien ce qui attire, ce qui séduit, ce qui saisit Paul.
Au point qu’il pourra dire un jour que, pour lui,
vivre c’est le Christ, et confier au monde
ce cri qui est le plus beau de tous les aveux d’amour :
Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi.

 

Jamais quelqu’un d’aussi actif n’a été autant contemplatif
au point de clamer partout la certitude que si, sans la charité,
tout le reste n’est rien, rien qu’airain qui sonne,
l’amour, lui, est tout.
Et que rien ni personne,
ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l’avenir
ne pourra le séparer de l’amour de Dieu
manifesté en Jésus-Christ.
Le feu de cet amour de Dieu, Paul n’aura de cesse de le répandre
partout où il ira, partout où il brûle d’aller,
partout où l’Esprit le pousse à aller ;
disant, ici, aux Romains, que
la charité est la Loi en sa plénitude (Rm 13,10) ;
là, aux Corinthiens, que
l’amour ne passera jamais ;
ailleurs, aux Éphésiens, aux Galates,
aux Philippiens, aux Colossiens,
combien il importe d’avoir
une seule âme dans un seul esprit (Ph 2,2),
de suivre la voie de l’amour à l’exemple du Christ (Ep 5,2),
en se supportant mutuellement
et en se pardonnant les uns les autres (Col 3,13) ;
car, en finale, seule compte la foi opérant par la charité (Ga 5,6).

 

Quand on parcourt la vie de l’apôtre, telle qu’on la connaît,
et les écrits de Paul, tels qu’ils nous sont transmis,
en regardant comment il a vécu d’amour pour Dieu,
comment il a exhorté les hommes
à vivre dans l’exigence de la vraie charité,
on est émerveillé.
Dans ce cœur d’évangélisateur,
quels trésors de tendresse et quel poids d’affection !
En vérité, si on juge Paul au critère de la charité,
on comprend pourquoi l’Église le regarde
comme un de ses plus grands saints !
Le parfait disciple du Christ
dont la vie ne fut qu’une passion d’amour.

 

*

 

La même lumière nous apparaît
si l’on contemple la personne et la vie de Simon Pierre.

 

Dès le premier regard de Jésus sur lui, le lien est établi.
Dès la première rencontre, il se lève pour marcher à sa suite.
Dès le départ, il a tout quitté pour le suivre,
comme seuls savent le faire
ceux qui sont mus par l’élan de l’amour.
À qui d’autre irait-il, quand Jésus,
le Christ, le Fils du Dieu vivant
a les paroles de la vie éternelle (Jn 6,68 ; Mt 16,16) ?

 

Fidèle dès le premier jour
et jusqu’au dernier jour,
du suis-moi du lac de Galilée
au suis-moi de son martyre à Rome,
Pierre connaîtra même l’épreuve du faux pas.
Un faux pas qui ne fera qu’aviver
l’amour sans partage qu’il porte à son maître,
quand, au lendemain du jour où il lui a lavé les pieds,
après avoir un moment renié,
ayant croisé son regard, le regard de Jésus,
il pleure amèrement (Lc 22,62),
versant les plus belles des larmes
qui sont celles de l’amour repenti.

 

— Pierre, m’aimes-tu ?
Quand on sait avec quelle détermination il courut
et entra le premier dans le tombeau ;
avec quelle spontanéité il se jeta à l’eau
quand il reconnut le Seigneur, vivant, ressuscité, sur le rivage,
on comprend avec quel cœur, avec quelle entièreté
et quelle force, il put répondre :
Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime (Jn 21,17).

 

Pierre en qui la tradition se plaît à reconnaître
— tout cela est démontré dans l’Évangile —
celui qui a le plus aimé le Christ,
ne pourra plus s’arrêter de parler
de Celui qui est le Prince de la vie.
Nous ne pouvons pas ne pas parler,
sera-t-il le premier à proclamer.
Dieu l’a fait Seigneur et Christ,
ce Jésus que vous avez crucifié (Ac 2,36).
Et il y a une telle flamme d’amour dans ces paroles
que d’entendre cela, nous dit le Livre des Actes,
tous ont alors le cœur transpercé et disent à Pierre :
Que nous faut-il faire ? (2,37).
Quand l’amour pour Dieu est vrai, il est toujours contagieux !


 
Et Pierre, inlassablement, tout au long de sa vie,
qu’il passe à aimer ses frères de race d’abord,
puis jusqu’aux étrangers, jusqu’aux païens, jusqu’aux Romains,
redit alors à tous l’exigence qu’il y a à aimer encore et toujours :
En obéissant à la vérité, vous avez sanctifié vos âmes
pour vous aimer sincèrement comme des frères (1 P 1,22).
Comme Paul, comme Jacques, comme Jean,
il répète incessamment
ce qui lui apparaît de plus en plus
comme la première, la seule, la plus belle des vérités :
Soyez sages et sobres en vue de la prière ;
mais avant tout, conservez entre vous une grande charité,
car la charité couvre une multitude de péchés (1 P 4,8).
Ainsi, dit-il, devient-on
participant de la Divinité (2 P 1,4).

 

Et il termine sa dernière lettre
en mentionnant celui que nous fêtons aujourd’hui avec lui,
dans un grand élan de simplicité et d’amitié :
Tenez l’amour patient de notre Seigneur pour salutaire
comme notre cher frère Paul nous l’a aussi écrit,
selon la sagesse qui lui a été donnée.
Il le fait d’ailleurs dans toutes ses lettres
où il parle de ces mêmes questions (2 P 3,15-16).
Pierre et Paul savent bien, en effet, que là est la grande question.
Et que dans nos vies aussi, il faut aimer.
Et même qu’il suffirait d’aimer !

 

*

Frères et sœurs, puisque cette année 2008 se situe 2000 ans
après la naissance de Paul à Rome, généralement datée de l’an 8,
rendons grâce tout spécialement pour celui qui demeure
une des personnalités les plus riches
et les plus marquantes de l’Église et de l’humanité.

 

Paul est un géant de la pensée que,
depuis vingt siècles, on ne cesse de commenter.
Au carrefour des cultures juive, hellénique et romaine,
parlant tout à la fois l’hébreu, le grec et le latin,
il a traité les plus grands sujets concernant Dieu,
l’homme, le monde, le temps, l’éternité.
À la lumière de l’Esprit, il a éclairé les mystères
de la Création, de l’Histoire du salut, de l’Incarnation,
de la Rédemption, de la Résurrection, de la Parousie.
Il a lancé la réflexion théologique sur la Trinité,
la christologie, la vie dans l’Esprit, l’Église Corps du Christ,
la société où tous sont égaux devant Dieu,
l’Eucharistie, les sacrements.
Comment ne pas reconnaître en lui
le fondateur de la pensée chrétienne,
en droite ligne de l’Évangile du Seigneur ?

 

Mais Paul est aussi, et peut-être plus encore,
une force dans l’action.
Toujours à l’œuvre, voyageur sans cesse en mouvement,
traversant mille périls, subissant maintes épreuves,
il va, marche, navigue, repart,
proclamant l’Évangile à temps et à contre-temps.

 

Cet actif, jamais en repos, reste cependant
un des plus grands contemplatifs qui soit.
Sa vie, une fois convertie à la fulgurance de l’Évangile,
fondée sur une foi à toute épreuve et une espérance sans faille,
est celle d’un mystique
élevé jusqu’au sommet de la contemplation.
Extases, apparitions, inspirations finissent par lui faire dire :
Je meurs chaque jour, mais c’est le Christ qui vit en moi.

 

Ainsi Paul reste-t-il à jamais pour nous,
avec son exigence qui n’a d’égale que sa tendresse,
un maître spirituel.
Nul mieux que lui n’a su situer la vocation de l’homme
à sa juste place, pour la conduire
sur la voie de l’amour, à l’exemple du Christ.

 

Louons le Seigneur, frères et sœurs, pour cet apôtre
devenu un des plus grands saints de la chrétienté.
Ce juste, converti, parlant en prophète,
agissant en évangélisateur,
docteur de la vérité reçue du Christ
— Mon Évangile vient d’une révélation de Jésus Christ —
thaumaturge allant jusqu’à ressusciter des morts
et, pour couronner le tout,
martyr par le glaive aux portes de cette ville
que l’Apocalypse qualifiait alors de Babylone.

 

C’était dans la Rome païenne, vers l’an 65-66 de l’ère chrétienne.
Il est si bon d’en faire mémoire aujourd’hui !
 

Méditer la Parole

29 juin 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Actes 12,1-11

Psaume 33

2 Timothée 4,618

Matthieu 16,13-19

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