Fête de la Croix Glorieuse

Renversés par l'Amour du Christ
Ouverture de l’année Saint Paul

«Le peuple d’Israël, à bout de courage,
récrimina contre Dieu et contre Moïse
‘Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ?
Était-ce pour nous faire mourir dans le désert ?’ » (Nb 21,4-5).
La Parole nous met ce matin
en face de la réalité du murmure contre Dieu,
de la récrimination contre Dieu, de la colère contre Dieu.
Mais, comment cela a-t-il pu entrer dans l’homme ?
Dieu EST amour… et nous récriminons contre Lui ?
Le Livre de la Genèse nous répond
en nous montrant comment le démon
a subtilement déposé le venin du murmure
dans le cœur de l’homme.
«Dieu sait que le jour où vous mangerez ([du fruit] de l’arbre)
vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux» (Gn 3,5).
Sous-entendu : Dieu est jaloux de votre bonheur,
il vous interdit d’être heureux.
C’est ainsi que le «père du mensonge» (Jn 8,44)
est aussi le père du murmure.
Le démon nous attire dans le murmure
qui est une chose terrible, mortifère,
qui dessèche l’âme,
qui nous jette dans la solitude,
qui nous coupe de l’espérance.
Voilà ce qui dévastait le cœur des Israélites au désert.
L’Amour de Dieu pour son peuple s’est alors manifesté
par l’envoi de serpents brûlants
qui ont montré – crûment – à Israël le drame
où tous étaient en train de s’enfoncer.


«Nous avons péché
en récriminant contre le Seigneur et contre toi.
Intercède auprès du Seigneur
pour qu’il éloigne de nous les serpents» (Nb 21,7).
Le Seigneur n’éloigne pas les serpents,
mais il va transformer le drame du murmure
en un lieu où va se révéler son amour, son salut.
Comment Israël va être sauvé en plein désert ?
Qu’est-ce que le Seigneur lui demande ?
D’offrir un grand sacrifice ? Non !
de faire de grands actes méritoires ? Non !
de faire des travaux, des œuvres pour Dieu ? Non !
de faire de longues prières ? Non !
Le Seigneur leur demande seulement
de regarder le serpent d’airain.
C’est par un regard qu’ils vont recevoir le salut.
Un regard qui exprime leur obéissance à la Parole de Dieu,
un regard de foi.
Qu’as-tu fait pour obtenir le salut ?
J’ai regardé ce que le Seigneur m’a invité à regarder.
Seulement cela ? Oui !
Il y a là quelque chose de fou,
qui n’est pas à mesure humaine.
Dans le monde tout s’achète,
tout se paye, tout se mérite.
Mais pour le salut,
il suffit d’un regard d’obéissance et de foi !

 

L’évangéliste saint Jean
va reprendre explicitement cette scène de l’Exode :
«De même que le serpent d’airain
fut élevé par Moïse dans le désert,
ainsi faut-il que le Fils de l’Homme soit élevé
afin que tout homme (qui le regarde) qui croit
obtienne par Lui la vie éternelle» (Jn 3,14-15).
Frères et sœurs, comment nous vient le salut,
le ciel, la vie éternelle ?
Que faut-il faire pour avoir la vie éternelle ?
Des tas d’œuvres, de sacrifices,
de prières, d’actes méritoires ? Non !
Il nous faut simplement poser
un regard de foi sur Jésus en croix
et attendre de Lui le Salut !
L’Évangile vient de nous le dire :
« afin que tout homme qui CROIT
ait par Lui la vie éternelle» (Jn 3,15).
Qu’est-ce qui, aujourd’hui,
nous sauvera de nos murmures mortifères contre Dieu ?
Simplement de regarder avec foi le Crucifié !
De le regarder jusqu’à ce que la découverte de son amour fou
devienne en nous comme un fleuve qui emporte toute colère.
Regardez cette icône de la Croix.
Du cœur de Jésus jaillit un fleuve
qui rejoint chacun de nous.
La Croix c’est l’amour fou
de Celui qui étant de condition divine
n’a pas gardé pour lui cette béatitude,
mais qui s’est dépouillé librement
prenant notre condition humaine.
Mieux : il s’est littéralement vidé,
il s’est abîmé obéissant jusqu’à la mort des maudits,
la mort de la croix.
Et parce qu’il s’est ainsi vidé,
le Père a pu combler son humanité
de la plénitude de la gloire divine
afin que tout être vivant tombe à genoux et l’adore !
Et nous l’adorons, et nous le glorifions (cf. Ph 2,6-11).
La Croix, c’est le resplendissement de l’amour de Dieu.
La gratuité de l’amour de Dieu y resplendit ;
y resplendit définitivement.
Nous n’avons pas besoin d’autre révélation.

 

Frères et sœurs, c’est cela
qui a bouleversé du tout au tout la vie de Paul.
Saul nous ressemblait à l’excès
tant il mettait sa sécurité intérieure
dans ses titres et dans ses œuvres.
Mais il a été renversé.
Paul était un circoncis dès le huitième jour,
il était de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin.
Il était Hébreux, fils d’Hébreu ;
quant à la loi, un pharisien ;
quant au zèle, un persécuteur de l’Église ;
quant à la justice que peut donner la loi,
un homme irréprochable (cf. Ph 3,5-6)
«Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu
je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ.
À cause de Lui j’ai accepté de tout perdre,
je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ
et d’être trouvé en lui,
n’ayant pas comme justice à moi celle qui vient de la loi
mais celle qui vient par la foi au Christ» (Ph 3,7-10).
Voilà le renversement
que nous allons vivre cette année avec Paul.
Nous allons faire nôtre la foi de Paul.
«Sa foi est le fait d’être frappé
par l’amour de Jésus-Christ,
un amour qui le bouleverse
jusqu’au plus profond de Lui-même
et qui le transforme.
Sa foi n’est pas une théorie,
une opinion sur Dieu et sur le monde.
Sa foi est l’impact de l’amour de Dieu sur son cœur» .
Nous allons être renversés et nous en avons besoin,
car nous n’arrêtons pas de glisser
vers un «Évangile différent» :
un évangile du mérite,
de la règle, de la loi, de la peur…
qui n’est pas l’Évangile du Christ.
Paul va nous prêcher l’Évangile du Christ
qui n’est pas à mesure humaine :
L’Évangile de la croix,
la «sagesse de la croix»,
le «langage de la croix»…
de la croix glorieuse.


Que la croix soit glorieuse,
l’Évangéliste saint Jean le montre de bien des manières.
Mais Paul aussi le dit à l’envi,
lui qui proclame «que jamais je ne me glorifie
sinon dans la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ».
C’est sa fierté !
C’est sa joie !
C’est sa gloire !
Il faudrait que cette année
nous ayons nous aussi notre conversion
à la manière de Paul,
que nous soyons jetés à terre comme lui !

 

Mais cette année paulinienne est aussi une année
où nous allons être appelés à la mission,
pour que notre vie elle-même devienne mission.
Si quelqu’un a «renoncé à lui-même»
pour «suivre Jésus sur la voie de l’amour»,
c’est bien Paul !
Quel amour, frères et sœurs, quelle charité en sa vie !
« Quoique vivants, confesse-t-il,
nous sommes continuellement livrés à la mort
à cause de Jésus (…).
Ainsi donc la mort fait son œuvre en nous
et la vie en vous » (2 Co 4,11-12).
L’amour de Paul est bouleversant.
Beaucoup ont une perception de Paul
comme un grand prédicateur
intransigeant, dur, misogyne.
Nous allons découvrir le vrai Paul
qui est un «homme chétif», un «vase d’argile»
qui n’est pas un brillant orateur, au contraire
mais un homme brûlant d’amour.
D’amour en acte, en kilomètres,
en coups reçus, en persévérance.
En acte et en vérité,
ne cherchant jamais à plaire aux hommes.
Un vrai père… et une vraie mère… un amour fou.




Frères et sœurs,
voilà deux grands aspects du visage de Paul :
il est celui que l’amour gratuit de Jésus a renversé.
Il est celui dont la vie tout entière
est donnée à l’annonce de cet amour.
Y a-t-il un lien entre ces deux aspects ?
Sans aucun doute !
Parce qu’il a découvert l’amour gratuit du Seigneur
Paul n’est plus préoccupé de lui-même,
et dès lors sa vie est donnée à la mission.
Il accueille l’Amour qui devient
«comme un feu dans ses os»
et il donne cet amour.
C’est un homme eucharistique
et cela il va nous l’enseigner !
L’Amour du Christ l’a libéré de lui-même.
Coaché par lui nous ferons la même expérience :
«Je suis crucifié avec le Christ (…)
Ma vie, je la vis dans la foi au Fils de Dieu
qui m’a aimé et s’est livré pour moi» (Ga 2,19-20).
Et tout cela c’est en lui l’œuvre de l’Esprit Saint !
Paul va être pour nous
un véritable maître de la vie dans l’Esprit
lui qui a fait l’expérience
d’une extraordinaire ouverture à l’Esprit,
à ses dons, à ses charismes :
du charisme le plus petit, les langues
– et il parlait en langues plus que tous (cf. 1 Co 14,18) –
au charisme le plus grand, la prophétie ;
et à ce qui les dépasse tous : la charité !
C’est lui qui proclame, qui nous proclame :
«Puisque l’Esprit est notre vie,
que l’Esprit aussi nous fasse agir !» (Ga 5,25)
Frères et sœurs rendons grâce au Père
pour le don qu’il a préparé pour nous
en cette année paulinienne.
Nous en viendrons à dire comme Paul :
«Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi» (Ga 2,20)
et : «je puis tout en celui qui me rend fort» (Ph 4,13).
 

Méditer la Parole

14 septembre 2008

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Nombres 21, 4b-9

Psaume 77

Philippiens 2, 6-11

Jean 3,13-17

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