13e semaine du Temps ordinaire - A

Le jeûne, líoutre et le vêtement

Ces paroles de Jésus,
aussi pittoresques que colorées,
au carrefour de l’image et de la parabole,
font partie de celles qu’il n’est pas d’emblée facile à comprendre.
Mais si on s’arrête un peu à les méditer,
on découvre vite qu’elles sont riches de signification élargie.


La première parole de Jésus est une réponse
aux disciples de Jean Baptiste (Mt 9,14).
Ceux-ci ont appris de leur maître, au désert,
les valeurs de l’ascèse et la grâce  du renoncement.
Ils vivent dans l’austérité et le jeûne.
Or, voilà que survient celui que Jean, leur Maître,
désigne à leurs regard s comme l’Élu de Dieu (Jn 1,34).
Ils se mettent donc à l’observer (1,35s)
et certains même à le suivre (3,27).
Mais voici qui les étonne vite, les surprend,
et peut-être même les scandalise :
les disciples de Jésus ne sont pas spontanément portés
sur l’ascèse et le jeûne
et, apparemment, le Christ ne le leur reproche pas !
La question ne tarde pas à jaillir de leur bouche :
Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas
alors que nous et les pharisiens nous jeûnons ? (Mt 9,14).


La réponse de Jésus peut facilement s’entendre
quand on comprend le sens de la révélation qu’il veut en faire.
Il est l’Époux annoncé par les prophètes .
Il est venu établir, au nom de Dieu, avec l’humanité
une alliance nouvelle et éternelle.
Si donc le Seigneur en personne
est présent au milieu de son peuple,
c’est que l’heure des noces est révélée et annoncée
pour tous ceux qui veulent marcher à sa suite,
se nourrir du pain vivant de sa parole (Jn 6,51)
et boire à la coupe de sa bénédiction (1 Co 10,16).
Les invités de la noce pourraient-ils donc faire pénitence
pendant le temps où l’Époux est avec eux ? (Mt 9,15).
Celui qui manifeste son premier signe
par le miracle des noces de Cana,
vient donc pour partager d’abord la lumière, l’espérance et la vie.


Voilà un premier message à bien retenir !
La rencontre du Dieu vivant et vrai
est toujours une invitation à la communion de son amour.
Et ce n’est pas pour rien que nombre de paraboles du Royaume
sont des paraboles de festin.
Et que Jésus lui-même st souvent retrouvé à table
mangeant et buvant avec tout un chacun.
Et la table eucharistique,
signe de cette alliance nouvelle et éternelle,
reste dressée chaque jour au cœur de nos vies.


Mais Jésus continue :
Un temps viendra cependant où l’Époux leur sera enlevé
et alors ils jeûneront (Mt 9,15).
Replaçons cela dans le contexte de ses trois ans de vie publique.
On comprend bien à quoi Jésus fait allusion ici .
Et, là encore, pour ses auditeurs, quelle révélation !
Le Christ-Époux que les hommes auraient dû accueillir
dans l’écoute de sa parole, la marche à sa suite dans la foi,
sera un jour arrêté, enlevé, bafoué et mis en croix.
Quelle désolation, quelle privation, alors ce sera !
Jésus peut le dire : Ils jeûneront ce jour-là.
Viendra même un jour où, visiblement,
définitivement, il sera enlevé à leurs yeux,
ce jour de l’Ascension marquant sa remontée au ciel.
Et, depuis lors nous jeûnons tous, dans l’attente de son retour.


Nous ne pouvons plus, comme les premiers disciples,
voir, entendre, toucher, contempler le Verbe de Vie (1 Jn 1,1-3).
Mais il nous est bon que Jésus soit remonté auprès du Père.
Car c’est là-haut qu’est désormais notre vraie patrie
où le Seigneur est allé nous préparer une place.
Notre foi en est épurée. Notre espérance dilatée.
Notre amour encore grandi.
Ici-bas nous voyons comme dans un miroir
— nous jeûnons de la joie sensible
de sa présence immédiatement perceptible —
Mais alors ce sera face à face.
Je connaîtrai comme je suis connu (1 Co 13,12).


D’emblée, Jésus enchaîne sur une seconde parole.
Du moins est-ce ainsi, en ce texte,
que nous la présente l’évangéliste saint Matthieu.
Personne ne coud une pièce d’étoffe neuve sur un vieux vêtement,
car le morceau ajouté tire sur le vêtement
et le déchire davantage (Mt 9,16).
Allons au-delà de ce que les auditeurs immédiats de Jésus
ont pu prendre pour eux-mêmes
par rapport à la nouveauté du Royaume annoncé :
qu’ils se détachent de la vétusté de la lettre
pour s’ouvrir à la nouveauté de l’Esprit !


Mais que pouvons-nous en retirer
plus particulièrement pour nous ?
C’est l’apôtre Paul, dans sa seconde lettre aux Corinthiens,
qui nous met le mieux sur la voie.
Nous sommes revêtus de notre condition humaine,
nous explique-t-il.
Et voici qu’il nous est proposé
de devenir participants de la nature divine (2 P 1,4).
Noter désir serait grand, reconnaît l’Apôtre,
de passer sans transition et sans effort
de cette vêture terrestre et mortelle
à la vêture céleste et immortelle (1 Co 15,44-49).
D’être, d’emblée, transformés.
Oui, nous qui sommes dans cette tente d’ici-bas,
nous gémissons accablés ;
nous ne voudrions pas en effet nous dévêtir
mais revêtir par dessus l’autre ce second vêtement.
Et Paul ajoute : afin que ce qui est mortel
soit absorbé par la vie (2 Co 5,4).


Mais, nous dit Jésus, on ne peut mélanger
le neuf avec l’ancien, l’immortel avec le périssable,
ce qui est de la terre avec ce qui est du ciel.
En d autres termes, il faut se dévêtir d’abord,
c’est-à-dire se dépouiller du vieil homme,
pour se revêtir peu à peu du nouveau (Ep 4,22-23).
Celui qui s’achemine vers la vraie connaissance, est-il écrit,
en se renouvelant à l’image de son Créateur (Col 3,10).
Voilà le jeûne qui plaît à Dieu.
La vraie sainteté qui réjouit son cœur.
Le vrai dépouillement qui lui permet de nous revêtir de gloire.


Dans ce prolongement, on comprend bien alors
la dernière parole de Jésus
sur les vielles outres et le vin nouveau (Mt 9,17).
 

Le vin nouveau, c’est celui du Christ,
vraie vigne (Jn 15n,1) et coupe du salut (Ps 115,4 ; Lc 22,17).
Ce vin nouveau de son sang rédempteur
versé jusqu’à la mort pour nous rendre la vie.
Pour nous préparer à la grande nouveauté
de ces cieux nouveaux et de cette terre nouvelle
où la justice habitera (2 P 3,13),
il est sûr qu’il faut, nous aussi, nous renouveler.
Du dehors et du dedans, âme et corps, esprit et cœur,
notre être tout entier est appelé
à devenir tabernacle de sa présence.
Déjà, à chaque eucharistie, nous recevons en nous
le sang du Christ Sauveur, l’amour vivant de l’Esprit Saint ?
On peut pas communier sans y être un minimum préparé.
Sans avoir un cœur ouvert à la foi.
Une âme désireuse d’accueillir son Amour.


On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres…
mais on met le vin nouveau dans des outres neuves,
et le tout se conserve (Mt ,17).
Jusqu’en vie éternelle !
 

Méditer la Parole

5 juillet 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Amos 9,11-15

Psaume 118

Matthieu 9,14-17

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