Messe pour La Paix

Vous puiserez dans la joie aux sources du Salut

Le prophète Isaïe, nous venons de l’entendre,
a une image très audacieuse :
Il nous livre le cri de joie d’Israël visité par Dieu qui s’écrie :
«Vous puiserez dans la joie aux sources du salut» (Is 12,3).


C’est merveilleux : le salut,
la libération de tous les ennemis,
est donné par Dieu comme l’eau d’une source qui coule à flot.
Il n’y a qu’à s’approcher et à boire !


Et pourtant le contexte de cette prophétie
est marqué par les haines, les injustices,
les violences, les jalousies...
Mais, oui, vous puiserez avec joie aux sources du salut !
Il y aura comme un puits au milieu du village
et tous pourront y puiser dans la joie.


Quelle image extraordinaire :
on imagine sans peine le peuple qui danse de joie
autour de ce puits de grâce,
car Dieu fait couler la paix comme un fleuve (Is 66,12)
sur tous ceux qui s’approchent et boivent.


Cette image a bien des échos dans les prophètes.
Les uns, comme Zacharie, parlent plus de l’eau qui purifie :
«il y aura une fontaine ouverte (…)
pour les habitants de Jérusalem
pour laver le péché et la souillure
» (Za 13,1).
D’autres comme Ézéchiel, disent davantage
combien cette eau donne vie
car la vie se développe partout où va le torrent (Éz 47,9)
y compris dans la mer morte qui devient bouillonnante de vie !


Ce grand cri des prophètes culmine avec le Troisième Isaïe
où Dieu Lui-même prend la parole pour proclamer :
«Vous tous qui avez soif
(soif de justice, de vérité, de paix)
venez vers l’eau,
même si vous n’avez pas d’argent, venez
!» (Is 55,1).
Même si vous n’avez pas de capitaux,
pas de mérites, pas de titres, venez !!


Frères et sœurs, la joie de Noël
vient de ce que toutes ces prophéties
seront accomplies par l’Enfant
qui repose dans les bras de la Vierge et de saint Joseph.
Cet enfant est celui qui criera bientôt en pleine ville :
«Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi
et il boira celui qui croit en moi !
De son sein couleront des fleuves d’eaux vives
!» (Jn 7,37-38).


Et l’eau qu’il nous offre
n’est pas une consolation
qui nous désaltère de manière éphémère
car, dit-il, «l’eau que je (vous) donnerai
deviendra (en vous)
source d’eau jaillissant en vie éternelle
» (Jn 4, 14).

 

À quoi ressemble le monde depuis 2008 ans, ou un peu plus ?
À un village où se trouve une merveilleuse source d’eau vive,
où l’on peut puiser avec joie aux sources du salut !
Et le salut n’est plus la victoire sur Moab, Édom ou Amon.
Elle est la victoire définitive
sur l’ingratitude vis-à-vis de Dieu
sur la haine, sur la jalousie,
sur le péché, sur le démon et sur la mort.
Nous l’avons entendu :
Jésus, en sa personne, a tué la haine (Ép 2,16).
Et il est venu proclamer – et donner – la paix,
la paix pour ceux qui étaient «athées»,
«loin» de Dieu, et se découvrent infiniment connus et aimés ;
la paix pour ceux qui étaient proches
mais ignoraient la gratuité du salut (cf Ép 2, 12 et 17).


Paul a cette formule extraordinaire :
c’est lui, Jésus, qui EST notre Paix.


Depuis 2008 ans, de son corps transpercé et glorifié,
il fait couler la paix comme un fleuve
sur tous ceux qui boivent au calice caché de son Amour.


Depuis 2008 ans, l’Esprit crie au cœur des croyants :
«Vous tous qui avez soif, venez» (Is 55,1).
Allez à l’humble source de l’Amour
d’où jaillit un éternel flot de miséricorde
qui vient du cœur du Père.


Pour prendre une expression à la mode,
au milieu du village global de notre temps,
il y a un puits, il y a une source.
Elle est humble, discrète, cachée, mais elle est bien là.


Mais regardons bien la réalité :
ils sont bien peu et bien timides
ceux qui s’approchent de la source ;
ils sont si peu qui dansent de joie autour du puits.
Il y en a aussi qui dansent, mais ne boivent pas…


Et que font des millions d’habitants de notre village global ?
Ils sont affairés, stressés, à bout de nerf
cherchant vainement d’autres sources, d’autres bonheurs.
Pour reprendre les paroles de Jérémie,
ils partent boire l’eau du Nil
ou du fleuve d’Assyrie (cf. Jr 2,18).
Et que sont aujourd'hui ces fleuves séducteurs ?
Ils sont toutes les formes de matérialisme
qui proclament : «Bienheureux ceux qui possèdent,
car ils possèdent !».
Matérialisme séduisant
mais qui en réalité donne de plus en plus soif de posséder
et engendre les guerres,
les bombes sur Gaza, les fusillades en Afrique…


Nous sommes devenus de grands ingénieurs en citernes,
en citernes immenses… mais fissurées
comme Wall Street, les subprimes,
et toute une finance folle et virtuelle.
«Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive,
proclame le Seigneur de l’Univers,
pour se creuser des citernes,
citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau» (Jr 2,13).


C’est bien ce que décrivait déjà
au VIIIe siècle avant le Christ le Livre de l’Emmanuel :
«Ce peuple a méprisé les eaux de Siloé
qui coulent doucement
pour se confier à de vains secours humains
» (Is 8,6).


Qu’elle est méprisée la source du salut
et son chant, c'est-à-dire les Béatitudes !
Heureux ceux qui devant Dieu
n’ont pas de richesses dans le cœur :
la source coule et coulera éternellement en eux !
Qu’elle est oubliée cette source
au milieu de notre village global !
Source que l’Église, quand elle est fidèle à sa mission,
comme un puits et sa margelle,
rend merveilleusement accessible à tous !

 

Frères et sœurs, tout cela nous met face
à notre responsabilité de chrétiens,
serviteurs du salut dans le village global.


Cette nuit nous tournons la page du calendrier
avec une vigoureuse espérance,
mais aussi avec des larmes de repentir devant Dieu.
«Le problème majeur du christianisme,
écrit Frère Pierre-Marie,
n’est pas au dehors.
Il est au-dedans de lui-même.
Au plus profond de chacun de nos cœurs.
Le pire ennemi du christianisme
est du côté de sa propre tiédeur.
Rien n’a plus retardé l’évangélisation du monde
que nos manques de foi, d’espérance, de droiture,
de vérité, de pureté, et par-dessus tout, de charité.
En un mot notre médiocrité

(Vies consacrées n° 1, janvier-mars 2008, p. 35)


Pour 2009, nous avons quatre grandes responsabilités.


La première est de boire à la source du salut et de la paix.
D’y boire abondamment et joyeusement
comme nous le faisons en chaque Liturgie.


La deuxième est de nous laisser si bien irriguer
que notre vie devienne un véritable témoignage
et que se réalise ce que Zacharie annonçait :
«En ce jour-là dix hommes de toutes les langues
saisiront (un croyant) par le pan de son vêtement en disant :
Nous voulons aller avec vous,
car nous avons appris que Dieu est avec vous
» (Za 8,23).


La troisième responsabilité est d’être
tellement irrigué intérieurement
que nous ne pourrons pas ne pas prier pour le monde,
pour la justice, pour le développement, pour la paix.
C’est ce que nous voulons vivre particulièrement cette nuit !


La quatrième sera bien sûr d’annoncer, de proclamer,
le don de cette Source au cœur du village,
d’en montrer le chemin,
d’y puiser pour tous les incroyants de notre temps.


«Si par grâce, l’eau vive jaillit,
sache la partager, dit notre Livre de vie,
au nom de la loi sacrée du désert (du désert de la ville)
et du saint devoir de l’hospitalité monastique ;
à la rencontre de l’assoiffé, va porter de l’eau (…)
Au jugement final,
il ne te sera pas demandé si tu as bien bu,
mais si tu as bien partagé
.» (n° 132)


Père Saint, par ta grâce
nous avons vu la vraie Lumière.
Nous avons découvert
la Source véritable du pardon et de la Paix.
Aussi c’est avec une invincible espérance
que nous te prions pour la Paix en cette nuit
nous offrant avec ton Fils en cette Eucharistie.

 

Méditer la Parole

31 décembre 2008

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isaïe 12,1-6

Éphésiens 2, 13-18

Matthieu 5,1-12

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