33e semaine du Temps Ordinaire - A

Des talents pour glorifier Dieu

«Nul n’a jamais vu Dieu, confesse l’évangéliste Saint-Jean,
mais le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père,
lui, l’a fait connaître» (Jn 1,18).
Par cette parabole des talents,
Jésus veut nous révéler le visage du Père.
En effet, qui est-il ce Maître qui laisse toute sa fortune
entre les mains de ses serviteurs ?
C’est notre Seigneur.
«Qu’avons-nous que nous n’ayons reçu ?» (1Co 4,7).
Ne possédant rien de nous-mêmes,
Dieu, notre créateur, nous a tout donné.
Tel le Maître de la parabole, il a partagé
ses biens avec nous, ses serviteurs,
pour que nous portions du fruit.
Rien ne nous appartient,
tout demeure le bien de notre Maître et Seigneur.
Tout ce que nous sommes,
tous ces talents dont nous sommes riches,
sont un don gratuit de Dieu,
le signe de son immense bonté.
À travers ces dons déversés en chacun de nous,
dans les vases d’argile que nous sommes,
c’est comme si Dieu déversait une part de lui-même.
Chaque don est une marque divine.


Mais alors, si Dieu est la bonté par excellence,
comment comprendre qu’Il donne à l’un cinq talents,
à un autre deux ou encore un seul talent ?
Y aurait-il une échelle de mérite dans le cœur de Dieu ?
Dieu serait-il injuste ?
Non, bien au contraire,
Dieu ne connaît pas les demi-mesures.
La grâce de Dieu n’est que plénitude
car l’amour de Dieu n’a pas de mesure.
Il est sans limite.
Les uns ont beaucoup reçu, d’autres moins,
mais chacun a reçu une plénitude
selon la mesure qui est la sienne.
«À chacun selon ses capacités», nous dit Jésus (Mt 25,15).
Celui qui n’a reçu qu’un seul talent est donc autant comblé
et autant responsable du don reçu
que celui qui a reçu cinq talents.
La mesure est différente pour chacun
car nous sommes tous différents
et uniques aux yeux de Dieu.
Notre œuvre à nous,
ce n’est pas de choisir notre mesure,
c’est de la remplir,
c’est de donner toute sa mesure à notre mesure.
Toute jalousie est donc à fuir,
tout désespoir à bannir,
car Dieu nous a comblés chacun.


La vraie question est donc celle-ci :
Est-ce que je fais confiance au don que Dieu m’a fait ?
Est-ce que je crois que si je m’appuie sur lui,
ma vie sera source de joie et de paix ?
Oui, il suffit de faire confiance,
de se fier au geste si imprévu de Dieu,
d’avoir foi en celui qui a l’audace de croire en nous.
À lui seul, ce don porte du fruit
en celui qui, sans réticence, se livre à lui.


Parfois, ce don de Dieu peut nous faire peur.
Mais nous n’avons rien à prouver avec nos talents
mais plutôt à nous laisser éprouver par eux,
afin que Dieu soit glorifié à travers nous.
Faire vivre ses dons est en soi un acte d’humilité.
Un bon exercice de nos talents
est l’occasion d’une conversion
afin que nous n’en tirions aucune vaine gloire.
Nos talents seront d’autant mieux exercés
que nous serons libres de les donner à Dieu.
Ayons l’audace de lui dire :
«Prends-les, ils sont à toi».
Et s’il nous les rend,
sachons glorifier celui qui dispense
ses dons comme il l’entend.
«Oui, de sa plénitude, nous avons tous reçu
et grâce pour grâce» (Jn 1,16).


Regardons aussi combien Dieu est libre
vis-à-vis de ses propres dons.
«Seigneur bon et fidèle,
tu as été fidèle en peu de choses» dit le Maître.
Ces dons sont peu de choses, aux yeux de Dieu.
Et nous, nous leur donnons tant d’importance
surtout quand nous les détournons de leur finalité,
surtout quand nous jalousons ceux des autres.
Ces dons sont peu de chose aux yeux de Dieu
car Dieu nous aime pour ce que nous sommes.
Cela lui suffit pour être comblé.
Ces talents sont peu de chose face au prix
que nous valons tous aux yeux de notre Père.
D’ailleurs le maître ne dit pas :
«Entre dans la joie du monde, profite de ta richesse.»
Non, «entre dans la joie de ton maître».
Dieu est notre seule joie.
Notre destinée, c’est le partage de la joie de notre Père.


Tout ce que nous venons de dire
n’est recevable qu’avec la grâce de la foi.
Sans ce préalable de la foi,
le don de Dieu devient stérile.
Ainsi le serviteur qui n’a reçu qu’un seul talent
a pris peur devant Dieu.
Il a pris peur car il s’est forgé en lui
une fausse image de Dieu.
Un Dieu dur qui méprise ses serviteurs.
Ne connaissant pas Dieu,
il ne se connaît pas lui-même.
Son talent, il l’a enfoui dans la terre, dit la parabole,
dans la glaise dont il est pétri comme Adam.
Il ne sait pas qu’en lui,
Dieu a déposé son Esprit.
S’il avait enfoui son talent
dans cette part de lui-même qui est reliée à Dieu,
celui-ci aurait porté du fruit.
Mais coupé de Dieu, le talent s’est desséché.
L’esprit du monde s’en empare,
cherche à le maîtriser et à le détourner
de sa finalité qui est la glorification de Dieu.
Dans notre chair humaine,
il y a bien une terre qui est féconde,
c’est celle qui est baignée par l’Esprit de Dieu.
C’est là que doivent s’épanouir
les talents, ces dons de Dieu.
Car les dons spirituels ont besoin
d’être reliés sans cesse à la source divine.
C’est à partir de là qu’ils irriguent
ensuite tout le reste de notre être.
Enfouis dans la terre et non en Dieu,
les talents nous donnent l’illusion
de servir nos frères, mais en fait,
nous restons centrés sur nous-mêmes,
sur le paraître, l’effet produit.
Nous restons propriétaires de ces dons.
Mais si c’est en Dieu que nous faisons
fructifier notre talent, nous sommes libres
de donner ce que Dieu veut à travers nous.
Dieu fait passer par nous sa grâce pour nos frères
et en même temps sa grâce nous sanctifie nous-mêmes.


«Si tu savais le don de Dieu»,
dit Jésus à la femme samaritaine (Jn 4,10).
Oui, frères et sœurs si nous savions
nous émerveiller de tous les dons
que le Seigneur a mis en nous.
Les dons de Dieu, ce sont les propres charismes de Jésus
car, en nous donnant toute sa fortune,
Dieu ne peut nous donner que son Fils.
Dieu nous donne les moyens d’imiter Jésus,
de nous laisser configurer à Lui.
Plus nous ressemblons à Jésus,
plus nous faisons du bien autour de nous.
Oui, Jésus veut se donner à travers nous.
Viens, Seigneur Jésus, viens vivre en nous
et conduis-nous vers la joie
de la rencontre avec notre Père.
 

Méditer la Parole

16 novembre 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Proverbes 31,10-31

Psaume 127

Thessaloniciens 5,1-6

Matthieu 25,14-30

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