Nuit de Pâques - B

Le grand dépouillement de soi

La résurrection est une surprise !
Une éternelle surprise !


Non pas une surprise ailleurs, loin de nous,
mais une surprise dans notre humanité,
en plein cœur, en plein corps.


La résurrection est aussi dévoilement.
Dévoilement de l'amour, de la vie.


Dévoilement et surprise
comme nous le montre cette nuit le linceul.
Étonnante relique d'un éclat de lumière inouï
qui s'est imprimé sur le suaire
et s'imprime maintenant dans nos cœurs.


La résurrection, c'est, plus encore,
le grand dévoilement de Dieu,
de la vérité bouleversante de la vie divine.


Ces derniers temps, on parle beaucoup d’apostasie,
de rejet de l’Église et ou d’athéisme.
Je comprends l'athéisme
quand c’est le refus d’un certain dieu ;
un refus d’un dieu étouffant, éreintant,
d’un dieu «gros», encombrant,
bavard et accusateur.
Ce dieu qui traîne en tous
et que reflètent trop souvent
les paroles et les comportements
des chrétiens que nous sommes.
 

Ce dieu insupportable est le produit
de la divinisation de notre propre culpabilité ;
pur produit du péché
qui suscite la tyrannie intérieure de la culpabilité.


Mais devant la Résurrection, cet athéisme ne tient plus !
Devant le grand dévoilement de Pâques,
cet athéisme ne tient plus du tout.


Pourquoi ?


Parce que la Résurrection est une victoire écrasante
et qu’on ne peut que s’aplatir devant elle ?

Est-ce que la Résurrection de l’Évangile
apparaît comme une victoire bruyante
semblable aux triomphes des Césars ou de Napoléon ?


Non ! Si le procès de Jésus fut bruyant et public,
la Résurrection fut comme confidentielle,
dans une discrétion étonnante.


Alors pourquoi l’athéisme fond-t-il devant la Résurrection ?
Soyons lucides…
Quel Dieu nous révèle le réveil du Crucifié ?

Repartons du Golgotha.
Que vit Jésus ?
L’Évangile nous décrit une soif immense, infinie,
l’expérience d’être abandonné du Père,
la totale remise de soi de Jésus à la volonté de son Père.


Isaïe avait pressenti ce mystère.
Au chapitre 53 il nous dit :
«Mon serviteur le juste sera comblé»
Pourquoi ?
Pour avoir dénudé son être à mort.
Il est entré de son plein gré
dans un dépouillement total de soi.


Paul exprime cela en un mot:
Il se vida… (Ph 2,7)
jusqu’à descendre au plus profond des enfers.
Et Paul poursuit :
C’est pourquoi le Père a pu L’élever infiniment,
le combler de gloire.
 

Qu’a donc fait Jésus ?
Il est allé avec son humanité
jusqu’au bout du dépouillement de soi.


Dans quel but ?
Il nous l’a dit : pour aller vers le Père, (Jn 16,28)
pour porter son humanité dans la Vie divine.

Pour entrer dans la Vie divine,
faut-il se dépouiller de soi ?

N’est-ce pas ce que Jésus a répété tant et tant de fois ?
Si quelqu’un veut venir à ma suite,
qu’il se renie lui-même... (Lc 9, 23)


C’est donc que la vie divine c’est cela :
un dépouillement extrême de soi.
Par le chemin de l’abaissement extrême,
Jésus en son humanité s’en est allé
vers la plénitude de la Vie divine.
Et il y est parvenu dans l’éclair d’Amour,
de feu, de vie, de joie de la Résurrection.


Par sa Croix glorieuse,
le Fils a porté son humanité
dans ce qu’il est éternellement :
le grand dépouillement de soi.


Le grand dépouillement de soi :
c’est l’Être du Fils,
c’est l’Être du Père,
c’est l’Être de l’Esprit.
C’est l’Amour !


Continuelle dépossession de soi vers l’autre,
en vue de l’autre,
pour l’autre,
en l’autre.
Le Fils meurt d’amour vers le Père.
Le Père meurt d’amour vers le Fils.
L’Esprit est cette mort d’Amour.
 

Frères et soeurs, devant ce Dieu-là,
il n’y a plus d’athéisme,
mais un émerveillement infini.
Une grande paix, un profond silence.


La Résurrection n’est pas bruyante ;
elle est une naissance.
L’Alleluia de notre Liturgie
est comme le premier cri de l’enfant,
mais l’essentiel est dans la vie qui s’éveille.


La Résurrection c’est
qu’à partir du dénuement,
une vie nouvelle s’éveille.


Il faut atteindre le rien
pour entrer dans le tout de l’Amour.
Non pas un tout plein,
mais le tout du don total de la charité
et donc de la joie.
Parce qu’ainsi est fait Dieu.
Et nous aussi qui sommes à son image.


Alors cette nuit, frère, sœur,
ne quitte pas ta pauvreté !
Ton être a été dénudé à mort en ce Carême,
«à mort» pour ce qui,
en cette saison de ta vie,
tu es capable d’accepter.
Reste là dans ton indigence,
dans tout ce que le Carême,
le jeûne, l’épreuve a révélé de ton indigence.
Et là, laisse monter la vie !


Comme jadis le temple,
laisse la nuée de la présence de Dieu
envahir silencieusement ton corps.


Ne précède pas la grâce,
ne la falsifie pas.
Laisse-là venir au creux de ta faiblesse.


La Résurrection est un éveil.
 

Vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié ?
Il s’est réveillé!
Il n’y a plus dans le tombeau
que ce linceul qui garde l’empreinte
de l’Éclat de lumière
et de vie de la Résurrection.


La gloire est entrée dans la kénose de Jésus,
dans son grand dépouillement.
Elle y est entrée pour nous,
pour que nous fassions
l’expérience de la résurrection.
La résurrection est une innocence
qui monte en nous,
non pas la nôtre,
mais celle de Jésus en nous.


Pensons à Marie Madeleine :
son coeur était brisé de douleur.
Elle était dans un dépouillement intérieur total
mais elle s’éveilla elle aussi.
Elle s’éveilla peu à peu à la vie nouvelle :
Marie Madeleine, Jésus s’éveille en toi,
tu t’éveilles en Lui !


Et toi Église, crucifiée par la culture médiatique,
ne rêve pas de triomphe.
Travaille à laisser la gloire
se manifester dans ton abaissement.
La Résurrection ne cessera jamais
d’illuminer ton visage souffrant.
C’est là ton mystère,
c’est là ton identité.


Et toi frère, sœur,
laisse l’Esprit Saint sourdre en toi
comme une rosée intérieure
qui transforme toute amertume en joie.


Laisse monter en toi la Résurrection du Seigneur.

 
Esprit Saint, tu es en vérité l’Esprit de la Résurrection.
Dans l’humanité de Jésus,
tu as fait tes premiers pas
de plénitude de présence dans l'humanité
et désormais tu te complais énormément
à te répandre comme souffle d’Amour
dans le dénuement de la Vierge et de chacun de nous.


Viens, Amour, nous conduire dans l’Amour !
Viens sur Montréal,
viens sur toute la terre
pour transfigurer toute souffrance en offrande,
toute détresse en joie.
Viens pour le grand éveil de tous
à la vie divine qu’avec le Père et le Fils
vous désirez éternellement. Amen.

 

Méditer la Parole

11 avril 2009

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Matthieu 28,1-10

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