2e semaine de l’Avent - B

Le désert, une voix, un homme

Le désert, vide, aride, chaotique.
Et dans ce désert, une voix, une voix venue de nulle part,
une voix qui crie.
Et enfin, un homme qui paraît,
Jean le Baptiste.
D’où vient-il ? Qui est-il ?
Marc ne nous le dit pas.
Mais ce qu’il nous dit, c’est que là,
ici et maintenant, dans ce désert,
par ce cri, par cet homme,
la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu,
commence.
Un commencement abrupt à l’instar
des temps primordiaux du tohu-bohu de la Genèse,
de l’abîme informe originel.
C’est du désert que commence l’Evangile du salut.
Alors que la première création
a surgi de la Parole de Dieu
séparant, distinguant,
mettant de l’ordre dans les éléments de la nature,
l’Evangile émerge d’un cri,
tel celui du nouveau-né qui est mis au monde.
L’Evangile est création nouvelle,
naissance d’un monde nouveau.
L’Evangile n’est pas un livre,
c’est un événement de grâce,
«une force de Dieu pour le salut
de tout homme qui croît», dira St-Paul.
Tout chrétien qui vit l’Evangile doit se souvenir
que sa vocation est adossée au désert,
surgit d’un cri
et passe par un homme.
 

Le désert.
Qu’est-il réellement ?
Le désert n’est pas le lieu où il n’y a personne en vis-à-vis.
Il n’est pas non plus le retrait paisible où,
loin du bruit et de l’agitation de la cité,
on jouit du repos de l’esprit et du recueillement.
Le désert biblique est un lieu de rupture
avec un monde perverti par le péché.
C’est un lieu pour revenir vers Dieu.
C’est là que le peuple élu,
au temps du premier exode,
a converti son cœur.
«Je me souviens de toi, de l’affection de ta jeunesse,
de l’amour à l’époque de tes fiançailles,
lorsque tu me suivais au désert,
dans une terre aride», chante Jérémie (Jr 2,2).
Le désert est le prototype
 de tous les retours à venir, annonce Isaïe.
Il y aura toujours comme un appel du désert,
comme si la vacuité était essentielle
pour permettre à Dieu de s’approcher de nous.
Le désert nous donne de désirer voir Dieu face-à-face.
«Dieu, c’est toi mon Dieu, je te cherche,
mon âme a soif de toi,
après toi languit ma chair,
terre aride, altérée, sans eau» (Ps 63,2).
En même temps, il faut défricher,
enlever les pierres pour préparer une route.
Non pas la nôtre, mais celle de Dieu qui vient à nous.


C’est ce que crie la voix qui monte du désert.
Avant le don de la Parole-faite-Chair,
il y a la voix.
La voix provoque à l’écoute.
Beaucoup ne s’y sont pas trompés
venant de toute la Judée et de Jérusalem.
Petites gens, pauvres et riches,
publicains et soldats, peuple en attente
de la Consolation d’Israël,
tous sont venus au désert écouter la voix qui crie.
Bien souvent, nous écoutons
ce que nous voulons entendre.
Le désert nous apprend à écouter de tout notre être,
à accepter de comprendre tout ce qui nous est dit,
à vaincre toutes nos résistances et nos peurs.
L’écoute demande l’attention.
Être attentif, c’est être ouvert, vacant,
accueillant à l’Esprit.
La voix qui crie pousse à cette attention
qui prépare à recevoir la parole qui sera donnée
ou le signe qui nous fera avancer.
L’attention est un état paisible,
qui accueille le réel, débarrassé de toute imagination,
des passions de notre sensibilité,
de toutes les réactions de notre émotivité,
de nos désirs, de nos craintes, de nos soupçons.
Elle est attente généreuse du signe, de l’indice,
du non-dit, de la parole qui ouvre
à la fois notre cœur et celui de l’autre.
Elle nous unifie intérieurement.
Elle nous donne de dépasser notre impuissance
et notre incapacité à soutenir les silences de Dieu.
Elle nous fait lutter paisiblement
contre la marée des images incohérentes et futiles
qui est l’épreuve de notre écoute de Dieu.
Ce vide silencieux, cette vacuité qui est présence de Dieu,
cette attente intérieure, cette attention paisible
nous donnent d’expérimenter dans notre aujourd’hui
ce désert d’où jaillit le cri
nous convoquant à un retour à Dieu.


Cette voix qui crie, c’est Jean le Baptiste.
Il n’est que le porte-parole du Verbe,
le témoin qui réveille notre foi.
Jean prêche un baptême de pénitence
pour le pardon des péchés.
Ce baptême exige une conversion, un retour à Dieu
puis un renouvellement de l’alliance.
Ce qui aimante cette démarche,
c’est le «oui, je retournerai vers mon Père»
de l’enfant prodigue.
Mais ce retour demande un repentir,
c’est à dire la conscience de ce qui manque
à notre vie présente
et la résolution de prendre les moyens
pour laisser Dieu nous rejoindre
dans notre vie encombrée.
Jean-Baptiste désencombre, lave, vide
en baptisant dans l’eau.
Il prépare ainsi au baptême dans l’Esprit-Saint.
Jean ne demande pas aux pécheurs d’être des justes,
mais il leur demande de se reconnaître pécheurs,
de détester leurs péchés
et d’avoir soif d’en être libérés.
Dieu vient, le Saint, le Juste,
dans l’intensité de sa Gloire éclatante,
pour juger et pour susciter un peuple nouveau,
une race de fils baptisés,
non seulement dans l’eau de la conversion,
mais dans le feu de l’Esprit Saint.
La liturgie réactualise pour nous aujourd’hui
ce cri de Jean.
Oui, Dieu vient dans notre vie.
À nous de retrouver la vacuité du désert
pour écouter à notre tour la clameur du silence.


Mais attention, ne nous trompons pas de désert.
Il ne s’agit pas de fuir les hommes pour trouver Dieu.
Jean n’a pas vu Jésus surgir du désert
lors d’une expérience de solitude et d’isolement matériel.
C’est au milieu de ces foules de pécheurs
que Jean a trouvé celui qu’il attendait,
l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
Le désert, par le silence de la prière,
la méditation de la Parole,
ouvre notre cœur à cette présence divine
mais c’est en nos frères que Jésus se donne.
«J’avais faim et tu m’as donné à manger,
j’étais un étranger et tu m’as accueilli,
j’étais malade, prisonnier, et tu m’as visité…» (Mt 25,35-36).
C’est du silence intérieur, de l’écoute attentive
que naît la force d’un changement de vie,
d’une nouvelle alliance
où Jésus est accueilli dans le réel de nos existences.


Aujourd’hui, frères et sœurs,
si vous entendez sa voix dans le désert,
n’allez pas endurcir votre cœur.
Dieu vient pour nous donner
la guérison, la paix, la joie.
Dieu vient nous sauver.
Marana tha, viens Seigneur Jésus !
 

Méditer la Parole

7 décembre 2008

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaïe 40,1-11

Psaume 84

2 Pierre 3,8-14

Marc 1,1-8

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