Fête du Christ Roi

Nous ne devons pas nous méprendre
sur le sens de cette solennité qui célèbre
au terme de l’année liturgique,
le Christ Roi de l’univers.
Ce n’est, nous le pressentons bien, ni de puissance,
ni de prestige, ni de triomphe temporel qu’il s’agit ici.


Quand les mages, avertis en songe,
accourent à Bethléem pour voir, disent-ils,
le roi des Juifs qui vient de naître,
c’est un enfant avec Marie sa mère
qu’ils découvrent simplement (Mt 2,2-11) ?.
Quand les foules émerveillées, admiratives,
au soir de la multiplication des pains,
veulent l’enlever pour le faire roi,
Jésus s’enfuit de nouveau, tout seul, dans la montagne (Jn 6,15).
Quand Pilate demande à Jésus, enchaîné devant lui :
Tu es le roi des Juifs ?, il lui répond sans détours :
Mon Royaume n’est pas de ce monde (18,33.36).
Tu es donc roi ? insiste le gouverneur.
Et Jésus lui répond : C’est toi qui le dis ! Moi, je suis venu
et je suis né dans le monde
pour rendre témoignage à la vérité (18,37).
C’est finalement sur la croix, où il est crucifié,
qu’un écriteau porte ces mots : Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs.
On proteste qu’il ne l’est pas, mais qu’il l’a dit.
En fait il ne l’a jamais dit ! Et Pilate répond :
Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit (19,19-22).


Comment devons-nous donc
comprendre et vivre le sens spirituel et profond de cette fête
que l’Église n’hésite pas à célébrer sous ce vocable ?


Les textes de la liturgie de ce jour sont là
pour nous aider à entrer dans la contemplation de ce mystère.


La première lecture, tirée du livre du prophète Ézéchiel,
donne la parole au Seigneur qui se présente lui-même
sous les traits d’un Bon Pasteur.
Il vaut la peine de bien relever ce qui nous y est dit :
Il veille avec attention sur les brebis.
Il les rassemble quand elles sont dispersées.
Il les recherche quand elles sont perdues.
Il fait lui-même paître le troupeau
en lui assurant pâture et protection.
La brebis perdue, je la chercherai ;
la brebis égarée, je la ramènerai ;
celle qui est blessée, je la soignerai ;
celle qui est faible, je lui redonnerai des forces (34,11-15).


Et la finale n’est pas sans nous surprendre par son exigence
en même temps que nous rassurer par sa justice :
Et toi, mon troupeau, déclare le Seigneur Dieu,
apprends que je vais juger entre brebis et brebis,
entre les béliers et les boucs (34,17).
En d’autres termes, et par-delà l’image pastorale évoquée,
non seulement ce divin Berge
fera preuve d’attention et de dévouement à l’égard de tous,
mais encore il jugera l’œuvre de chacun.
Et c’est par là aussi qu’il montrera son ascendant sur le troupeau.


On sait combien Jésus le Christ a éclairé et accompli tout cela
à la lettre, en le conduisant même à la perfection (Jn 19,30 ; He 12,2).
Je suis le bon pasteur, je connais mes brebis
et mes brebis me connaissent.
Il ajoute alors cette merveilleuse révélation :
comme le Père me connaît et que je connais le Père,
et je donne ma vie pour mes brebis (Jn 10,14-15).
Cela n’était pas encore inscrit dans le livre du prophète Ézéchiel !


Et Jésus ajoute, élargissant la perspective
au-delà du seul peuple biblique d’Israël :
J’ai encore d’autres brebis, celles-là aussi il faut que je les mène.
Elles écouteront ma voix et il y aura
un seul troupeau et un seul pasteur (Jn 10,11-16)


Dépassant ainsi les horizons de l’espace
pour faire éclater également les horizons du temps,
Jésus ajoute alors : Je connais mes brebis et elles me suivent.
Je leur donne la vie éternelle, elles ne périront jamais
et nul ne les arrachera de ma main (Jn 10,16-27).

Dans cette expression qui vise à l’universel
et s’ouvre sur l’éternel, quelle royauté en perspective !
Mais c’est une royauté spirituelle et toute intérieure.
Une royauté profondément respectueuse de nos libertés.
Ce Seigneur s’est fait notre Serviteur !
Ce Berger s’ests fait pour nous Agneau immolé !


Il n’a ni terre ni trésor d’or et d’argent, ni armée à son service.
Mais il veut sauver, rassembler et introduire à la fin
tous les hommes dan son Royaume, celui de l’autre monde,
dans la Maison du Père, en faisant de nous tous
des frères (Mt 23,9 ; Jn 14,2).
Comment ne pas aimer un Roi
(gardons le terme : il est si beau)
qui veut ainsi faire régner son amour et sa vie en nos âmes ?
Lui dont il est dit : Si nous mourrons avec lui,
avec lui nous vivrons.
Si nous tenons ferme avec lui,
avec lui nous règnerons (2 Tm 2,11-12).


Nous franchissons encore un pas, dans la lumière de cette révélation,
à l’écoute des paroles de Jésus
dans l’Évangile de ce jour selon saint Matthieu (25,31-46).
D’abord, bien sûr, parce que le Seigneur nous y parle
de son ultime venue dans la gloire, escorté de tous ses anges,
prenant place sur son trône de gloire (25,31-32),
et distribuant à ses élus en héritage
le Royaume préparé pour eux depuis la fondation du monde (25,34).
Mais aussi, et peut-être plus encore,
parce que la parabole qui suit (dans la droite ligne d’Ézéchiel)
nous dit en quoi et pourquoi il veut régner en nos vies.


En premier lieu, parce qu’il est un Dieu d’amour
qui ne veut donc régner que sur ceux et celles
qui auront vécu dans l’amour.
Voici donc l’humanité tout entière appelée
par le Fils de Dieu, créateur et sauveur du monde,
à répondre d’abord aux besoins les plus fondamentaux de l’homme.
Au droit à l’alimentation, contre la faim ou la malnutrition.
Au partage de l’eau, contre la soif et les drames de la sècheresse.
À l’accueil fraternel, contre l’exclusion ou le rejet.
Au vêtement et au logement, contre le froid et l’absence de toit.
À la santé, par les soins et le soulagement des maladies.


On voit par là combien ces paroles du Fils de Dieu
ont pu traverser les siècles et demeurent d’actualité.
Il y a là, c’est sûr, quelque chose qui sera toujours primordial.
On ne peut que se réjouir de ce que l’Église a fait – soyons justes –
en tous ces domaines au fil des siècles ;
et de ce que le caritatif et l’humanitaire –soyons vrais –
soient aujourd’hui si bien relayés, souvent
par des non-pratiquants ou des non-croyants.
Car là où est l’amour, là est Dieu, nous dit saint Jean.
Mais l’amour chrétien, et donc le Règne du Chrit-Roi,
veut aller plus loin encore et atteindre au plus essentiel.
«Les plus pauvres des pauvres, dit Mère Teresa,
ce sont les âmes mortes.»
Que serait ce Royaume promis en effet s’il se cantonnait
dans les limites et les insatisfaction d’ici-bas ?


Nous devons donc nous ouvrir aussi, et même plus encore,
à ceux qui ont faim de la foi qui nous sauve ;
soif de l’espérance qui nous met dans la joie et nous donne de tenir.
De ceux qui sont en attente de communion fraternelle,
puisque nous ne sommes plus des étrangers ni des hôtes,
mais concitoyens des saints de la maison de Dieu (Ep 2,19).
De ceux qui aspirent à être, comme promis, revêtus de lumière,
guéris du mal du péché et de la mort.
Et libérés de la prison de l’enfermement des cœurs.
Alors oui, quel Royaume d’amour, de lumière et de joie
déjà en devenir ici-bas et en perspective de vie éternelle !


Pour nous convaincre cependant de tout cela,
Jésus n’a pas fait que l’affirmer avec force.
Il l’a vécu dans la vérité la plus pure de sa vie de sainteté.
Il s’est fait lui-même, oui, lui, le Fils de Dieu,
devenu pour nous le Fils de l’homme sur notre terre,
affamé d’amour, assoiffé de justice,
étranger parmi les siens qui ne l’ont pas reçu (Jn 1,11),
mis à nu jusqu’au partage de ses vêtements (19,23-24),
malade en prenant sur lui nos blessures
et les plaies de nos péchés,
prisonnier du grand prêtre et du gouverneur romain.


Nous comprenons bien par là comment et pourquoi
un tel Serviteur souffrant peut être dit aussi Seigneur triomphant.
Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.
Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau
et vous trouverez le repos pour vos âmes (Mt 11,28).


Comment un tel Roi qui est assez puissant
pour choisir librement de mourir d’amour,
ne pourrait-il arracher l’adhésion de nos cœurs ?
Et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi (Jn 12,32).
Surtout quand on sait qu’après sa mort il est ressuscité ;
qu’au-delà de la prison du tombeau, il nous a libérés ;
que c’est par ses plaies que nous sommes guéris (1 P 2,24) ;
que grâce à sa nudité, nous avons été revêtus de lumière.
Vous tous en effet baptisés en Christ,
vous avez revêtus le Christ (Ga 3,27).
Ne peut-on même aller jusqu’à accepter
de tout perdre pour lui (Ph 3,8),
sachant la joie qu’il y a à goûter en nos âmes
le Règne d’un tel amour.


L’apôtre Paul, en finale, peut exulter
dans sa lettre aux Corinthiens :
Le Christ est ressuscité d’entre les morts
pour être, parmi les morts, le premier ressuscité…
En effet si c’est en Adam que meurent tous les hommes,
c’est dans le Christ que tous revivront (1 Co 15,20-33).


Que règne plein d’espérance ne nous est-il pas ainsi promis !
Lui, l’image du Dieu invisible,
le premier-né de toute créature,
est ainsi devenu le premier-né d’entre les morts.
Et Paul en conclut magnifiquement :
Il fallait qu’il obtînt en tout la primauté.
Car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute plénitude (Col 1,15.20).
Voilà le vrai du Règne du Christ Sauveur
sur les hommes appelés à partager la gloire de sa divinité.

 

Nous pouvons chercher : il n’est pas
de plus grande et durable royauté que celle du Christ.
Pour nous relever et nous rassembler tous avec lui et en lui,
il s’est enfoncé, par pur amour et en souveraine liberté,
jusqu’au plus bas de nos enfermements.
Il peut donc être dit à juste titre Roi de l’univers,
puisque même les plus loin, les plus petits,
les plus perdus de ses frères,
sont invités à partager la joie de son Royaume éternel !

Paul l’a bien dit :
Il n’y a que le Christ qui est tout en tout (Col 3,11) !
 

Méditer la Parole

23 novembre 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Ezechiel 34,11-17

1 Corinthiens 15,15-28

Matthieu 25,31-46

Imprimer l'homélie

Télécharger la version pdfTélécharger la version pdf