23e semaine du Temps ordinaire - A

Amour et vérité se rencontrent

Étonnantes sont les paroles
que nous venons d'entendre.
En effet qui suis-je pour aller trouver mon frère
et lui dire qu'il a péché ?
Ne suis-je pas un pécheur comme lui?
On connaît la parabole de la paille et de la poutre.
À celui qui dénonce la paille
qui est dans l'œil de son frère,
on rétorquera qu'il ferait mieux
de voir la poutre qui le rend aveugle.
Nous voilà clairement avertis
et pourtant Jésus nous dit aujourd'hui
de reprendre le pécheur.
Faut-il y voir une contradiction ?
Et par la bouche du prophète Ézéchiel,
le Seigneur va plus loin :
non seulement il faut dénoncer le mal
mais si nous ne le faisons pas,
nous aurons des comptes à rendre.
C'est donc bien une lutte contre le péché
que le Seigneur nous invite à mener,
afin que nos frères et nous-mêmes ayons la vie.
À partir de ce constat préalable,
essayons, frères et sœurs, de mettre en lumière
les clés de l'enseignement de Jésus.


Tout d'abord, nous pouvons comprendre
que Jésus se refuse à nous voir
devenir insensibles à l'œuvre du mal.
Il est si facile de le nier, de le minimiser, de l'oublier.
Or nous ne pouvons pas vivre
comme si le péché n'existait pas.
Il est bien là à la porte,
tapi comme une bête cherchant qui dévorer (cf. Gn 4,7).
Laisser le mal proliférer autour de nous,
c'est prendre le risque de le voir rentrer en nous.


Aucun mal ne peut nous laisser indifférents
car «le salaire du péché, c'est la mort», dit Paul (Rm 6,23).
N'est-ce pas la vie que nous devons désirer
pour notre frère et pour nous?


En second lieu, il nous faut rappeler
que si tous, nous avons péché
et que nous sommes solidaires dans le péché,
par le Christ Jésus, nous sommes désormais
solidaires dans la grâce.
C'est au nom de cette solidarité dans le salut
que Jésus nous exhorte à aller vers notre frère pécheur.
Ce n'est pas le jugement et la condamnation
que nous avons à transmettre
mais plutôt la miséricorde et le pardon.
Ce trésor de l'amour, nous le portons
dans des vases d'argile
mais nous devons avoir l'audace de le partager.


Notre démarche ne sera vraie et féconde
que si elle se vit avec humilité.
Là est la clé qui ouvre
la porte du cœur de notre frère.
Nous ne venons pas à lui
parce que nous sommes meilleurs que lui,
mais parce que nous sommes pétris
de la même pâte humaine que lui,
aussi vulnérables et fragiles que lui,
et qu'avec lui, nous voulons vraiment vivre en frères
car nous sommes fils d'un même Père.
Parce que nous sommes frères et sœurs en Christ,
nous sommes responsables les uns des autres.
J'ai donc une réponse à donner
à mon frère qui a péché :
celle de l'amour humble qui ne regarde pas de haut
mais qui rejoint l'autre dans sa misère
et lui offre la miséricorde pour l'aider à se relever.


Avant d'aller vers notre frère,
il nous faut donc examiner le fond de notre cœur.
Assurons-nous d'abord que
nous voyons juste - la prière nous y aidera - ,
demandons-nous si nous aimons assez
notre frère pour combattre efficacement son mal,
si c'est vraiment l'amour
qui donne le ton à notre démarche.
Si tel est le cas, n'ayons pas peur.
«Reprends, supplie, menace, dit Paul à Timothée,
mais toujours avec une inlassable patience
et le souci d'instru
ire» (2 Tm 4,2).
Seules la tendresse du Christ
et la douceur de l'Esprit
peuvent nous donner de voir notre propre péché
et s'il y a lieu, de révéler le leur
à nos frères et sœurs.
Aborder un pécheur,
en l'accueillant dans la profondeur de son âme,
pour lui faire sentir,
au-delà de sa faute,
la tendresse de l'amour qui l'appelle au repentir,
c'est l'aider à passer de la culpabilité à la joie
de se savoir aimé, pardonné, délié et libéré.


Paul nous le dit clairement
dans la lettre aux Romains.
C'est l'amour que nous avons à porter à notre frère.
«Ne gardez aucune dette envers personne,
sauf la dette de l'amour mutuel
» (Rm 13,8).
Nous n'épuiserons jamais cette dette
car c'est elle qui construit la relation fraternelle.
Au contraire plus on aime,
plus on éprouve la nécessité d'aimer davantage.
«L'amour ne fait rien de mal au prochain»,
comme dit Paul (Rm 13,10).
Il tue le mal en créant le bien.
C'est cette voie de l'amour
qui nous permet de tenir ensemble
ce qui nous semblait au départ contradictoire.
Ne pas juger, ni condamner
ne veut pas dire laisser tout faire.
L'amour conduit à la vérité qui rend libre.
«Ce que vous aurez délié sur la terre
sera délié dans le ciel
», dit Jésus (Mt 18,18).
Nos paroles et nos actes nous rendent
participants de l'œuvre de salut voulu par Dieu.
Jésus est l'unique Sauveur de nos frères
mais il fait de nous des «ministres de la réconciliation»,
selon la belle expression de Paul (2 Co 5,18).
«Nous sommes donc en ambassade pour le Christ;
c'est comme si Dieu exhortait par nous.
Nous vous en supplions au nom du Christ :
laissez-vous réconcilier avec Dieu
» (2 Co 5,20).


Nous retrouvons par là
la conclusion de notre Évangile (cf. Mt 18,20).
Ce n'est pas en notre nom
que nous avons à exhorter, à reprendre
mais au nom du Christ.
Or si c'est au nom du Christ
que deux frères ont l'audace de se parler
en vérité et avec amour,
alors Jésus est là au milieu d'eux.
Ils ne sont plus deux mais trois.
Jésus est le centre qui nous décentre
de nos intérêts, de notre point de vue.
Il est le centre qui recentre sur l'essentiel :
être des enfants de Dieu qui brillent dans le monde
comme des foyers de lumière
en lui présentant la Parole de Vie (cf. Ph 2,15-16).
Il est le centre vers lequel doit converger
tout notre être, toute notre vie,
le point d'équilibre sur lequel s'articulent
exigence et miséricorde,
justice et paix,
amour et vérité (cf. Ps 84,11).


Saint Augustin nous a laissé un court précepte
qui résume bien les enseignements de ce jour :
«Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par amour.
Si tu parles, parle par amour.
Si tu corriges, corrige par amour.
Si tu pardonnes, pardonne par amour.
Aie au fond du cœur la racine de l'amour.
De cette racine, il ne peut rien sortir que de bon
».
 

Méditer la Parole

7 septembre 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Ezechiel 33,7-9

Psaume 94

Romains 13,8-10

Matthieu 18,15-20

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