Dimanche de la Sainte Famille

En ce matin, nos yeux sont encore éblouis
par la lumière de la nuit de Noël.
Nous avons vu l’Enfant Jésus tout proche
de sa mère Marie qui l’a conçu en son sein.
Comme à l’occasion de toute naissance,
la mère de l’enfant s’est trouvée séparée
de celui qu’elle portait en elle depuis neuf mois.
Un être nouveau est là, devant elle,
avec son identité, son histoire qui commence.
La mère et l’enfant sont bien deux personnes,
mais un lien les relie.
Et cette séparation renforce leur communion.
Marie apprendra à parler
à cet Enfant qui est la Parole de Dieu faite chair.
Marie apprendra à marcher
à cet Enfant qui est la Route qui nous conduit au Père.
Marie apprendra à prier
à cet Enfant qui répand sur nous son Esprit de Vie.

L’art a tant représenté «la Vierge à l’Enfant»
qu’il nous est facile d’entrer dans la contemplation
de celle qui est mère aux côtés de celui qui est fils.
Mais l’Évangile d’aujourd’hui nous incite
à tourner nos regards vers un autre visage :
celui du père de l’enfant, Joseph.
Au milieu de la myriade d’anges chantant le Gloria,
des bergers adorateurs et des mages pèlerins,
on aurait presque oublié sa présence.
Certes il est discret ce Joseph.
Jamais une parole de lui
ne nous est rapportée dans les Écritures.
Mais l’évangéliste Matthieu ne craint pas
de nous révéler le rôle essentiel du père de l’enfant.
Si Matthieu met toujours en vis-à-vis
Joseph d’un côté, et «l’enfant et sa mère» de l’autre,
c’est pour insister sur la mission
qui est propre à Joseph, au sein de la Sainte Famille.
Autant la relation maternelle entre Marie et Jésus semble naturelle,
autant la paternité de Joseph est un mystère à découvrir.
Nous voyons tout d’abord que Joseph ne vient pas rompre
la communion qui unit «l’enfant et sa mère» ;
au contraire il se met à son service.
En tant que père, il joue un rôle de protecteur, de bouclier.
Et notre récit ne peut mieux l’exprimer
puisque Joseph «prend l’enfant et sa mère»
pour fuir la menace de mort
qui pèse sur le nouveau-né.
Le père protège la vie qui lui est confiée.
C’est son devoir de père et d’époux.

On peut voir aussi en Joseph un rôle de chef.
C’est à lui que l’ange s’adresse et non à Marie.
C’est lui qui mène l’action.
C’est lui qui prend l’initiative de fuir en Égypte,
puis de s’installer à Nazareth et non à Bethléem.
Il est le guide de la marche de la Sainte Famille.
Marie, elle, semble toute soumise à son époux.
Ce modèle d’autorité de l’époux
et de soumission de l’épouse
peut paraître totalement dépassé
dans notre société d’aujourd’hui.
Mais, frères et sœurs, croyons-nous
que Marie n’était qu’une béni-oui-oui ?
Certainement pas.
Sa sainteté était sans commune mesure
avec celle de Joseph.
Son intelligence du mystère, l’intensité de sa charité,
tout ce que sa maternité
lui avait révélé de l’amour divin,
lui donnaient une dignité spirituelle suréminente,
et Joseph était mieux placé que quiconque pour le reconnaître.
On peut même penser
que son amour à lui, pénétré d’admiration,
devait se faire humblement docile
pour entrer, à la suite de Marie,
dans ce qu’elle lui révélait de Dieu et de Jésus.
Il y avait entre ces deux êtres d’exception,
une sorte de hiérarchie de valeur
qui était à la fois une des composantes
et une des richesses de leur amour.

L’autorité de Joseph n’est donc pas liée à la valeur.
Elle est une fonction en vue de conduire
la famille sur les voies de Dieu .
Joseph nous fait redécouvrir avec justesse
que l’exercice de l’autorité dans la famille,
comme dans tout corps social,
est un service et non le fruit d’un mérite
ou d’une prise de pouvoir.

L’autorité est au service d’une mission :
permettre à l’autre d’exister.
Et, pour Joseph, elle est démesurée
car cet autre, c’est le Tout Autre !
Il doit donner à Dieu la possibilité
de vivre parmi les hommes.
Cette mission qui fait de lui le père de Jésus,
il aura à la re-accueillir sans cesse.
Trois fois l’ange vient lui parler ;
trois fois, il prononce la même parole :
«Prends avec toi», d’abord Marie ton épouse,
puis l’enfant et sa mère.
Trois fois, il prendra avec lui.
À celui qui avait décidé la séparation,
avant que l’ange ne lui révèle le dessein de Dieu,
trois fois il est dit : «Prends avec toi».
On le voit donc :
la paternité est une prise de responsabilité.
Certes si j’engendre, je deviens père.
Mais que d’hommes aujourd’hui sont officiellement pères
et n’ont pas de fils à élever.
Cette paternité charnelle ou légale est peu de chose
si elle n’est pas engagement envers un autre.
Être père, c’est mieux qu’engendrer ou adopter,
c’est faire grandir .
Joseph n’a jamais connu Marie par la chair,
et cet enfant qu’il protège n’est pas de lui,
mais Joseph n’en est pas moins père.
Cet enfant lui est comme étranger
et pourtant il devient son fils
parce qu’il le prend avec lui.
Il s’engage envers lui,
et au prix de quels renoncements !
Comme le dit merveilleusement une théologienne protestante :
«La paternité de Joseph unit ce qui était séparé ;
elle cueille des solitudes et les convertit en société.
En un mot, elle englobe les singularités
dans la merveille du pluriel familial» .
La paternité rassemble, unifie, donne corps
à la cellule de base de toute société.
Cette paternité est donc vitale pour la croissance
de nos familles, de nos communautés, de notre société.

Mais Joseph nous apprend aussi
que la paternité est un don
qui se reçoit de Celui de qui vient toute paternité.
L’autorité paternelle de Joseph
était toute baignée d’obéissance à Dieu.
Avant de donner des ordres, il en reçoit.
Être père demande une grande disponibilité
à l’écoute de l’Esprit Saint.
En même temps, c’est l’amour pour Marie et Jésus
qui guide les démarches de Joseph.
L’amour est le moteur de toute paternité authentique.

Prends avec toi l’enfant…
Personne dans l’Évangile n’entendra plus cette parole.
Quand Marie de Magdala, au tombeau,
voudra «prendre» Jésus,
il ne supportera même pas d’être touché.
Seul Joseph a été introduit
dans l’intimité du Fils
et le premier aussi à contempler
ce mystère de la faiblesse qui est Dieu.
Le fort se fait le gardien du faible
et pourvoit à ce que le faible devienne le fort.
Avant que Jésus ne soit le sauveur du monde,
Joseph est le sauveur du Sauveur.
En cela, il est véritablement père
car sa vie nous renvoie à «Celui dont toute paternité
au ciel et sur la terre, tire son nom» (Ep 3,15).
Saint Joseph, prie pour tous les pères
et apprends-nous à aimer.
 

Méditer la Parole

26 décembre 2004

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Ecclésiastique 3, 2-14

Psaume 127

Colossiens 3, 12-21

Matthieu 2,13-23

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