15e semaine du Temps ordinaire - A

Parler et écouter

«Voici que le semeur est sorti pour semer…»
Ainsi commence la parabole dite du semeur.
Jésus y compare la parole à une semence
que l’on jette en terre.
Nous le savons, un grain hors de terre
reste sec et ne germe pas.
Il doit tomber en terre.
Eh bien, de la même manière,
la parole a besoin d’une terre pour germer,
pour se transformer
et devenir un arbre qui porte du fruit.
Quand mon frère me parle,
c’est mon humanité avec mon histoire,
mes joies et mes peines, qui est cette terre
en laquelle sa parole va pouvoir germer.
Sans ce vis-à-vis, la parole de mon frère serait perdue.


La portée d’une parole ne repose donc pas uniquement
sur la pertinence de la parole elle-même.
Tout dépend du réceptacle de cette parole.
Parole et écoute sont au service
de la relation entre les hommes.
Elles construisent la fraternité.
À travers les images de la parabole du semeur,
nous pouvons nous interroger sur la manière
dont nous donnons une parole, mais aussi sur la manière
dont nous écoutons la parole de notre frère.


«Quand l’homme entend la Parole du Royaume
sans la comprendre, le Mauvais survient
et s’empare de ce qui est semé dans son cœur :
cet homme, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin

La parabole nous enseigne que toutes les paroles
n’atteignent pas leur but.
La parole est un risque que l’on prend.
Elle vise à entrer en relation avec l’autre,
elle jette un pont mais parfois,
il n’y aura pas de répondant de l’autre côté.
Il y a aussi un ennemi  de la parole
qui veut la rendre inaudible, la déformer,
la vider de son message.
De cette première image, nous pouvons en conclure
qu’il y a un temps propice pour donner une parole.
Il faut savoir attendre le moment favorable pour parler
afin que l’interlocuteur soit réceptif à la parole.
«Le sage sait se taire jusqu’au bon moment,
mais le bavard et l’insensé manquent l’occasion
»,
dit Ben Sirac le Sage (Si 20,7).
Il y a donc un préalable à toute parole :
c’est l’écoute intérieure, le silence du cœur.
«Établis, Seigneur, une garde à ma bouche
et veille, ô Dieu, sur la porte de mes lèvres
» (Ps 140, 3).
Le silence libère la parole juste,
ajustée à celui à qui je parle.
Jésus dira au Père : «Je leur ai donné ta parole» (Jn 17, 14).
Il s’est fait passeur d’une parole venue d’un autre,
venue de Dieu, et qu’il a accueillie
dans le silence de la prière.
Ainsi pouvons-nous nous interroger :
Est-ce ma parole que je donne
ou ce que me dit Dieu dans ma conscience ?


«Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux,
c’est l’homme qui entend la Parole
et la reçoit aussitôt avec joie ;
mais il n’a pas de racines en lui,
il est l’homme d’un moment

Comme la Parole de Dieu qu’il faut sans cesse méditer
pour qu’elle nous transforme,
la parole que nous donnons
est à reprendre sans cesse.
Notre parole ne se suffit pas à elle-même.
Elle nous invite à sortir de nous-mêmes,
à nous engager pour l’autre,
à devenir un «être-pour-l’autre».
Il peut être aussi difficile de dire certaines paroles.
La vérité peut attrister, peiner celui à qui on parle
et on pourrait être tenté de revenir sur ce que l’on a dit.
Jésus dit que «la vérité rend libre» (Jn 8, 32).
Lui, la Parole crucifiée, donnera sa vie
pour que les hommes l’écoutent
et mettent en pratique sa parole.
Il n’a pas changé son discours
pour gagner des disciples (cf Jn 6).
La fidélité à la vérité porte toujours du fruit,
fût-ce au prix de la croix.
Le non-dit, lui, entretient le malentendu et le trouble.


«Celui qui a reçu la semence dans les ronces,
c’est l’homme qui entend la Parole ;
mais les soucis du monde et les séductions de la richesse
étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit

Cette autre image de la parabole vient nous interroger :
Comment écoutons-nous la parole reçue ?
Dans notre monde de la communication
où circulent chaque jour des milliers d’informations,
on peut se demander si nous n’avons pas perdu
le sens de l’écoute
tellement notre oreille est sollicitée.
Qu’est-ce donc qu’écouter la parole de l’autre ?
Écouter, c’est laisser de côté ce qui nous occupe
pour donner tout notre temps à l’autre.
C’est dire à l’autre qu’il est un cadeau pour nous,
que nous l’estimons, qu’il compte pour nous.
Écouter, ce n’est pas se taire, s’effacer.
C’est permettre à l’autre de se dire.
L’écoute ne sert pas avant tout
notre future prise de parole.
Elle est «service» de la parole de notre frère
en laquelle il advient à l’existence.
C’est pourquoi écouter, ce n’est pas chercher
à vouloir tout de suite répondre à tout.
Il faut d’abord enlever ces ronces de nos a priori,
de nos discours tout faits,
de notre vécu que nous voulons
absolument plaquer sur l’autre.
Écouter, c’est aussi décoder les malentendus
du langage, entendre ce qui n’est pas dit.
Écouter, c’est être au service de la vie de mon frère.


«Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre,
c’est l’homme qui entend la Parole et la comprend ;
il porte du fruit à raison de cent,
ou soixante, ou trente pour un

Une parole juste et une écoute généreuse
concourent à cette fécondité de la parole.
Une bonne parole bien entendue
libère l’action, humanise les actes.
Il est important dire, de se dire,
de s’entendre soi-même dire,
de se sentir écouté, entendu
dans une parole souvent balbutiante et difficile.
Il est aussi important d’entendre,
d’écouter, de se faire écoute
au dire de l’autre sur lui-même.
Dans les deux cas s’approfondit
la relation entre deux personnes.


Jésus est à la fois Parole et Écoute.
Il construit la fraternité humaine.
Seigneur, c’est Toi qui nous rassembles
par ta Parole de Vie ;
c’est Toi qui fais de nous un seul Corps,
qui fais de nous une eucharistie,
une vivante offrande à ta gloire.
Apprends-nous à parler
apprends-nous à écouter,
apprends-nous à être frères.

 

Méditer la Parole

13 juillet 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaïe 55,10-11

Psaume 64

Romains 8,18-23

Matthieu 13,1-23

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