28e semaine du Temps Ordinaire - A

L’appel à la joie de la fiancée pour ses noces

Dans cette parabole, nous trouvons plusieurs personnages : le roi et les invités, Dieu et l’humanité, mais il y a aussi les serviteurs du Roi envoyés vers l’humanité. Et il est bon de nous identifier à ces serviteurs, en effet n’oublions par que nous avons reçu par notre baptême une mission : proclamer l’Evangile à toute la création. Et pour nous rassurer dans les difficultés à assurer notre mission, remarquons que le roi ne reproche pas à ses serviteurs d’échouer. Et nous pouvons reprendre à notre compte la parole de Bernadette : «Je suis chargé de vous le dire, pas de vous le faire croire».


Or à la lumière de cette parabole nous découvrons comme le résumé de l’Évangile que nous avons à recevoir et à transmettre. L’Évangile s’y révèle comme un appel aux noces divines. On pourrait résumer l’Evangile à cette parole de l’Apocalypse : «Soyons dans l’allégresse et dans la joie, car voici les noces de l’Agneau». L’Évangile dans son cœur est un appel à la joie - et pas n’importe quelle joie - une joie de fiancée invitée à s’unir à Dieu dans l’Amour. Car tel est le message de l’Évangile : Dieu veut s’unir à l’humanité – et c’est pour cela qu’il s’est uni à la chair - parce qu’il l’aime et qu’il trouve sa joie à vivre avec nous. «C’est la joie au sujet de l’épouse que ton Dieu éprouve à ton sujet» dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe (Is 62,5). Et en résumant ainsi l’Évangile à un appel aux noces avec lui, le Seigneur Jésus ne fait que reprendre les prophètes qui révélaient que l’Alliance avec Dieu n’était pas d’abord un contrat mais des noces d’Amour. À chacun de nous le Seigneur dit : «Je te fiancerai à moi pour toujours» (Os 2,21).


Or trop souvent nous n’osons tellement pas croire à cet Amour que nous transformons l’Évangile en doctrine ou en morale alors qu’il proclame l’Amour du Christ qui nous aime jusqu’à la mort et qui livre son corps à chaque eucharistie pour que des deux, nous et lui, nous ne soyons plus qu’une seule chair. Quand oserons-nous croire à cet Amour de Jésus ? Quand oserons-nous croire que nous pouvons faire la joie de Dieu en accueillant son Amour. Nous avons ici un vivant témoignage que ce mystère est vrai. Les moines et moniales, les consacrés dans l’Église témoigne que cet Amour peut combler totalement la vie d’un homme ou d’une femme. La vie consacré n’aurait aucun sens si le Christ ne désirait pas s’unir à nous. Et la joie des consacrés témoigne pour toute l’Église que chacun de nous est désiré du Seigneur Jésus et qu’il nous invite à vivre avec lui dans une communion où l’on partage tout. Car c’est bien cela le mariage : communion et vie commune dans l’amour. Et si le mariage a été inscrit dans l’humanité par Dieu dès la création, c’est pour dire quelque chose de son amour pour nous, pour dire qu’il veut vivre avec nous pour toujours. Le mariage sur terre est une préparation aux noces éternelles et un message prophétique de ce qui nous attend au ciel.
 

Mais vous vous dites qu’il est bien difficile de croire à un tel Amour, à cause de deux obstacles en nous : nous ne savons pas comment connaître cet Amour et nous ne nous sentons
pas digne de cet Amour.


L’une des raisons pour lesquelles nous ne connaissons pas cet Amour est que nous négligeons trop souvent un moyen essentiel : la Parole de Dieu. Je vous raconte une petite histoire pour vous le faire comprendre : C’est au jardin du paradis, Adam vient de se réveiller suite au sommeil dans lequel le Seigneur Dieu l’a plongé pour façonner Ève. Dans quelques instants, il va voir pour la première fois sa femme Ève. Il est tout joyeux de cela et en même temps un peu inquiet : comment fera-t-il pour que Ève croit, sache qu’il l’aime. Il demande au Seigneur Dieu qui répond en touchant les lèvres d’Adam de sa main : «Je mets la puissance de ma Parole dans ta bouche, maintenant tes paroles ne seront plus des sons, mais porterons comme des ailes les sentiments de ton cœur pour entrer dans le cœur d’Ève». La Parole de Dieu porte les sentiments de son cœur pour les faire entrer dans notre cœur. Voilà comment nous
pouvons connaître son amour.


Souvent si nous ne croyons pas à un tel amour, à cet appel aux noces, c’est que nous ne nous en jugeons pas digne. Et nous venons à l’Eucharistie sans vouloir vivre cette union  avec Dieu. Ou alors comme tant d’hommes et de femmes qui ne croient pas à un tel amour, nous allons à notre champ ou notre commerce, vivant notre petite vie terrestre et médiocre. Bien sûr nous ne sommes pas à la hauteur d’un tel amour, bien sûr par nous-même, il n’y a rien en nous de séduisant. Mais telle est l’autre lumière de cette parabole d’aujourd’hui : Dieu veut nous rendre beau et aimable. «Son épouse s’est faite belle» dit l’Apocalypse. C’est lui-même qui nous apporte les qualités nécessaires pour vivre un tel Amour. Il nous donne d’être saint, il nous donne la grâce qui nous rend beaux aux  yeux de Dieu. La grâce a ce pouvoir d’attirer Dieu et de séduire son cœur : « u as capté mon cœur par un seul de tes regards. Que tu es belle ma bien-aimée, que tu es belle» dit le Seigneur à chacun de nous dans le Cantique des Cantiques. Comme Marie et les saints, laissons revêtir du vêtement de la sainteté, le vêtement de noces dont parle la parabole. Vêtement blanchi dans  le sang de l’Agneau, c’est-à-dire que nous pouvons être transformé, devenir resplendissant d’une beauté spirituelle grâce  à la puissance de grâce qui jaillit de la croix. Son Amour nous transforme.


Frères et sœurs, il nous reste devant tant de merveilles à croire et à désirer en répondant amour pour amour et à donner sa vie à un tel Amour. Celui qui croit à l’Amour de Dieu devient  Amour. Frères et sœurs, croyons-nous en l’Evangile de l’Amour ou allons-nous continuer à le réduire à un message fade et rituel ? Allons-nous croire qu’en communiant tout à l’heure nous allons vivre un acte d’Amour qui nous unit pour toujours à Celui qui nous aime et que nous recevons la grâce qui nous  fait resplendir de beauté aux yeux de Dieu ? Amen
 

Méditer la Parole

12 octobre 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Thierry-Joseph

 

Frère Thierry-Joseph

Lectures bibliques

Isaïe 25, 6-9

Philippiens 4, 12-14.19-20

Matthieu 22,1-14

Imprimer l'homélie

Télécharger la version pdfTélécharger la version pdf