33e semaine du Temps Ordinaire - A

Comment faire fructifier ses talents ?

Le Livre des Proverbes vient de nous faire l’éloge
de la femme croyante et vaillante
qui travaille avec un courage extraordinaire
pour le bien des autres.
Toute la ville, termine l’auteur des Proverbes,
doit faire son éloge pour son travail (Pr 31,31).


On ne peut lire ce texte
sans faire l’éloge de tous ceux et celles
qui travaillent comme salariés ou comme bénévoles
pour le bien de leur famille,
pour le bien commun,
pour le bien des plus pauvres.
Oui, que soient bénis tous ceux
qui travaillent et peinent ainsi avec courage et fidélité.


Qu’elle est grande la dignité du travail humain !
Pour t’associer à l’achèvement de sa création,
et te soumettre la terre ;
pour participer à sa rédemption
en gagnant ton pain à la sueur de ton front
sur l’ordre de ton Dieu,
fils d’Adam, peine à travailler de tes propres mains.
(Livre de vie de Jérusalem § 3).


Et s’il en est parmi nous
qui mènent une vie désordonnée
ne travaillant pas du tout mais se mêlant de tout,
ceux-là, nous les invitons et engageons
dans le Seigneur Jésus Christ à travailler dans le calme
et à manger le pain
qu’ils auront eux-mêmes gagné » (2 Th 3,11-12)


Frères et sœurs, mettre en œuvre
pour le service des autres
les dons naturels que nous avons reçus de Dieu,
voilà qui glorifie le Seigneur !
Mais avec l’évangile de ce jour,
nous découvrons que ce ne sont pas seulement
avec nos dons naturels qu’il nous faut travailler,
mais aussi avec les dons de grâce
que le Seigneur nous a confiés.
C’est la parabole bien connue des talents.


Comment accueillir cette parabole ?
Le moyen le plus efficace
pour accueillir la force de cette parabole
est sans doute de nous soumettre aujourd’hui
au jugement du Maître,
d’anticiper son jugement (cf. Jn 12,48).


Tous nous avons reçu
à travers le baptême et la confirmation
un don de grâce parfaitement proportionné
à notre personne, à notre nature :
nous avons reçu un don de foi, d’espérance et de charité.
Nous avons été fortifiés dans les vertus cardinales
comme la force ou la justice,
et les vertus morales comme la patience ou la bienveillance.
Les sept dons de l’Esprit nous ont été confiés,
nous configurant à Jésus,
et ce même Esprit nous a enrichis de charismes
pour le service des autres.


Tout cela, Jésus le compare à une somme d’argent,
à un certain nombre de «talents» qui nous ont été confiés.
Un talent est une forme de lingot
pesant une vingtaine de kilos
et correspondant à 5.000 ou 6.000 deniers.
Le Maître, le Seigneur Jésus,
nous les a remis au moment de son départ,
c’est-à-dire au moment de sa mort et de sa résurrection.
Il nous a confié ses biens,
il nous a donné sa Parole et son Souffle,
il nous a donné sa Vie,
il nous a donné son Amour,
il nous a donné sa Paix (Jn 14,27), sa Joie (Jn 15,11),
nous comblant chacun selon ce que nous sommes,
selon ce que nous sommes capables
d’accueillir et de faire fructifier.


Aujourd’hui, dans la lumière de l’Évangile,
nous nous situons devant le Maître et toute vérité :
ces dons de grâce, qu’en avons-nous faits ?
Quelle est notre attitude
vis-à-vis de la grâce que nous avons reçue ?

 
L’Évangile nous révèle qu’il y a deux attitudes possible.


La première est de recevoir vraiment le don de grâce,
mes deux lingots ou mes cinq lingots,
et, littéralement, de travailler dedans, (Mt 25,16),
c’est-à-dire d’œuvrer, de peiner, de me fatiguer
à partir des dons reçus,
pour les mettre en œuvre,
pour les exercer au profit des autres.
Pourquoi ?
Par amour du Maître,
pour pouvoir, au dernier jour,
lui remettre son don, démultiplié,
parce qu’il aura libéré toute sa fécondité.


Cette attitude suppose de prendre des risques,
d’avoir du courage, de l’audace,
de faire des choix basés sur la foi,
de compter sur les dons de l’Esprit,
d’exercer ses charismes…


Et l’expérience est «payante» !
Nous découvrons la puissance des dons de Dieu
qui se déploie et nous surprend.
À la manière des apôtres jadis,
nous nous écrions :
«Seigneur, même les démons
nous sont soumis en ton nom !» (Lc 10,17).


L’autre attitude est celle de l’homme
qui a parfaitement compris
que le Seigneur attend de nous
que nous fassions fructifier le don reçu,
mais qui s’y refuse.
Pourquoi ?
Parce qu’il tourne le dos au Maître
considérant que celui-ci exige de nous
ce que nous ne pouvons pas lui donner :
«Tu moissonnes là où tu n’as pas semé» (Mt 25,24).


Il voit en Jésus un maître dur, injuste,
alors il a peur et le don de grâce,
il ne veut pas y toucher :
il l’enterre.
Il n’a aucune affection,
aucun respect même, pour le Maître :
il ne pense même pas à placer son argent à la banque ;
il n’y a en son cœur que peur et froideur.
La venue du Maître, la venue de Jésus,
est pour cet homme comme la venue d’un voleur (cf. 1 Th 5,4),
qui lui reprend le don qu’il avait reçu
et le fait jeter dans la ténèbre extérieure.


Frères et sœurs, le choix de l’une et de l’autre attitude,
nous l’avons fait.
Comme la parabole le montre,
ce n’est pas une décision prise
lors du retour du Maître,
c’est un choix fait depuis longtemps (Mt 25,19).


Qu’avons-nous choisi ?
L’attitude des serviteurs bons et fidèles (25,23) ?
Celle du serviteur mauvais et mou (25,26) ?


Aujourd’hui, il nous faut laisser la parabole
débusquer le serviteur mauvais et mou en nous.
C’est cette part de nous-mêmes qui dit,
plus ou moins consciemment,
que Dieu est injuste, qu’il exige de nous
ce que nous ne sommes pas capables de lui donner.


Alors, la vie de la grâce nous n’en voulons pas.
La peur nous fait peut-être faire
beaucoup d’œuvres pour Dieu,
mais sans puiser à sa grâce,
sans entrer en alliance, en amitié, avec Dieu,
sans prendre le risque de vivre dans l’Esprit
qui distribue ses dons à chacun
en particulier comme il l’entend (1 Co 12,11).


La Parole de Dieu vient débusquer ce mensonge
– qui conduit dans les ténèbres de l’égoïsme –
afin de nous en libérer.
Afin qu’aujourd’hui nous fassions
– parce qu’il n’est pas trop tard pour cela –
le choix de développer en nous
l’attitude des serviteurs bons et fidèles.
Nous voulons comme Paul, devenir ministre
par le don de grâce que Dieu lui a confié (Ép 3,7),
pouvoir dire au soir de notre vie :
«C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis,
et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile.
Loin de là, j’ai travaillé plus que tous :
oh ! non pas moi,
mais la grâce de Dieu qui est en moi !» (1 Co 15,10).
Alors, éclairés par la Parole de Dieu
que nos yeux s’ouvrent
sur le don de grâce qui est en nous.
Oui, j’ai reçu un, deux, cinq talents :
un don de grâce inouï, parfaitement adapté
à ce que je suis et à ma mission en ce monde,
et je t’en rends grâce Seigneur !


La clé est là : je nomme les dons de grâce
qui sont en moi et j’en rends grâce à Dieu !
Et si j’en ai enterrés…
je les déterre aujourd’hui !


Alors, je me rends compte
que la dynamique de la vie spirituelle est là :
développer l’être spirituel qui est en moi,
travailler à ce que s’épanouissent
les dons, les vertus, les charismes
pour le bien des autres,
et devenir débordants de cette vie divine
que le Seigneur a déposée en moi.


Ainsi, si je suis père ou mère de famille,
je suis sûr qu’un don de grâce m’accompagne
pour l’éducation religieuse des enfants
et je m’y consacre sans baisser les bras.


Si je suis marié, mais en pleine épreuve conjugale,
je choisis de puiser dans la grâce du sacrement de mariage
avec foi et sans hésiter.


Si je suis moine, moniale,
je sais qu’un charisme de prière m’a été donné
et je l’exerce en intercédant pour le monde.


Si je suis âgé ou handicapé,
je sais que je participe de manière intense
à la Passion de Jésus,
et je m’offre avec lui pour le salut du monde,
pour les jeunes en particulier.


Si j’ai un don de compassion
à travers lequel le Seigneur aime consoler
des personnes blessées, pauvres, isolées
j’exerce ce don sans le remettre au lendemain.


Si je suis prêtre, j’agis et je prie au nom de Jésus
mettant en œuvre sans hésiter
le pouvoir sacerdotal de Jésus qui m’a été confié.
Si je vis et travaille en plein monde,
je prends le risque de témoigner
à chaque fois que l’Esprit m’y pousse.
Si j’ai découvert que le Seigneur
se plaît à exaucer ma prière
quand je lui demande la guérison
ou les libérations d’un frère,
j’exerce ce charisme sans hésiter.


Si j’ai un don de sagesse, de conseil,
qui est apprécié des autres,
et porte un fruit de sainteté,
j’exerce ce don sans hésiter.


En un mot, et pour reprendre les paroles de Paul :
Oui je me fatigue,
je me fatigue à lutter
mais avec son énergie qui agit en moi avec puissance (Col 1,29).
Oui, je puis tout en Celui qui me rend fort (Ph 4,13).


À travers cette expérience,
nous découvrons que Dieu est tout
sauf un tyran injuste ;
Il moissonne là où il n’a pas semé ?
Oui !


Mais c’est lui qui nous donne la semence,
une semence divine
qui porte un fruit extraordinaire (cf. Mt 13, 31-32).
Cette semence, c’est lui-même !
Et si je la sème en ma vie,
si je la sème en ce monde,
il en vient une moisson de grâce !


Oui, nous sommes des vases d’argile, (cf. 2 Co 4,7)
mais nous portons en nous un trésor inouï
qui n’est rien d’autre que la vie de Jésus en nous,
que Jésus vivant en nous,
agissant en nous, agissant par nous;
nous faisant porter une moisson de grâce
pour nos frères et sœurs !


Et que ferons-nous au dernier jour ?
Nous lui offrirons plein de joie cette moisson !
Et lui que fera-t-il ?
Il nous donnera davantage,
un éternel davantage !
Il nous fera entrer dans sa joie,
sa divine joie de n’exister que pour se donner.


Frères et sœurs, c’est comme cela que l’on entre au ciel ;
la clé pour entrer au ciel
c’est de s’être fatigué,
c’est d’avoir tout fait à partir du don de grâce
que nous avons reçu pour que les autres y entrent.

 
Père, nous te rendons grâce
pour le don de grâce que ton Fils nous a confié
en donnant sa vie pour nous.
Dès aujourd’hui, comme en chaque eucharistie,
nous voulons te le remettre
avec toute la fécondité qu’il a déjà donnée,
pour l’accueillir plus largement encore
afin de servir ton règne d’amour en nos frères et sœurs.
 

Méditer la Parole

16 novembre 2008

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Proverbes 31, 10-31

Psaume 127

Thessaolniciens 5. 1-6

Matthieu 25,14-30

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