17e semaine du Temps ordinaire - A

Le trésor, la perle et le filet révélés au disciple du Royaume des cieux

En quelques phrases imagées, d’une extrême simplicité,
Jésus nous révèle aujourd’hui
le secret de la réalité la plus précieuse qui soit :
celle du Royaume des cieux (Mt 13,44).
Il nous livre pour cela trois courtes paraboles
(dans lesquelles autant un professeur d’université
qu’un berger de la montagne
peuvent trouver indéfiniment à méditer)
sur la perle, le trésor et le filet (13,44-50),
concluant sur une présentation étonnante d’un scribe parfait
devenu disciple du Royaume des cieux.


Laissons-nous donc enseigner nous aussi
par cette révélation du Christ Jésus.
En tirant du fond de l’Évangile aussi neuf qu’ancien,
ce qui, en lui, demeure à jamais vivant et inépuisable (Mt 13,51).


La première parabole tient en un seul verset.
C’est celle du trésor caché dans un champ (13,44).
D’emblée, nous voici surpris, hésitants, étonnés.
Comment ce Royaume des cieux qui, par définition,
est immense (Ps 145,3),
peut-il tenir caché dans un champ ?
Pourquoi chercher dans la terre
ce qui est une réalité du ciel (Col 3,2) ?
Et pour quelle raison celui qui l’a trouvé
le recache-t-il aussitôt ?
Ne devrait-il pas plutôt proclamer partout les merveilles de Dieu
et enseigner à toutes les nations (Mt 28,19)
la découverte des richesses de sa grâce (Ep 1,7) ?
Et comment ce soudain ravissement de joie
peut-il être fort et vrai
s’il n’est pas davantage partagé(Ph 4,4-5) ?


La Bible nous enseigne tout d’abord qu’il y a de faux trésors.
Les vrais trésors ne consistent ni dans l’or, ni dans l’argent,
ni dans l’accumulation des biens et des richesses (Qo 2,4-8).
Il ne sert à rien de les entasser !
La rouille les consume (Jc 5,3).
Le ver et la mite les rongent (Mt 6,20).
Le trésor dont nous parle Jésus est d’un autre ordre.


Il consiste tout d’abord, nous dit l’Écriture,
dans l’acquisition de ce que, depuis Salomon,
on appelle, avec un infini respect, la Sagesse divine (1 R 3,7-12).
Si tu la cherches comme l’argent, dit le livre des Proverbes,
si tu creuses comme un chercheur de trésor…,
alors tu comprendras justice, équité et droiture,
tous les sentiers qui mènent au bonheur.
La sagesse entrera dans ton cœur
et le savoir fera tes délices (Pr 2,4).


C’est bien là ce que l’apôtre Paul enseigne à son tour
quand il parle de cette intelligence des mystères de Dieu
dans lequel se trouvent cachés
tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (Col 2,3).
N’est-ce pas goûter déjà quelque chose du Royaume des cieux
que d’entrer dan le secret de cette compréhension (Mt 13,23)
et de savourer, dans la lumière,la joie de cette suprême intelligence ?
Cette intelligence du mystère toute empreinte de divine Sagesse
nous fait alors communier à l’amitié de Dieu.
Cette crainte du Seigneur ainsi comprise, dans l’émerveillement,
et ainsi vécue, dans le respect,
l’intimité du face à face et du cœur à cœur,
est un vrai trésor, dit le prophète Isaïe (33,6).
C’est la vie même de Dieu inscrite en nous
et qu’un jour, nous découvrons
avec une certitude aussi ferme qu’indicible,
vivant, comme en secret,
cachée au plus profond de notre âme immortelle.


Mais où se fait cette découverte ?
Cette découverte se fait au milieu même de notre champ,
car nous sommes le champ de Dieu (1 Co 3,9) !
Et nous n’avons plus à redire :
Le Royaume de Dieu est ici, ou encore : il est là !
Car, sachez-le, nous dit encore le Seigneur,
le Royaume de Dieu est au-dedans de vous (Lc 17,21 ; 10,11).
Oui, le trésor est dans le champ comme l’âme est dans le corps,
et comme le Christ est dans le monde (Jn 16,28.33).
Et, en choisissant le Christ,
nous achetons en quelque sorte toute la création.
Notre cœur contient alors – quel trésor ! – le Créateur du monde.
D’un monde qu’il récapitule en lui, nous dit saint Paul.
Car il en est la Plénitude (Col 1,80). Tout en tout (Col 3,11) !


Comme on comprend dès lors le secret désir
de celui que saisit soudain une telle découverte :
Jésus nous dit, dans la parabole, qu’il recache le trésor,
car les joies les plus intérieures ne peuvent se proclamer.
Mais elles ne peuvent davantage se taire.
Et c’est pourquoi celui qui a vraiment
découvert en lui la présence
d’un tel trésor de vie, de grâce, d’espérance et d’amour,
ne peut que courir se libérer de tout ce qui l’encombre
pour revenir payer, du prix de tout lui-même,
l’acquisition de ce champ.
Il fait alors en quelque sorte
entrer déjà le ciel à venir dans  sa vie d’aujourd’hui (Rm 8,28-30).
Et c’est pourquoi, en conclut l’Apôtre, ce trésor,
nous le portons en des vases d’argile,
afin qu’on voit bien que cette extraordinaire puissance
appartient à Dieu et ne vient pas de nous (2 Co 4,7).


La seconde parabole est celle de la perle de grand prix (13,45-46).
Celui qui la découvre n’est plus
un laboureur cantonné dans son champ,
mais un négociant qui parcourt les routes et les marchés.
Il importe, là aussi, de bien discerner.
Car il y a de fausses perles,
depuis celles qui hantent le palais des riches fortunes
jusqu’à celles qui ornent le trône de Babylone la Grande,
pour garder l’image de l’Apocalypse (18,12.16).
La perle précieuse
(en grec : margaritha, une fleur aux pétales rayonnants)
dont parle ici Jésus est d’un autre ordre.


Elle est plus encore que la Sagesse
parce que rien au monde ne l’égale.
Elle est plus encore que ces perles des conseils évangéliques
dont Jésus nous dit qu’il ne faut pas les donner aux pourceaux
car ils pourraient bien les piétiner
puis se retourner contre nous pour nous déchirer (Mt 7,6).


Cette perle de la parabole a quelque chose d’unique.
Mais qui étincelle de mille feux.
Elle n’est comparable à rien d’autre.
Elle vaut plus que tout au monde. Pourquoi cela ?
Parce qu’elle est tout simplement le Royaume des cieux.
Le Royaume des cieux qu’il faut
chercher d’abord avec sa justice,
à partir de quoi tout le reste
nous sera donné par surcroît (Mt 5,33).
Elle est cette porte étroite
qui conduit aux portes de la Jérusalem du ciel,
marquées par douze perles,
chaque porte formée d’une seule perle (Ap 21,21)
Elle est constituée par ce joyau qui brille en chacun de nous
comme une pierre de grand prix
quand la grâce de Dieu vient illuminer l’âme rachetée,
promise au partage de l’éternité.
Elle est le Christ en personne,
pierre angulaire, choisie et précieuse (1 P 2,4),
auprès de qui chacun devient alors une pierre vivante
qui a du prix aux yeux du Seigneur.
Oui, frères et sœurs, il y a en chacun de nous
une part diamantaire que Dieu aime lui-même
tout particulièrement, personnellement,
comme seul le Bien-aimé peut aimer
la perle de son grand amour (Is 62,5).


La perle précieuse, c’est donc aussi
cet appel personnel que Dieu adresse à chacun
pour qu’il découvre en lui la meilleure part qui lui est donnée.
Et qu’il vive ainsi, dans le cœur à cœur avec Dieu,
sa part de sainteté (Lc 10,42).
C’est ce caillou blanc portant gravé un nom nouveau,
comme dit encore l’Apocalypse,
que nul ne connaît hormis celui qui le reçoit (Ap 2,17),
quand il arrive au seuil du Royaume des cieux.


La troisième parabole enfin est celle du filet (Mt 13,47-50).
Il ne s’agit plus ici de négociant ou de laboureur,
mais de pêcheur.
Après la quête dans le champ, la recherche dans les villes,
voici la pêche en pleine mer.
Le Seigneur nous invite à avancer nous aussi
en eaux profondes (Lc 5,4).
Le Royaume de Dieu se quête partout.
Il est plus que la vigne qui étend ses pampres
jusqu’à la mer (Ps 80,12).
Il étend ses mailles jusqu’au-delà des mers.
Il ne s’agit plus ici du filet de l’oiseleur
ou du chasseur (Ps 91,3 ; 124,7),
ni du filet des ennemis hostiles (35,7 ; 38,14)
ou des orgueilleux (130,6) dont parlent les psaumes.
Mais du filet des apôtres du Christ.
Leur premier (Mt 4,18) et dernier geste (Jn 21,1-14),
n’est-il pas justement de jeter le filet ?
Pour nous rappeler qu’à leur suite,
nous sommes appelés à devenir
en quelque sorte pêcheurs d’hommes,
c’est-à-dire témoins du Christ Sauveur.
Avec cette parabole, on passe de l’unique à l’universel.
Du secret du cœur à la pêche au grand large.
Et le Royaume des cieux se révèle à présent
non plus seulement dans sa profondeur intime,
mais dans son étendue sans limite.


Le filet de l’Église a une vocation catholique.
Non pas pour conquérir ou dominer le monde,
mais pour le servir.
Car Celui qui l’envoie ainsi
jusqu’aux confins de la terre (Ac 1,8),
c’est Celui qui a étendu sur la croix les mailles de son amour,
les deux bras de sa miséricorde universelle (Ps 103,11-14),
afin d’attirer tous les hommes à lui (Jn 12,32).
Sans trier ! Les bons et les mauvais.
Ainsi se révèle, non seulement la hauteur et la profondeur,
mais encore la longueur et la largeur
de l’amour de Dieu pour nous (Ep 3,18).
Et, dans la diversité de nos races, langues, peuples et nations,
nous manifestons le mystère de ce Royaume des cieux
dont la multiplicité des membres
forment le même Corps (1 Co 1212).
Et que l’Église Mère doit attirer
de partout dans ses bras compatissants.


Voilà donc l’Évangile de Dieu.
Frères et sœurs, quel trésor en notre champ !
Quelle perle en nos cœurs !
Quel filet sur nos vies !
L’Évangile du salut est vraiment
la porte du Royaume des cieux !
 

Méditer la Parole

27 juillet 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

1 Rois 3,5-12

Psaume 118

Romains 8,28-30

Matthieu 13,44-52

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