Baptême du Seigneur - 2005

Jésus s’avance vers Jean, homme parmi les hommes, mêlé à cette foule qui afflue vers le Jourdain. Jésus s’avance pour se faire baptiser, à la suite du peuple qui fait pénitence. Mais Jean veut l’en empêcher :
«C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi !»
Oui, pourquoi donc ce baptême d’eau dont Jésus n’avait nul besoin ? Car il est vrai qu’il n’avait rien à laver, ni à expier puisqu’il était sans souillure et sans péché, aussi saint qu’innocent. Il était déjà absolument pur. Il y a dans son âme humaine une beauté, un amour, une sainteté qui fait de lui l’offrande la plus merveilleuse au Père.
Pourquoi donc entrer dans les eaux du Jourdain puisqu’il est déjà le Fils de Dieu depuis toujours, depuis l’éternité ?
Il était déjà le Fils lorsque, entrant dans le sein de la Vierge, il a pris chair en elle pour devenir aussi le Fils de l’homme.
Et même depuis le début de sa vie humaine, il entend dans son cœur la parole du Père : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé».
Alors pourquoi donc cette voix qui jaillit des cieux aujourd’hui ? Pourquoi donc cette descente de l’Esprit de Dieu comme une colombe, puisque Jésus est déjà rempli d’Esprit Saint, de l’Esprit d’amour ?
L’Esprit Saint ne cesse de murmurer en lui «Abba, Père, mon Père !»
Et pourtant Jésus entre aujourd’hui dans les eaux baptismales.
Il y a un véritable sens dans cette démarche. Il nous faut l’éclaircir et s’en émerveiller.

Qui est-il ce Jésus ? Il n’est pas seulement l’un de nous.
Aucun de nous, comme lui, ne porte toute l’humanité.
Oui, il porte en lui, dans son être de Dieu-fait-homme, dans son cœur, dans son âme, il porte en lui tous les hommes.
Et plus encore, il porte sur lui le poids de nos fautes. 
«Voici l’agneau de Dieu qui emporte le péché du monde» clame Jean-Baptiste (Jn 1,29).
Ce n’est pas pour lui que Jésus descend dans les eaux du Jourdain, mais pour nous. C’est pour nous qu’il fait cet acte d’humilité. C’est pour nous qu’il a voulu donner l’exemple du repentir. «Laisse faire, c’est ainsi qu’il convient d’accomplir toute justice !» (Mt 3,15)
Pourquoi Jésus entre-t-il dans le Jourdain ?
Parce qu’il y entre avec notre humanité qu’il porte en lui, avec notre faiblesse, notre péché, notre vide, l’absence de Dieu en nous, notre besoin de Dieu. Il porte en lui, oui, tout ce que nous sommes.
Quand la voix se fait entendre : «Tu es mon Fils bien-aimé», c’est à nous tous que cette voix s’adresse. S’il est «nous», nous sommes «lui».
«Tu es mon Fils bien-aimé» dit-il à l’homme, à tout homme.
Et lorsque l’Esprit Saint descend sur Jésus, c’est sur l’humanité que descend l’Esprit, afin de pouvoir crier  «Abba, Père», comme Jésus lui-même.
«Il a reçu pour nous l’Esprit, pour nous qui étions en lui», écrit St Cyrille d’Alexandrie.
Les cieux fermés par la faute du premier Adam se sont alors ouverts par la manifestation du Nouvel Adam.
En nous lavant ainsi, il rétablit en nous l’image.
En recevant pour nous l’Esprit, il rétablit pour nous la ressemblance.
Et en devenant le premier-né de toute créature, lui, le Créateur, il a fait de nous une création nouvelle (2 Co5,17).
Oui, croyons-le frères et sœurs, c’est plus encore nous que lui, nous à travers lui et en lui, qui avons été lavés au Jourdain, dans les eaux du fleuve le plus bas du monde.
 
C’est ce qui s’est passé le jour de notre baptême.
Nous avons été lavés de toutes souillures, de tous péchés. Mais plus encore, tout ce qu’il y avait même de mort, au sens profond du mot, a été aboli. Car le baptême de Jean n’était qu’un baptême de pénitence. Mais le baptême dans l’Esprit, que nous avons vécu, nous a plongés dans la mort du Christ et nous a relevés, ressuscités avec lui !
Baptisés, nous sommes déjà morts dans la mort du Christ et vivants pour l’éternité avec lui.
«Reconnais, ô chrétien ta dignité» disait St Léon.
Frères et sœurs, reconnaissons ce que nous sommes, quoi que nous paraissions !
Reconnais, découvre en toi cette vie divine, ce fleuve d’eau jaillissant qui est en toi !
Reconnais, découvre en toi cette puissance qui est en toi trop dormante par ta faute !
Tu es habité par l’Esprit, par l’Esprit de Jésus, par l’Esprit du Fils, par cet Esprit qui a fait qu’un mort est devenu un vivant, par cet Esprit qui est jaillissement de paix, de joie, de lumière, de parole.

Frères et sœurs, il faudrait nous replonger tous les jours dans les eaux de notre baptême par la foi.
Il faudrait reprendre conscience et plus que cela, adhérer à ce qui nous a été donné et qui demeure, mais qui a besoin de se développer, de s’épanouir tous les jours.
«Réveille en toi», dit St Paul à Timothée, «le don de l’Esprit qui t’a été fait par l’imposition des mains» (Tm 4,14).
Ce réveil n’est pas passif.
Le don de Dieu ne nous dispense pas d’une démarche de conversion.
Ce que l’Esprit Saint met en nous, c’est la puissance d’agir.
Si l’Esprit Saint, c’est le don de Dieu, le don de l’Esprit, c’est le don de se donner, c’est savoir donner comme Dieu sait donner.
Mais donner quoi ?
Donner sa vie, se donner soi-même tout entier.
Parce que notre Dieu s’est donné à nous, en Jésus-Christ, nous pouvons nous aussi, en réciprocité, nous donner à lui dans le même mouvement, dans le même souffle, dans le même Esprit.
«J’entends en moi, disait St Ignace d’Antioche, comme une eau vive, une voix qui m’appelle». Ce n’est pas seulement la voix qui m’appelle vers le Père, mais celle qui nous appelle à devenir meilleurs, à vivre dans la vérité, la justice, l’amour, le pardon, à devenir davantage fils de Dieu, à suivre les motions de l’Esprit.
Non, nous ne serons jamais dispensés de faire ce pas en avant :
«Lève-toi et marche !»
«Viens et suis-moi !»
«Deviens ce que tu es !»
 

Méditer la Parole

9 janvier 2005

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaïe 42, 1-7

Psaume 28

Actes des Apôtres 10, 34-38

Matthieu 3,13-17

Imprimer l'homélie

Télécharger la version pdfTélécharger la version pdf