Fête de l’Épiphanie - B

Triple rencontre épiphanique

Un cri traverse l’histoire des hommes.
Un cri, jailli comme un murmure.
Un cri de l’âme, lancé avec la force de l’espérance et de la foi ;
et un murmure du cœur, prononcé comme une plainte d’amour.
Un cri et un murmure où chacun se redit,
croyant fervent ou agnostique incertain :
«Je voudrais bien voir Dieu !»
Oui, nous aimerions tous que Dieu,
ce Dieu qui nous a créés, dont nous disons qu’il nous a sauvés
et sans lequel notre existence n’aurait pas de sens,
se manifeste !
Sainte Thérèse d’Avila elle-même ne cessait de répéter :
«Je veux voir Dieu


Et voici qu’aujourd’hui, en cet aujourd’hui de la liturgie
où l’éternel présent de Dieu vient remplir notre temps de sa plénitude,
tout le manifeste (Jn 1,16).
Nativité, Épiphanie, Baptême du Seigneur, Noces de Cana nous sont donnés
à revivre, à célébrer et à contempler
comme autant de signes de cette manifestation (2,11).
LA MANIFESTATION ! Littéralement : L’ÉPIPHANIE.
Nous voici invités, nous aussi, en ce jour, à une marche à l’étoile.
C’est-à-dire à nous laisser éclairer par cette lumière venue du ciel,
seule capable de guider sûrement la traversée de notre existence sur terre.
Que nous dit donc l’évangile de cette épiphanie en fête ?


Trois séries de personnages composent ce récit
qui peuvent nous aider à le bien comprendre :
les mages et l’étoile, en marche vers Bethléem.
Hérode, les grands prêtres et les scribes, en place à Jérusalem.
Et nous à qui cette page d’évangile est adressée.

Les mages ont pris le chemin de la science et croient à l’astrologie.
Ils n’ont pas pour eux la connaissance des Saintes Écritures.
Mais leur esprit curieux les place loyalement en quête de vérité.
Ils se mettent en route pour suivre un rêve un peu fou
tel que la poursuite d’une étoile pour laquelle on quitte tout.
L’astrologie qu’ils pratiquent est une sorte de divination
que l’Ancien Testament réprouve et interdit (Dt 18,10 ; Jr 27 ,9 ; Dn 2,27).


En avançant par des chemins suspects et païens,
leur but ultime reste pourtant la recherche de ce qui est juste et vrai.
Et voilà, nous dit l’Évangile de Dieu (Mc 1,14 ; 2 Co 11,7 ; 1 Th 2,8-9),
que ce sont finalement eux, ces païens, qui découvrent
et reconnaissent en Jésus la présence vivante de Dieu !
Marie les accueille et leur présente l’Emmanuel.
Les voici devenus adorateurs en esprit et en vérité (Jn 4,24).


Quelle belle leçon pour nous en ce jour
concernant l’universalisme du salut !
Un salut offert, nous ont dit en chantant les anges de Noël,
sur la terre, à tous les hommes de bonne volonté (Lc 2,154).
Oui, quels que soient notre race, notre langue, notre culture,
notre passé, notre état de vie et même notre péché, redisons-le :
Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (1 Tm 2,5) !


Il nous invite donc tous à marcher vers sa lumière.
L’apôtre Paul a eu l’audace de dire un jour aux Athéniens de l’Aréopage :
Si Dieu a répandu les hommes sur toute la surface de la terre,
c’est pour que ces mêmes hommes cherchent à atteindre la Divinité.
Et il précise : si possible, pour la trouver, comme à tâtons,
car, en vérité, Dieu n’est pas loin de chacun de nous ! (Ac 17,26-27).


Cela, le prophète Isaïe l’avait déjà clairement annoncé :
Debout, Jérusalem, resplendis ! Sur toi se lève le Seigneur,
les nations marchent vers ta lumière. Tous se rassemblent,
ils viennent à toi… apportant l’or et l’encens
et proclamant les louanges du Seigneur (Is 60,1.6).
Le vrai Dieu n’est pas celui d’un seul peuple
mais de toutes les nations.
Il est unique parce qu’il est universel.
Voilà le mystère !
Et ce mystère, dit Paul, c’est que les païens sont associés
au même héritage, au partage de la même promesse (Ep 3,6).
Ainsi Dieu nous appelle-t-il tous par les chemins les plus inattendus.
Rien d’étonnant donc que les réponses humaines paraissent insolites parfois.


Cela ne doit pas provoquer en notre cœur plus de réprobation
que la venue des mages n’en a suscité
dans l’esprit de l’évangéliste qui nous rapporte ce fait.
La présence cachée de Dieu n’en finit jamais de se manifester
à ceux qui se laissent guider par la voix de leur conscience (Rm 2,14-15).
Non, la race des mages n’est pas éteinte et elle peuple le monde entier !
Au cœur de tout homme brille la lumière d’une étoile intérieure.
Que savons-nous de cette étincelle de divin
que Dieu peut allumer au cœur de chacun ?


Cet universalisme n’est pas relativisme ou syncrétisme pour autant.
Il fait seulement appel au respect des voies de la Providence
et à cette loi parfaite de liberté que Dieu a placée
au cœur de tous ses enfants (Rm 8,21 ; Ga 5,1 ; Jc 1,25).
Le Royaume de Dieu n’est pas d’abord question
de dire, de savoir, de faire, de manger ou de boire (Rm 14,7).
Souvenons-nous de ce que nous révèle Jésus :
Ne dites pas : le Royaume de Dieu est ici ; ou encore : il est là !
Sachez-le, le Royaume de Dieu est au-dedans de vous (Lc 17,20).
Dns la diversité des talents reçus, chaque homme
peut cheminer vers le Seigneur de toute grâce.
Les mages, derniers appelés, n’ont-ils pas été les premiers à adorer ?
À adorer le vrai Dieu que l’Épiphanie se plaît ainsi à nous manifester !


Le deuxième groupe de personnages occupant ce récit
et susceptible de nous éclairer lui aussi,
est composé du roi Hérode, des grands prêtres et des scribes du peuple (Mt 2,4).
Ce sont des hommes au pouvoir établi.
Les spécialistes du culte, des Écritures, des commandements de la Loi.
C’est le monde de ceux qui détiennent le savoir et dictent les observances,
mais pour rester assis sur leurs propres certitudes et leurs médiocrités.
Leur science est peut-être admirable. Mais leur foi étroite et sans élan.
E ces gens qui se disent du côté des rois, des prêtres et des prophètes
ne sauront reconnaître la lumière annonçant
la venue du Christ Prêtre, Prophète et Roi.
Leur refus ira jusqu’à condamner à mort
ce même Christ, Lumière du monde (Jn 8,12), Lui, l’Orient des orients.
Et sur Jérusalem, ils feront retomber, un jour, la nuit en plein midi (Mt 27,45).


Ici également la leçon est frappante.
Jésus est reconnu et adoré par des païens étrangers
tandis que les fils de la promesse le refusent et le pourchassent.
Puisque nous sommes tous citadins, ayons en mémoire
les images de ces villes emblématiques de la Terre Sainte.
Que Dieu nous garde de rester endormis comme Bethléem
la nuit où le Fils de Dieu est descendu du ciel (Lc 2,7-8) !
D’être comme Nazareth qui l’a rejeté
le jour où il lui a annoncé la Bonne Nouvelle du salut (4,29).
D’être comme Jérusalem, aveugle et sourde à ses paroles
lui révélant pourtant la pleine lumière du mystère de Dieu (Jn 12,37-42) !


Non, frères et sœurs, il ne faut pas que l’on puisse dire :
Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu (Jn 1,11) !
Tout au contraire !
Comme la vraie Jérusalem chantée en ce jour par Isaïe,
nous devons devenir ensemble une cité sainte.
Oui, au cœur de notre ville, nous pouvons tous vivre au cœur de Dieu,
pour être par là même des témoins du vrai Dieu.
Comme la vraie Bethléem, nous aussi,
nous devons devenir maison du pain
et accueillir en nos cœurs Celui qui est pour nous la Parole de vie.
Comme la vraie Nazareth, nous pouvons, au grand jour,
reconnaître la présence du Christ parmi nous
en le servant et en l’aimant en ceux près de qui nous vivons.
La foi et l’amour partagés manifestent le vrai visage de Dieu.


Enfin, nous voici nous-mêmes, au carrefour de ces deux routes.
Nous pour qui ce récit évangélique demeure écrit.
Les mages ont besoin des Écritures pour savoir où l’étoile les conduit.
Et les scribes ont besoin des mages pour apprendre que le Christ est né.
Ainsi avons-nous tous beaucoup à recevoir les uns des autres.
Nous, croyants, des interrogations ou des objections des non-croyants.
Et eux, de ce que nous révèlent les Évangiles qui nous parlent.
Nous voici conviés à la fois à l’écoute fraternelle de tous
et à la méditation fervente et personnelle de l’Écriture Sainte.
Gardons en même temps l’humilité de Bethléem et la science de Jérusalem.
La soif du païen honnête et la foi du croyant convaincu.


L’essentiel de notre vie est bien dans cette recherche de Dieu.
S’il est venu le premier, s’incarner en notre humanité,
il attend aussi que nous marchions vers lui pour le trouver.
La fête de l’Épiphanie nous redit que cela n’a rien d’utopique.


Oui, il est sage d’être assez fou pour tout quitter
pour partir, à la lumière d’une étoile, à la suite du Christ.
Nous ne vivrons pleinement que lorsque se rencontreront
le feu de la lumière de Dieu, qui est au dessus de nous,
et le feu de son amour, qui est au dedans de nous.
Oui, il est sage d’être assez fou pour tout lui offrir
de nos richesses matérielles, intellectuelles, affectives,
car Celui qui reçoit aujourd’hui l’or, l’encens et la myrrhe (Mt 2,11),
c’est un vrai roi, c’est le vrai Dieu, le vrai Sauveur du monde.


Sous la conduite lumineuse des Écritures
à la clarté de cette étoile de la grâce illuminant nos âmes,
nous pouvons aller à la rencontre de ce Dieu fait homme.
Or où est-il d’après la page de l’Évangile de ce jour ?
Il n’est ni à la crèche, ni dans le Temple, ni sur la route.
Mais, tout simplement (et là aussi, quelle belle leçon !),
à la maison, e„j t¾n o„ki¦n. Sans autre précision.


C’est donc dans sa maison de Nazareth
c’est-à-dire notre vie de chaque jour, faite de prière, de travail et d’amour,
que nous découvrirons Celui qui est descendu demeurer parmi nous.
Il est le Dieu fait homme.
C’est dans sa maison de Capharnaüm (Mt 4,13 ; 9,1 ; Jn 2,11),
c’est-à-dire dans la partage de l’Évangile du salut et de la paix,
que nous retrouverons Celui qui est venu
nous enseigner la voie, la vérité et la vie (Jn 14,6).
Il est la lumière des nations (Lc 2,32).
C’est dans sa maison de Jérusalem, à la chambre haute (Lc 22,11-12),
c’est-à-dire en vivant en adorateurs dans l’Esprit et la vérité,
qu’il nous dira comment on peut monter à sa suite
jusqu’à la Demeure du Père (Jn 14,1-3).


Mais, par-dessus tout, c’est dans la Maison - Église, son Église (Mt 16,18),
devenue la vraie demeure du Sauveur,
que non seulement il nous accueillera chez lui,
mais plus encore il viendra lui-même demeurer en nous (Jn 6,54).


C’est ainsi que chaque cœur de chrétien
devient un tabernacle du Dieu vivant (Mt 18,20 ; Jn 14,23).
Voilà aussi L’ÉPIPHANIE de cet aujourd’hui de Dieu !
 

Méditer la Parole

4 janvier 2009

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 60, 1-6

Psaume 71

Ephésiens 3,2-6

Matthieu 2,1-12

Imprimer l'homélie

Télécharger la version pdfTélécharger la version pdf