26e semaine du Temps Ordinaire - A

Oui ou non ?

Deux fils.
Deux réponses à un même appel.
«Va travailler aujourd'hui à ma vigne.»
L'un dit «non», puis se repent et y va.
L'autre dit «oui», mais ne fait rien.
Que veut donc dire Jésus à son auditoire ?


Il dénonce ceux qui se croient justes devant Dieu,
qui promulguent des préceptes,
se conforment à une pratique légaliste
mais qui finalement ne s'engagent pas de tout leur être
dans la volonté de Dieu.
D'apparence, ils sont généreux,
mais le cœur n'est pas engagé.
Leur oui n'est qu'un vernis d'apparat.
A contrario, Jésus fait sortir de l'ombre
ceux qui sont relégués au rang de pécheurs :
les publicains et les prostituées.
Ils ont pris le chemin du péché
mais à ceux qui ont su accueillir la grâce du repentir,
les portes du Royaume s'ouvrent.


Comprenons bien que Jésus ne fait pas
l'apologie du péché,
mais celle de la conversion.
Cette parabole est donc une vraie route
d'espérance pour nous tous
qui cheminons ici-bas avec nos oui et nos non,
nos avancées et nos reculs,
nos révoltes et nos abandons.
Le message de la parabole n'est pas pour mettre
d'un côté les bons et de l'autre les méchants.
Il nous dit qu'il y a en chacun de nous
du bon et du méchant, du oui et du non.
Il y a du oui mauvais,
du oui pour avoir la paix,
et du oui courageux et confiant.
Il y a du non mauvais,
du non qui s'entête,
et du non qui se repent.
J'essaierai de tirer trois enseignements
de cette parabole pour éclairer notre route.


Tout d'abord, la parabole met en lumière
que notre générosité a besoin d'être sauvée...
Ceux qui disent un oui spontané
en s'appuyant sur leur simple générosité
ne peuvent aller bien loin.
Pensons à Pierre au soir de la Pâque s'exclamant devant Jésus :
«Je donnerai ma vie pour toi» (Jn 13,37),
et on connaît la suite...
Cette générosité est trop consciente d'elle-même.
Elle s'appuie sur elle-même,
mais se referme aussi sur elle-même.
Elle ne s'est pas encore heurtée
à ses propres limites.
Elle n'a pas encore fait le tour de ses impossibilités.
Elle ne s'est pas encore brisée dans un échec.
Le premier fils de la parabole, lui,
a commencé par faillir
et sa générosité a été blessée dès le début.
Celui qui a dû se tenir devant Jésus,
brisé dans son amour propre,
et mendiant le pardon,
c'est bien celui-là que Jésus préfère.
Celui qui a trouvé la porte du repentir
n'a plus de générosité à lui.
Toute sa générosité vient désormais
du regard de pardon que le Seigneur, un jour,
a posé sur lui.


Le deuxième enseignement découle tout naturellement du premier :
Seuls ceux qui rencontrent un jour dans leur vie
la miséricorde de Dieu
peuvent prétendre accéder au Royaume.
Il n'y a pas de salut possible
sans cette expérience de la miséricorde divine.
Paul le dit à sa manière :
«Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance
pour faire à tous miséricorde
». (Rm 11,32)
Ce qui est commun aux deux fils de la parabole,
c'est leur désobéissance à un moment ou à un autre.


Reconnaissons-le, notre nature blessée est rebelle.
Que la rébellion se fasse au grand jour ou sournoisement,
elle n'en demeure pas moins
un manque de confiance en notre Père du Ciel.
Mais celui qui se repent,
même si c'est au dernier jour de sa vie,
rencontrera toujours la miséricorde de Dieu.
Notons que ce repentir qui est source de salut
est autre que le regret ou la culpabilité.
Le seul regret reste empreint d'orgueil :
On aurait aimé agir autrement,
on aurait aimé être vu différemment...
Celui qui se repent ne se regarde plus
et ne se préoccupe plus du regard des autres.
Seul l'amour de Dieu est son appui
qui lui permet de reprendre confiance.
Nous sortirons toujours de la culpabilité
qui nous ronge de l'intérieur
par le chemin de l'humilité,
qui se traduit par un repentir libérateur.


Troisième enseignement : Jésus nous dit
que des signes nous sont donnés
pour nous aider à nous convertir.
Ainsi Jean-Baptiste a été un signe de conversion
pour des publicains et des pécheurs.
Dans nos vies, une rencontre, une parole,
un événement joyeux ou douloureux,
comme un échec ou un deuil,
peuvent être signes de conversion.
Il nous faut donc ouvrir les yeux
sur ces signes qui nous interpellent.
Il est même bon que nous nous entraidions mutuellement
en étant signes les uns pour les autres.
En même temps, Jésus nous laisse
le signe par excellence,
le signe unique préfiguré par Jonas,
le signe de sa croix.
Car sur la croix, l'amour infini de Dieu pour les hommes
apparaît au grand jour.
Apprenons donc à puiser,
dans la contemplation de la croix du Christ,
la force de repartir chaque jour
travailler à la vigne du Seigneur.
 

Concluons.
À bien lire la parabole, nous voyons bien
que la porte du Royaume est ouverte
autant pour ceux qui disent oui
que pour ceux qui disent non.
Jésus souligne seulement que les premiers arrivés
seront ceux qui auront les premiers expérimenté,
dans leur faiblesse, la puissance de la miséricorde de Dieu
par la grâce du repentir.
Jésus évite de citer deux cas extrêmes :
celui qui dit non et ne fait vraiment rien
et celui qui dit oui et fait ce qui est demandé.
Jésus a tellement confiance en l'homme
qu'il ne peut envisager un enfermement définitif de celui-ci.
Il y aura toujours une brèche
par laquelle la grâce pourra passer.
Quant à celui qui dit oui
et fait totalement la volonté du père,
cet être-là est unique
et c'est Jésus lui-même.
Paul nous dit que tout en Jésus n'a été que «oui».
Et Jésus ne cache pas qu'il ne fait rien
qu'il ne voit faire par le Père.
Il n'accomplit que la volonté de celui
qui l'a envoyé au point de pouvoir dire :
«le Père et moi, nous sommes un».
Son «oui» sera purifié au creuset de la croix
et rejaillira en vie éternelle pour tous les hommes.


Dans cette eucharistie, Jésus vient
renouveler son oui au Père pour nous sauver.
Que ce «oui» pleinement libre
trouve un écho dans cet «Amen»
que nous répondrons au don de son corps et de son sang.
Amen, Seigneur, me voici pour faire ta volonté.
Amen, que ton Règne vienne en moi.
Amen, je suis tout à toi.
 

Méditer la Parole

28 septembre 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Ezechiel 18,25-28

Psaume 24

Philippiens 2,1-11

Matthieu 21,28-32

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