10e semaine du Temps ordinaire - A

Que vais-je te faire …phraÔm ?

«Que vais-je te faire, Éphraïm ?
Que vais-je te faire, Juda ?
Votre amour est fugitif comme la brume du matin,
comme la rosée qui s’évapore à la première heure» (Os 6,4).


Que vais-je te faire Éphraïm, Juda,
et nous pourrions mettre là chacun notre prénom,
car notre amour pour le Seigneur est fugitif
comme la brume qui disparaît bien vite
ou la rosée qui a vite fait de s’évaporer.


Or c’est [bien] l’amour que je désire
et non les sacrifices (6,6).


Notre conscience religieuse blessée
ne cesse pas de nous enseigner
que Dieu a soif de sacrifices,
qu’il faut le satisfaire et obtenir sa clémence
à coup de sacrifices, de privations
au point que n’ont pas manqué les peuples
qui ont pratiqué la mise à mort rituelle des enfants
pour satisfaire un dieu assoiffé de sang.


Non, ce que Dieu désire ce ne sont
ni les sacrifices, ni les holocaustes,
c’est l’amour,
c’est que nous l’aimions
et plus encore que nous nous laissions aimer.
C’est que nous entrions dans son Amour ;
que nous demeurions dans son Amour.


«Voilà pourquoi je vous ai frappés par mes prophètes,
je vous ai massacrés par les paroles de ma bouche» (6,5).
«Frappés», «massacrés», pour briser la dureté de nos cœurs.
Il suffit de penser à la mission de Jérémie.
«Je t’établis sur les nations et sur les royaumes
pour arracher et renverser,
pour exterminer et démolir,
pour bâtir et planter » (Jr 1,10).


Voilà la mission des prophètes,
voilà la mission de la Parole ;
voilà la mission du Verbe,
de Jésus dont Syméon prophétisa
qu’il doit apporter la chute et le relèvement
d’un grand nombre en Israël (Lc 2,34).


Que vais-je faire pour toi, Éphraïm, Juda ?
Je vais te donner mon Fils,
Je vais te livrer mon Fils,
parce que c’est l’amour que je veux et non les sacrifices,
la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes.
Et Lui, mon Fils vous le révélera
de son Incarnation jusqu’à son Eucharistie.


«Vais-je manger la chair des taureaux
et boire le sang des sacrifices ?» dit Dieu.
Non, mais en mon Fils,
je vais verser le Sang divin
pour que vous le buviez.
Je vais livrer le Corps pour que vous en mangiez
afin que vous soyez saisis dans l’Amour,
afin que vous entriez
dans l’unique sacrifice qui me plaît,
celui de la croix.
Car dans ce sacrifice, il n’y a que de l’amour,
rien d’autre, absolument rien d’autre que de l’amour :
un amour pur,
un amour d’obéissance infini,
un amour qui unit l’humanité au cœur de Dieu
et qui jaillit dans la Résurrection.


Toute la vie de Jésus,
et toute sa mort,
constituent un appel à entrer dans l’Amour,
à entrer dans ce grand Sacrifice d’amour
de Celui qui reçoit tout et donne tout
pour tout recevoir encore
dans un continuel échange d’amour.


Que vais-je faire pour toi, Éphraïm, Juda ?
Que vais-je faire ?
Je vais t’appeler,
Je t’appelle aujourd’hui.
Aujourd’hui Jésus passe et nous appelle (cf. Mt 9,9) :
«Suis-moi» (Mt 9,9).


L’Évangile de Matthieu s’accomplit pour nous aujourd’hui
dans un nouvel appel.
Et où Jésus vient-il trouver Matthieu ?
Matthieu était-il en prière profonde à la synagogue
ou bien en train d’accomplir
de grandes œuvres de bienfaisance ?
Non !
Jésus vient à lui alors qu’il a les mains dans le sac.
Il le rencontre au lieu de sa misère,
de sa cupidité et de ses fraudes.
C’est ce qu’a admirablement montré
le grand peintre Il Caravaggio
en représentant Matthieu
assis dans une sorte de sous-sol blafard
où règnent le trafic et la corruption.
Et c’est bien là que Jésus le rejoint,
c’est là que Jésus nous rejoint :
«Suis-moi !»


Frères et sœurs, que faisons-nous ?
Jésus nous appelle.
Il nous choisit et nous appelle.
Que choisis-tu ?
Rester assis, faire le sourd,
et continuer nos trafics
et nos affaires cachées
ou bien nous lever,
accepter d’être aimés et choisis dans notre misère
et suivre Jésus.
Aller là où il y ira,
jusqu’au bout,
jusqu’au Ciel,
jusqu’à la communion de bonheur
que sa croix glorieuse ouvre pour nous ?
Que choisis-tu ?


L’Évangile de ce dimanche ne s’arrête pas là :
il nous mène à poser un autre choix.
Après la scène de l’appel où jaillit la Parole,
il y a la scène du repas, du banquet, de la table.
Et là aussi, il va falloir choisir,
choisir entre deux camps.
D’un côté, il y a la table de Jésus.
C’est la table du pardon,
la table de la miséricorde, la table du Salut.
Et il y a une place pour toi,
une place toute prête.
Mais en t’approchant tu te rends compte
de qui seront tes voisins de table :
beaucoup de publicains et de pécheurs (cf Mt 9,11).
Il me faut m’asseoir entre ma belle-mère
qui me fait souffrir depuis plus de 30 ans
bien plus que tous les collecteurs d’impôts du monde ;
et ce truand bien connu aux mœurs scandaleuses
à côté de qui pour rien au monde
je voudrais être photographié !
C’est la table de Jésus.


De l’autre côté, il y a les «saints»,
c'est-à-dire ceux qui se regardent comme tels.
Ce sont des pharisiens, littéralement des «séparés» ;
ils restent debout, regardent à distance
et interrogent les disciples :
«Pourquoi votre Maître mange-t-il
avec les publicains et les pécheurs ?» (Mt 9,11).
Ce sont les fils de Jonas
qui était incapable d’accepter la miséricorde de Dieu.
Leur colère est celle du fils aîné de la parabole,
scandalisé devant l’amour immérité
dont le Père enveloppe son fils.


Et nous frères et sœurs,
de quel côté irons-nous ?
Sommes-nous prêts à sacrifier
nos mérites et notre volonté de puissance
pour nous asseoir à la table du pardon ?
Cette table est celle de la gratuité de l’amour,
celle de l’impuissance partagée,
celle de la tendresse débordée de Dieu.


Que vais-je faire pour toi, Éphraïm, Juda ?
Je vais te chercher.
Je viens te chercher
comme le bon berger, sa brebis perdue,
come la femme, sa drachme perdue,
comme le père, son fils aîné perdu.
«Il se mit en colère et il refusait d’entrer.
Le Père sortit l’en prier» (Lc 15,28).
Dieu qui prie ses enfants.
Tout est retourné.
L’Amour est dévoilé.
Les plus grands pharisiens peuvent
devenir les plus grands saints.
C’est Paul et tant d’autres.
Les publicains aussi peuvent devenir de grands saints :
c’est Zachée, Mathieu et tant d’autres.


«Votre amour est fugitif comme la brume et la rosée»
mais je viens aimer en vous.
Et là où le péché a abondé
surabonde la grâce, la miséricorde, la vie et la joie !


Frères et sœurs,
aujourd’hui, voulons-nous suivre Jésus ?
Et nous asseoir à sa table ?
 

Méditer la Parole

8 juin 2008

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Osée 6, 3-6

Psaume 49

Romains 4, 18-25

Matthieu 9,9-13

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